Le moudjahid Amar Benchaiba dit Ali raconte la mort de Mostefa Benboulaid – « Adjel Adjoul est innocent »

Le moudjahid Amar Benchaiba, dit Ali, est l’un des compagnons du chahid Mostefa Benboulaid, et sa maison familiale à la dechra d’Ouled Moussa a été témoin de la distribution d’armes aux premiers groupes de moudjahidine dans la nuit du 1er novembre 1954. Il fait aussi partie des hommes blessés dans l’explosion du poste radio qui a tué Mostefa Benboulaid.
Amar Benchaiba est né le 1er juin 1924 à Ouled Moussa, dans l’actuelle commune d’Ichemoul, relevant de la wilaya de Batna. Fils de Messaoud et Dahbia Zeghichi, il fut élevé dans une famille d’agriculteurs aisés, propriétaires de vastes terres. Et c’est dans son village natal qu’il a appris les rudiments de la langue arabe et quelques sourates du Saint Coran.

Son parcours au sein du mouvement national

Le moudjahid Ali Benchaiba dit qu’il a rejoint le mouvement national en 1945, en tant que militant du PPA et se vit très tôt confier la tâche de responsable de la cellule du parti à Ichemoul, ce qui lui a permis de connaitre les grands militants de la région, tels que Mostefa Benboulaid, Messaoud Belaggoune, Smaihi Belgacem, Mostefa Boucetta, Mehieddine Bekkouche et d’autres.

Avec ces pionniers, il a pris part à l’acquisition des premières armes dès 1947, et a également contribué à l’instruction de groupes sur le maniement des armes et même des mines.

Arrestation de Benboulaid

« Après la découverte de l’Organisation spéciale en mars 1950, nombreux de ses dirigeants se retirèrent dans les Aurès, où l’organisation n’était pas encore démantelée, et parmi lesquels se trouvaient Habachi Abdeslam, Rabah Bitat, Lakhdar Bentobal et Mekki Bentarcha, ainsi que ceux qui s’étaient évadés de la prison d’Annaba en 1951, condamnés dans le cadre de la même affaire, à leur tête Zighoud Youssef, Amar Benaouda et Barkat Slimane. Mostefa Benboulaid se chargea d’accueillir et d’héberger ces militants du mouvement national, fuyant les poursuites policières, en les logeant chez différentes familles dans le plus grand secret. C’est ainsi que la famille Benchaiba fut chargée de prendre en charge le regretté Rabah Bitat (lequel est parfois hébergé chez le militant Lembarek Belhaouas). Et c’est là où nous avons noué de fortes relations fraternelles pendant deux ans, jusqu’à son départ à Constantine pour continuer son militantisme », raconte Benchaiba. Poursuivant sa narration, le moudjahid dira : « Nous tenions périodiquement des réunions au niveau de la cellule, et quand celles-ci étaient élargies, nous allions au siège de la kasma d’Arris. Après la réunion du Groupe des 22, fin juin 1954, Si Mostefa nous informa que la date du déclenchement de la Révolution n’allait pas tarder à être annoncée. Alors, nous avons commencé à sortir les armes, à les nettoyer, pour les dérouiller et réparer celles qui étaient endommagées. Quant aux mines, nous les avons toutes trouvées défectueuses et inutilisables, d’autant que nous ne savions pas les manier. Si Mostefa nous ordonna alors de les abandonner. »

La réunion historique de Legrine

Le moudjahid Ali Benchaiba témoigne que Mostefa Benboulaid multipliait les contacts et intensifiait ses activités militantes, depuis notamment la création du Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action (CRUA). « Nous tenions beaucoup de réunions dans divers endroits, affirme-t-il. La dernière, et la plus cruciale pour l’insurrection dans la région des Aurès, fut celle de Legrine. A la fin octobre 1954, et dans le cadre des préparatifs du déclenchement de l’insurrection armée, Si Mostefa convoqua les dirigeants à une importante réunion dans le village de Legrine (actuellement relevant de la commune d’Ouled Fadhel dans la wilaya de Batna) pour tenir l’ultime réunion avant le lancement effectif de l’insurrection armée. Toutes les conditions étaient réunies pour cette rencontre capitale tenue dans la zaouïa de Cheikh Saad Houbeddine, et plus précisément chez Abdallah Benmessaouda, dit Lemziti, et en présence de hauts responsables tels que Abbas Laghrour, Adjel Adjoul, Tahar Nouichi, Messaoud Belaggoune et d’autres, en plus du groupe d’escorte chargés de sécuriser l’endroit, et dont faisaient partie Saddek Chabchoub et Grine Belgacem.
« Au cours de cette réunion, à laquelle j’ai assisté en partie le dernier jour, Si Mostefa annonça que la date fixée pour la révolution avait été décidée le 1er novembre 1954 à minuit, puis demanda aux présents de prêter serment sur le Coran pour garder le secret et rester fidèle à la révolution (cette copie du Coran, qui appartenait à cheikh Saad Houbeddine, chef de la zaouïa et secrétaire de la séance, sera remise à l’Organisation des moudjahidine de la wilaya de Batna, qui l’a, à son tour, offerte au président de la République, et se trouve actuellement au Musée national des moudjahidines à Alger). Suite à quoi, chaque militant est reparti à son PC, et moi, je suis retourné dans ma zone à Ichemoul, avec sept personnes dans une voiture conduite par le moudjahid Ferhat Benchaiba. »

La nuit du 1er novembre 1954

Le moudjahid Ali Benchaiba poursuit son témoignage : « Trois ou quatre jours après la réunion de Legrine, j’ai été chargé de préparer la résidence familiale pour accueillir une importante réunion dans la nuit du 1er novembre. J’ai su plus tard que cette réunion était prévue au domicile d’un autre militant qui s’était excusé au dernier moment. Notre maison a été choisie par d’anciens militants, en l’absence de Si Mostefa, qui se trouvait alors à Alger. A son retour, il était surpris par ce changement soudain du lieu de la rencontre, mais quand on lui a expliqué les raisons, il approuva l’idée. Lui-même nous demandait d’être tous avec Mostefa Benboulaid au moment où la décision devait être prise rapidement. La maison des Benchaiba se distinguait par son emplacement stratégique, du fait qu’elle surplombe la route nationale, d’où on pouvait surveiller les mouvements de l’ennemi, et qu’elle est proche des montagnes afin que nous puissions nous retirer en cas de danger. C’est, enfin, une maison spacieuse qui peut accueillir de nombreux invités (ses héritiers en ont fait don à l’État et a été classé comme site historique, au côté duquel seront construits une stèle commémorative, en hommage aux martyrs de la région, un musée des moudjahidine, une bibliothèque et une salle de conférence).

Au cours de cette réunion, les groupes furent répartis, les armes distribuées aux moudjahidine, et les lieux et les cibles qui devraient être attaqués cette nuit-là identifiés. Je me souviens aussi que nous avions trouvé les mines et les grenades défectueuses et inutilisables, d’autant plus qu’il nous semblait prématuré d’en faire usage aux premiers jours de la révolution, alors que leur maniement exigeait des compétences.
Lors de cette rencontre, Si Mostefa annonça aux présents que le jour qu’ils attendaient était arrivé et que cette nuit du premier novembre 1954 à zéro heure était la nuit du déclenchement de la révolution bénie. Puis il se mit à nous donner une série d’instructions et d’orientations à respecter, en mettant l’accent sur l’impératif de ne jamais s’attaquer aux civils, quels qu’ils soient.
Les groupes prirent rapidement leurs positions et s’acquittèrent bien de leur mission, l’objectif escompté ayant été largement atteint, puisque le monde entier a entendu la déflagration, comme en témoigne ce qui a été publié par la presse dès le 2 novembre 1954. »

L’arrestation de Benboulaid à Benguerdane

La maison des Benchaiba à Dachrat Ouled Moussa

Ali Benchaiba enchaine : « La conjoncture nous imposait de chercher plus d’armes, avec surtout l’accroissement rapide du nombre de nouvelles recrues. Pour acquérir de nouvelles armes, Si Mostefa décida alors de se rendre en Libye avec l’un de ses anciens compagnons, Si Omar El-Mestiri, en démarrant du douar Kimmel.

De g. à dr. : Amar El Agoun , Hadj Lakhdar et Ali Benchaiba

Au cours de route, en arrivant plus précisément aux environs de Nememchas, ils rencontrèrent un des meilleurs connaisseurs des routes et des sentiers montagneux, qui les accompagna dans ce voyage. Il s’agit du moudjahid Brik Amar El-Ferchichi. Cependant, ce voyage ne s’est pas déroulé selon le plan qui avait été tracé. Si Mostefa et ses compagnons tombèrent entre les mains de l’ennemi dans la région de Benguerdane, à la frontière tuniso-libyenne. Nous avons appris le jour même, à travers la presse, qu’Omar El-Mestiri y avait échappé miraculeusement. Les deux furent présentés devant un tribunal. Si Mostefa sera condamné à la réclusion à perpétuité, avant d’être transféré à Constantine, où il sera jugé à nouveau pour d’autres faits, et condamné à mort en compagnie d’Ahmed Bouchemal. Il sera conduit à la prison Coudiat de Constantine. Les autres prisonniers ont été condamnés à diverses peines de prison. »

Lieutenant Bernard Louis prisonnier de l’ALN chez Adjoul

L’évasion de Benboulaid de la prison Coudiat et la réaction d’Adjel Adjoul

Le moudjahid Ali Benchaiba poursuit : « Dans la nuit du 11 novembre 1955, Benboulaid s’est évadé avec onze moudjahidine de la prison Coudiat, et quand nous avons appris la nouvelle par les journaux parus le lendemain de l’évasion, nous l’avons accueilli avec une immense joie. Ce jour-là, j’étais dans la région de Khenchela, entre El-Khanga et Ali Ennas, en compagnie d’Adjel Adjoul et Hocine Maarfi (1). Je venais d’une mission à Tébessa, où j’avais rencontré Abbas Laghrour et Adjoul, mais je n’ai pas trouvé Chihani Bachir, car on m’a dit qu’il était en mission en Tunisie. Concernant cette évasion, et lorsque la nouvelle fut connue de tous, chacun y allait de son commentaire ou de son analyse, dès lors qu’une évasion de prison n’était pas une mince affaire, et a fortiori lorsqu’il s’agit d’une prison accueillant des condamnés à mort et des prisonniers classés comme « rebelles très dangereux pour la sécurité de l’État et de l’ordre public », à leur tête Si Mostefa, considéré par les autorités coloniales comme le chef de la rébellion.
Cela dit, le commentaire qui attira mon attention et qui est reste gravé dans ma mémoire, était celui d’Adjoul, qui était alors notre chef hiérarchique. «Je connais très bien la prison Coudiat quand j’étais à Constantine. Cette prison n’est pas en carton et ce n’est pas une tente, c’est une prison blindée. Soit les autorités françaises ont facilité l’évasion de Si Mostefa dans le but de le tuer en disant qu’il a été tué lors de la tentative d’arrestation après son évasion et en se débarrassant enfin de lui, soit cette évasion est le résultat d’un deal avec les autorités coloniales dans un but inavoué, mais je sais très bien que Si Mostefa n’est pas du genre à se laisser manipuler. « Ces propos d’Adjoul se sont répandus telle une trainée de poudre et tout le monde avait pris pour argent comptant l’interprétation faite par un homme cultivé et un vieux routier du mouvement national. Certains ont, toutefois, surinterprété ces propos, ou les ont carrément déformés, consciemment ou inconsciemment. Pour preuve, la dernière phrase d’Adjoul n’a jamais été reprise par aucun auteur et reste occultée, malgré son importance. Ce commentaire sera exploité par ceux qui voulaient ternir l’image d’Adjoul, lui porter atteinte et dresser les moudjahidine contre lui.

Le moudjahid Amar Benchaiba dit Ali

Le lendemain, nous nous trouvions, le moudjahid Si Hocine Maarfi, cinq autres moudjahidine et moi, au pied du djebel Ouestili. On m’avait demandé d’organiser une fiesta, à l’occasion de cette évasion, et j’ai accepté. J’ai alors acheté trois chèvres pour un grand repas auquel on avait convié les habitants du village qui était à quelques encablures de la ville de Lambèse. Puis, nous avons continué notre marche vers notre PC à Djebel Ouestili, et dès que nous nous sommes approchés du siège où se trouvait Benboulaid, certains frères qui étaient avec lui nous ont empêchés de le voir, en voulant le cacher de nos yeux. Nous nous sommes alors accrochés avec eux, et nous leur avons dit que Si Mostefa était notre compagnon et notre chef à tous et non pas seulement leur chef à eux ou celui d’un groupe spécifique. A la fin, on a nous libéré la voie et nous avons pu le rencontrer après une longue absence. Ce fut une soirée mémorable. »
Le moudjahid poursuit : « Pendant la période où Si Mostefa était en prison, les Aurès étaient en proie à l’anarchie et à de graves dérives. C’est ainsi que la région était tiraillée entre plusieurs chefs qui ne se reconnaissaient pas mutuellement et prenaient des décisions sans aucun contrôle.

Le moudjahid Amar Benchaiba dit Ali

Lors de cette rencontre, Si Mostefa nous a posé un certain nombre de questions sur la situation générale, et particulièrement sur les régions de l’Est. Il était préoccupé par les rumeurs qui lui parvenaient sur les exécutions extrajudiciaires auxquelles se seraient livrés Abbas Laghrour et Adjel Adjoul. Cependant, je témoigne que des signes de réconciliation étaient apparus, et tout commençait à revenir à la normale suite aux contacts tous azimuts entrepris par Si Mostefa. »

Rencontre de Mostefa Benboulaid avec Adjel Adjoul

Ali Benchaiba raconte à ce propos : « Après quelques jours de repos à Djebel Ouestili, Si Mostefa nous fit part de son désir de visiter et d’inspecter les différentes régions de la Zone pour s’enquérir de visu de l’état d’avancement de la lutte et rétablir l’ordre en essayant de résoudre les problèmes qui étaient apparus en son absence, tout en remontant le moral des moudjahidine et restaurer le climat de fraternité d’avant en leur rappelant le serment qu’ils avaient prêté à la veille du déclenchement de la révolution.
Nous primes la destination de Larbaâ, M’chounèche, puis Targa, jusqu’à notre arrivée au village Sra El-Hammam à Kimmel, et là nous avons été accueillis par Adjoul, entouré des habitants de la dechra qui avaient fui leurs villages et s’étaient réfugiés dans ces montagnes pour échapper à l’enfer du colonialisme qu’ils enduraient quotidiennement depuis le début de la révolution.
Dans cette dechra, il y avait des vieux, des femmes et des enfants en plus des moudjahidine. L’accueil fut des plus chaleureux, avec des youyous et des applaudissements. Les gens étaient alignés sur les bords de la route, formant un couloir au milieu duquel Si Mostefa marchait tout en serrant la main de tout le monde. Là, Adjoul remit à Si Mostefa un fusil-mitrailleur de fabrication anglaise, de type FM Bren, mais Si Mostefa ne tira que quelque coups, pour ne pas gaspiller les balles. Et là, Adjoul lui dit : « Tirez à votre guise, Si Mostefa, ne vous en faites pas, nous avons des quintaux de munitions !»
Puis nous nous sommes rendus à Hammam Chaboura dans le même secteur, où Adjoul avait aménagé un lieu pour la réunion, qui consistait en une grande tente au milieu des pins. Adjoul amena à cette réunion le lieutenant français Louis qui avait été capturé par Abbas Laghrour lors d’une embuscade et détenu, depuis, dans une casemate. Si Mostefa le regarda puis le salua. Il recommanda de prendre soin de lui, et se tourna vers nous en nous disant : « Quand Si Abbas sera là, nous prendrons une photo avec cet officier, en le mettant au milieu, et nous enverrons la photo avec un tract aux autorités coloniales et à tous ces postes dans la région, en réponse à la photo qui m’a été prise et où j’étais entouré de deux gardes français le jour de mon arrestation, et nous leur disons : « A chacun son tour pour goûter à l’amertume de la défaite. » Malheureusement, il est tombé au champ d’honneur avant de rencontrer Abbas Laghrour, et la photo n’a jamais été prise. (2)
Le lendemain de cette visite, Si Mostefa a passé une journée entière, c’est-à-dire du matin au soir, seul avec Adjoul, et personne parmi nous ne savait ce qui s’était dit entre eux.
Au troisième jour, Adjoul présenta une katiba équipée d’armes modernes, qui salua Si Mostefa. Devant de nombreux moudjahidine, Adjoul ouvrit la séance avec une allocution de bienvenue, puis, se tournant vers l’assistance et vers Si Mostafa, pour le présenter en ces termes : « Voici Si Mostefa Benboulaid, notre père, hier comme aujourd’hui. » Dieu m’a prêté vie pour témoigner aujourd’hui et pour l’histoire de ces moments tels qu’ils sont, sans aucune modification. Cela prouve, en tout cas, qu’entre les deux hommes, il y avait une grande cohésion.
J’aimerais, ici, commenter le témoignage du frère Tahar Zbiri, qui a dit qu’Adjoul avait ordonné qu’aucune considération ne soit accordée à Si Mostefa, qu’après six mois, selon la règle établie par Si Mostefa lui-même. Ce discours est totalement infondé ; il est le fruit de l’imagination de Si Tahar et de ces responsables, dont j’affirme que chacun d’eux essayait d’évincer l’autre. S’il est vrai que Si Mostefa avait promulgué une loi obligeant toute personne arrêtée à se soumettre à une période probatoire de six mois, cela ne s’appliquait guère à lui, du fait que nul ne contestait sa stature de père de la Révolution qui l’avait déclenchée et qui nous avait inculqué ses principes ; alors comment pouvions-nous lui appliquer cette mesure ?
Prenant la parole, Si Mostefa exprima sa satisfaction des résultats obtenus pendant son absence, en mettant l’accent sur cette capacité de la révolution à s’armer par elle-même grâce aux armes saisies de l’ennemi, et sur l’organisation en général. Il appela à renforcer l’unité dans les rangs et à intensifier les frappes contre les positions de l’occupant. A la fin, il recommanda à nouveau de prendre soin du captif français, le lieutenant Louis Bernard.
Après cette réunion, nous sommes retournés à Djebel Ouestili, où Si Mustafa avait pris son quartier général provisoire.
Les rencontres et les réunions se succédaient pendant cette période dans des endroits distincts, et je me souviens que lors d’une rencontre qui s’est déroulée à Menaâ, il a été question d’examiner la situation des veuves de chouhada, et une proposition d’instituer une allocation familiale au profit des moudjahidine. Lorsqu’on a demandé à Si Mostefa combien d’enfants il avait, il a répondu qu’il ne le savait pas, car il considérait tous les enfants du peuple algérien comme les siens. Là, son frère Omar Benboulaid est intervenu et a demandé à Si Mostefa l’autorisation d’’enregistrer son fils Abdelouahab (fils de Si Mostefa) en son nom (c’est-à-dire au nom d’Omar) du fait qu’il le considérait comme l’un de ses fils.
Aussi, pendant cette période de déplacements intenses à travers les différentes régions, il faut rappeler deux batailles importantes menées par Si Mostefa et auxquelles j’étais présent. La première est la bataille d’Ifri El-Balh (près de Ghoufi à Ghassira), qui eut lieu le 13 janvier 1956. Quant à la deuxième bataille, elle se déroula le 18 janvier de la même année. Il s’agit de la bataille de Ghar Benaissa à Djebel Ahmer Kheddou, qui eut lieu suite à l’opération de poursuite lancée par les forces françaises.
Lors de ces deux batailles, Si Mostefa, à la tête d’environ 280 moudjahidine, a fait preuve d’un courage rare et d’une conduite parfaite. L’ennemi a subi de pertes considérables en vies humaines et en équipements, et nous avons, de notre côté, déploré de nombreux martyrs, dont Hocine Maarfi, tombé lors de la bataille d’Ifri El-Balh.

La réunion d’Oued El-Attaf à Kimmel

Le moujahid Ali Benchaiba dit, à propos de la réunion tenue à Oued El-Attaf, au sud de la forêt de Béni Melloul à Kimmel, et à laquelle il a pris part que c’était la première réunion officielle des dirigeants des Aurès, présidée par Si Mostefa après son évasion de prison. La rencontre s’est déroulée les 11, 12 et 13 mars 1956. Y ont assisté les chefs de la partie Est des Aurès, sans Abbas Laghrour qui était grièvement blessé au cours d’une bataille.
Lors de cette réunion, Adjoul avait mis en place une katiba bien armée pour sécuriser le déroulement de la rencontre à laquelle ont assisté de nombreux moudjahidine et des responsables des régions de Souk-Ahras, Tébessa, Khenchela, Kimmel et Arris. Adjoul ouvre la séance par une allocution de bienvenue à Si Mostefa, à qui il donna ensuite la parole. Toutes les questions inhérentes à l’organisation et à la situation dans les Aurès, et tous les problèmes posés au niveau de toutes les régions représentées à la réunion furent soulevés et examinés. A cette occasion aussi, le règlement intérieur de l’ALN et la répartition géographique des régions furent révisés, et toutes les régions ont présenté leurs rapports sur la situation politique, militaire, organisationnelle et financière. »
A ce propos, Ali Benchaiba dira : « J’aimerais répondre à ceux qui relayaient la thèse selon laquelle le chef Mostefa Benboulaid aurait été réhabilité ce jour-là, en disant que ce ne sont que des élucubrations, car cette question n’a, à aucun moment, été soulevée lors de cette réunion. Comment, en effet, réhabiliter Si Mostefa, alors qu’il était entouré de la crème des moudjahidine qui lui vouaient un respect sans bornes, qu’il avait une très bonne réputation et un parcours militant sans égal et qu’il avait, deux mois plus tôt, c’est-à-dire en janvier, mené deux grandes batailles en infligeant de lourdes pertes à l’ennemi et en prouvant encore une fois son héroïsme et sa haine irréductible du colonialisme français. Il faut aussi rappeler que c’est lui qui a convoqué cette réunion qu’il a présidée lui-même, et que c’est encore lui qui a donné des instructions et des directives. Donc, tous ces dires ne sont que de pures allégations mensongères. A la fin de la réunion d’Oued El-Attaf, Si Mostefa ordonna à Adjoul de rester au PC de Kimmel pour gérer les affaires courantes, en lui expliquant qu’il ne lui était pas demandé d’assister à la réunion prévue à Djebel Lazreg. »

La réunion d’Oued Lazreg, le poste émetteur miné et la mort de Si Mostefa

Ali Benchaiba poursuit sa narration : « Après la réunion d’El-Attaf, nous quittâmes Kimmel. Si Mostefa prit la direction de Djebel Lazreg pour tenir une autre réunion avec les responsables de la région Ouest des Aurès et du Sahara qui n’avaient pas assisté à la rencontre de Kimmel. Pendant ce temps, le moudjahid Mostefa Boucetta et moi avions pris le chemin d’Ichemoul, pour préparer l’opération d’évasion d’un groupe de Marocains d’un poste de l’armée française. Cette opération se solda par l’évasion de cinq Marocains seulement, sur un total de douze, parce que l’ennemi s’en était aperçu, grâce à des informations qu’il a eues par des délateurs. Après cette opération, nous rejoignîmes Si Mostefa. A notre arrivée, celui-ci nous demanda des détails sur le déroulement et les résultats de l’action.
Ici, je dois préciser que, considérant les Aurès comme zone de rébellion et de hors-la-loi, les autorités coloniales ont mis en place de nombreux postes militaires avancés, et notamment dans les zones montagneuses. Les moudjahidine ont profité de cette situation pour monter des embuscades contre les véhicules militaires venant approvisionner ces postes, obligeant ainsi les autorités militaires françaises à emprunter un autre itinéraire pour éviter de tomber dans des embuscades. C’est ainsi que l’approvisionnement des postes se faisait désormais par largage et parachutage. A telle enseigne que ce phénomène est devenu familier pour les habitants de ces régions.
Les services de renseignements français ont usé de tous les stratagèmes pour atteindre les moudjahidine. C’es ainsi qu’ils ont eu, un jour, l’idée de larguer un gros colis dans la nature, et se mirent ensuite à le chercher auprès des habitants, pour faire croire qu’ils l’avaient réellement perdu et que ce colis avait été largué par erreur. Pour bien maquiller l’affaire, ils ont joint au fameux colis des lettres provenant des familles des soldats français affectés dans ces régions, en plus d’un gros sac de riz. Informée des déplacements récurrents de Si Mostefa et ses collaborateurs à travers ces régions, l’armée coloniale savait que le colis en question avait toutes les chances de parvenir à eux. Surtout que le règlement de l’ALN exige de quiconque aurait trouvé de tels objets de les remettre impérativement au commandement des moudjahidine de la région. Le colis a finalement été découvert par un militant qui le remit aussitôt au poste de l’ALN le plus proche. En l’absence de Si Mostefa, des moudjahidine l’ont réceptionné, et ont constaté qu’il s’agissait d’un poste émetteur-récepteur de transmission et non un poste transistor comme l’ont écrit certains auteurs. Les moudjahidine ont essayé de le manipuler pendant trois jours, mais l’appareil n’a pas explosé, parce qu’il n’était pas doté de batterie.
Au retour de Si Mostefa de sa tournée, les moudjahidine lui montrèrent l’appareil en lui racontant toute l’histoire. Il a eu ce commentaire : « C’est un objet précieux qui nous permettra, si nous l’exploitons, de réduire les longues distances, en envoyant et en recevant les dépêches. » Puis, il nous demanda, à Baâzi Ali et moi, de le dissimuler dans un lieu sûr, en vue de l’exploiter pour la communication. Il m’a dit : « Cache-le là où la bergeronnette sait cacher ses petits ». Comprendre dans un endroit auquel nul ne peut avoir accès.
Avec l’aide de quelques frères, j’ai posé l’engin sur une mule dans l’intention de le transporter jusqu’à une colline avoisinante ; mais les intempéries et l’absence totale de visibilité à cause d’un épais brouillard m’empêchèrent d’arriver à destination. Nous fûmes contraints de revenir à notre point de départ. J’ai expliqué à Si Mostefa les raisons de ce faux bond, en lui promettant de le faire le lendemain. A ce moment précis, Si Mostefa, voulant essayer l’appareil, demanda à Baâzi Ali de lui ramener une batterie de lampe qu’il avait l’habitude d’utiliser pour l’écriture, tout en priant tout le monde d’aller préparer leur dîner et de revenir après s’ils le voulaient, surtout qu’il y avait, ce jour-là, beaucoup de responsables venus des régions du Sahara, Sétif, Batna, Challala, Chelia, Bouarif, Ain Touta et Barika pour assister à la réunion de Djebel Lazreg convoqués, comme on l’a déjà dit, par Si Mostefa.
Quelques instants avant le dîner, et pendant qu’un moudjahid préparait la galette, Baâzi Ali arrive, tenant dans sa main la batterie qui lui avait été demandée et qu’il avait retirée de la lampe, et la remit à Si Mostefa. Celui-ci nous demanda de laisser l’opération d’essai de l’appareil pour après le dîner. Mais Baâzi lui mit une telle pression pour l’essayer avant le dîner que Si Mostefa finit par s’y soumettre, surtout que cela venait du responsable de la région de Djebel Lazreg, qui était en même temps responsable de la sécurité de tous les présents. Aussi, tout le monde était impatient de voir l’appareil fonctionner.
On fit poser l’appareil sur un lot de tracts qui étaient dans la pièce où nous nous trouvions, et qui étaient destinés à la distribution à travers les différentes régions, puis, Si Mostefa monta la batterie et se mit à ouvrir les boutons ; il y en avait 14 (12 en parallèle et deux gros autres au-dessus). Les dimensions sont environs comme suit : 60 cm de largeur, 50 cm de hauteur, et pesant 60 kilos.
Nous étions tous suspendus, aux côtés du chef, à ce qui va sortir enfin de cet engin que Si Mostefa continuait à manipuler en tournant les boutons. Et dès qu’il toucha aux deux gros boutons, l’appareil explosa. La détonation fut très violente. J’en perdis conscience, et à mon réveil, j’ai demandé à un moudjahid qui était à mes côtés – il s’agit d’Ougali Brahim de T’kout – pourquoi ils m’avaient laissé seul et ne m’avaient pas secouru, et pourquoi Si Mostefa n’était pas venu s’enquérir de mon état (« Ne suis-je pas votre frère ? », lui ai-je dit sur un ton plaintif). Je croyais que j’étais le seul blessé.
Mais plus tard, j’ai appris la mort de cinq compagnons, qui sont Si Mostefa Benboulaid, Ali Baâzi, Mahmoud Benakcha, Abdelhamid Amrani et Fodhil El-Djilani dit Ahmed K’baïli. Sept autres moudjahidine ont été blessés, dont moi-même, puisque j’ai été atteint dans plusieurs parties de mon corps et dans mon œil gauche, aujourd’hui remplacé par une lentille, en plus d’une perte totale de l’ouïe provoquée par l’explosion.
Les personnes présentes à l’endroit où a eu lieu l’explosion ont commencé, immédiatement après l’enterrement des chouhada, à se disperser et à quitter les lieux par peur de l’arrivée de l’armée française à cet endroit immédiatement après avoir entendu la forte explosion. Instruction a été donnée, avec l’accord de tous, de garder secrète la mort de Si Mostefa, pour éviter que cela affecte le moral des moudjahidine. En effet, cela est resté secret pendant plusieurs mois.
Quant à nous autres blessés, on nous a transférés à Djebel Béni-Frah. A dos de mulets et sous une pluie battante, nous avons traversé Oued Menaâ qui était en crue. Le torrent a failli nous emporter, mais finalement nous sommes passés. Nous sommes restés à Djebel Béni-Frah pendant tout un mois et nous eûmes droit aux premiers soins. Puis, on a décidé de nous transférer vers le PC de Kimmel pour suivre les traitements nécessaires à l’infirmerie de l’ALN, dirigée par Smaïn Mahfoudh. »
Le moudjahid Ali Benchaiba conclut son témoignage sur ce point en affirmant que « Si Mostefa n’a vécu que trois mois après le déclenchement de la Révolution, puis a été arrêté, et n’a vécu que quatre mois après son évasion de prison, soit sept mois au total. S’il a vécu seulement une année, il aurait réalisé des miracles, et la Révolution aurait certainement connu un autre itinéraire. Du coup, il aurait été possible d’éviter ces événements malheureux qu’a connus la région après sa mort. »

Benboulaid assassiné par les services français, Adjoul innocent

A notre question de savoir qui est à l’origine du minage de cet appareil qui a tué Mostefa Benboulaid et quatre de ses compagnons, le moudjahid Ali Benchaiba répond : « Je sais que certaines personnes accusent Adjoul, mais en tant que témoin vivant et victime de cette explosion, je vous relate les faits tels qu’ils se sont déroulés, sans falsification. (3)
L’appareil piégé a été largué dans un endroit qui était loin de la zone où se trouvait Adjoul qui n’en savait rien du tout. Et puis, Adjoul était resté au PC de Kimmel pour gérer les affaires courantes sur ordre de Si Mostefa personnellement, et ne l’avait pas emmené avec lui à Djebel Lazreg pour assister à la réunion prévue là-bas. Donc, il n’était pas présent sur le lieu de l’explosion, et la distance qui sépare les deux endroits est non seulement très longue, mais aussi connue pour ses reliefs accidentés. Ceux qui avancent qu’Adjoul était sorti du refuge avant que l’appareil explose sur Si Mostefa et ses compagnons, ne font que relayer des accusations montées de toutes pièces et préméditées. Aussi, tout ce qui a été dit sur sa présence n’est que mensonges et calomnies. Ces rumeurs distillées parmi les responsables visaient à les pousser à s’entretuer dans leur course effrénée au leadership. De plus, Adjoul n’a appris la mort de Benboulaid qu’après près d’un mois, et je le confirme, moi qui étais proche de Si Mostefa (4).
Par conséquent, je suis parfaitement persuadé que l’assassinat de Si Mostefa était fomenté par les seuls services de renseignement français, et qu’aucune autre partie n’y est impliquée. Et si les services ennemis n’avaient pas visé spécifiquement Si Mostefa, il n’en demeure pas moins qu’ils savaient que l’appareil piégé serait reçu par un des chefs de cette région, et que, quel que soit le chef, qui en serait victime, cela profiterait à l’ennemi. La preuve, ils n’ont su qu’il s’agissait de Si Mostefa Benboulaid que plusieurs mois plus tard.
Ce qui aurait laissé Si Mostefa, pour une fois confiant, alors qu’il nous avait toujours prévenus contre ce genre de choses et nous demandait d’être méfiants et prudents si nous tombions sur n’importe quoi, même s’il s’agit d’un stylo, c’est que cette opération était montée avec une telle minutie que tout laissait croire que l’appareil en question avait réellement été perdu par l’armée française.
J’ai appris un jour du commandant Amar Mellah, qui était membre de l’état-major de la Wilaya I historique et qui, de par sa position et les postes qu’il a occupés dans les premières années de l’Indépendance, détenait bien des secrets sensibles, qu’un officier des services français, Erwan Bergot, avait publié un livre, intitulé : Le dossier rouge, Services secrets contre le FLN. Celui-ci révèle que le complot qui a causé la mort de Mostefa Benboulaid et quatre moudjahidine avec lui, était l’œuvre de ces services. Ce n’était qu’une confirmation de ce que nous pensions déjà, nous qui étions proches de Si Mostefa et victimes directes de l’explosion. »

L’histoire d’Ali « Lalemani »

Ali « Lalemani » est un soldat de nationalité allemande qui a été recruté dans la Légion étrangère de l’armée française, avant de déserter pour rejoindre les moudjahidine. Mais son histoire avec l’appareil piégé est une pure fabulation. D’abord parce l’engin en question n’était pas un poste-radio transistor, mais un poste-radio de transmission.
Les propos qu’il aurait tenus ou qui lui sont attribués, et qui ont été largement relayés et diffusés, intentionnellement ou non, pour imputer l’assassinat à Adjel Adjoul, n’ont aucun fondement. On a fait de ce Ali Lalemani un artificier, alors qu’en réalité ce n’était qu’un simple amateur qui avait quelques connaissances sur le montage des bombes artisanales. Tout ce qu’il savait faire, c’est de charger des boites de conserves ou de lait de poudre avec des substances explosives ; mais celles-ci n’ont jamais eu un grand effet et n’avaient rien à voir avec le poste radio qu’on a présenté à Si Mostefa, lequel avait un système complexe et d’une haute technicité, piégé par de véritables spécialistes. Alors, la question : comment Ali Lalemani aurait-il pu avoir tous ces moyens pour piéger un engin avec un tel professionnalisme (5) ?

Derradji Salah dit Rostom

Notes :

(1) Hocine Maarfi est né en 1928 à Ichemoul, son père Ibrahim et sa mère Boukaaba Aldjia. Ancien militant du mouvement national, secrétaire particulier de Mostefa Benboulaid et un des secrétaires de Chihani Bachir. Lorsqu’il revit Si Mostefa, après son évasion de prison, il lui rapporta fidèlement tout ce qui s’était passé pendant son absence. Il est tombé au champ d’honneur dans la bataille d’Ifri El-Balh, dirigée par Mostefa Benboulaid le 13 janvier 1956.
(2) Lieutenant Bernard Louis, né le 24 novembre 1929 à Charbonnier Rhône, en France, et mort en Algérie en 1956, de la compagnie Méharistes de l’Erg oriental Disparu le 18 novembre 1955 au cours d’une embuscade tendue par les troupes de Abbas Laghrour sur la route de Siar (Khenchla) et fait prisonnier par Adjel Adjoul et présenté à Mustapha Benboulaid lors d’une réunion à Kimmel. Certains témoignages indiquent que Mostefa Benboulaid a voulu l’échanger contre Omar El-Mestiri, mais la tentative aurait échoué. Dans une la lettre adressée le 25 novembre 1955 à Monsieur Louis (père du disparu), l’ALN le rassure que le lieutenant était prisonnier et bien traité. (« Nous vous proposons d’échanger Bernard contre trois de nos prisonniers chez les colonialistes […] »). Le père de Bernard a déclaré avoir proposé aux supérieurs de Bernard pour l’échanger, mais sa demande serait restée sans réponse. Dans son livre : Les tamiseurs de sable, M.Larbi Merdaci affirme que l’officier aurait été tué en 1956 lors d’un accrochage entre l’ALN et l’armée française, mais nous ne possédons pas de preuve irréfutable sur les circonstances de sa mort.
(3) L’attentat dont a été victime Mostefa Benboulaid a suscité un grand intérêt chez de nombreux auteurs et historiens. Et si des légendes ont été tissées autour de cette histoire, c’est surtout parce qu’il s’agit d’une importante opération qui a éliminé une figure historique de premier plan et d’un des principaux dirigeants de la révolution. C’est dû aussi à l’absence d’un récit définitif sur les circonstances de la mort de Benboulaid. Ce qui a encore compliqué les choses, ce sont les rumeurs, les allégations et les échanges d’accusations entre les dirigeants locaux à des fins personnelles.
(4) Toutes les sources fiables attestent que la rumeur de l’assassinat de Mostefa Benboulaid par Adjoul a été diffusée par Omar Benboulaid et Aissi Messaoud Benaissa.
– Omar Benboulaid est le frère aîné de Si Mostefa. Né le 17 septembre 1911, il était militant du mouvement national, et assista au déclenchement de l’insurrection, le 1er novembre, à Ouled Moussa. De nombreux témoignages et écrits sur l’histoire de la guerre de Libération indiquent que Mostefa Benboulaid aurait recommandé qu’aucune responsabilité ne soit confiée à son frère Omar, mais après sa mort, celui-ci a répandu une rumeur selon laquelle Adjoul aurait fomenté l’assassinat. Il s’est ensuite autoproclamé successeur de Si Mostefa. Peu de temps après, il déclara sa non-reconnaissance des résolutions de la Soummam et mit en place une armée parallèle, ce qui a conduit le CCE, en 1957, à le juger et à le condamner à mort par contumace, lui et Ahmed Mahsas. Mais, il s’est enfui en Suisse et n’est rentré au pays qu’après l’Indépendance. Il est décédé dans un accident de la circulation en 1973 sur la route entre Arris et Batna.
– Aissi Messaoud est né en 1909 à Zalato, près de T’kout. Son père est Aissi Aissa, sa mère, Nouna Aissi. Cet ancien militant du PPA était un proche collaborateur de Mostefa Benboulaid et un moudjahid de la première heure. Il prit part à l’attaque du bureau des Contributions à Ichemoul. Il était réputé pour être en désaccord permanant avec Adjoul, avant même le déclenchement de la Révolution. Selon certains témoignages, Si Mostefa l’aurait sévèrement sermonné pour quelques actes qu’il aurait commis avant le déclenchement de la Révolution, alors Messaoud Aissi avait compris que c’est Adjoul qui aurait dressé Si Mostefa contre lui.

Ali Benchaiba avec Rostom et Djemai Bertela

Dans la fouée des dissensions qu’a connues la région des Aurès, Aissi Messaoud fit allégeance à Omar Benboulaid et déclara ouvertement son opposition aux résolutions de la Soummam et sa non-reconnaissance du CCE. Il créa une armée qui lui est loyale appelée « Volontia », et désignée par les autres comme une « armée de dissidents » ou de « mouchawichine » du fait qu’elle combattait en même temps le FLN /ALN. Il fut éliminé dans des circonstances mystérieuses dans la forêt de Béni Melloul en 1959.
(5) Le commandant moudjahid Tahar Saidani a contribué, à travers ses mémoires publiées sous le titre : La Base l’Est, cœur battant de la Révolution, dans la diffusion de la thèse de l’assassinat de Mostefa Benboulaid par Adjel Adjoul. Il dit avoir entendu le moudjahid Ali Lalemani témoigner qu’il avait piégé un poste radio sur ordre d’Adjoul en vue d’assassiner Benboulaid, mais qu’il ne savait pas qu’il était destiné à Si Mostefa. Il faut savoir, néanmoins, que le commandant Tahar Saidani n’a jamais mis les pieds dans les Aurès pendant la Révolution et qu’il n’en connaissait absolument rien, pour la simple raison qu’il avait passé tout son combat à la Base de l’Est.
– Le même reproche peut être fait à Mohamed Boudiaf, qui, dans ses écrits, a aussi attribué l’assassinat de Benboulaid à Adjel Adjoul. Alors que Boudiaf faisait partie de la délégation extérieure en Egypte, puis détenu parmi les prisonniers politiques en France, suite au détournement de l’avion des cinq dirigeants le 22 Octobre 1956. A noter qu’à cette date, le colonel Amirouche était toujours dans la région d’Aurès où il avait été envoyé en mission par le CCE, issu du congrès de la Soummam. Donc, Boudiaf n’était même pas au courant du rapport présenté par Amirouche aux membres du CCE, sachant que le dit rapport n’évoque nullement cette hypothèse d’assassinat fratricide de Benboulaid. En définitive, Boudiaf n’était pas au fait de tout ce qui s’était passé dans les Aurès, dès lors qu’il était si loin. Tout ce qu’il a pu dire sur cette affaire n’était que de simples conclusions et, de ce fait, ne peut être pris pour un témoignage crédible.

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