Malika Mokeddem et Yasmina Khadra – Icônes de la littérature algérienne

Tous deux natifs de Kenadsa, Malika Mokeddem et Mohamed Moulessehoul plus connu sous le nom de Yasmina Khadra ont offert à la littérature algérienne quelques-unes de ses plus belles pages de noblesse.

Tous deux ont embrassé d’autres carrières, la première en tant que médecin néphrologue et le second en tant qu’officier de carrière mais l’amour de la littérature les a, tout naturellement, menés vers l’écriture.

Malika Mokeddem

Malika Mokeddem, la fille du désert

C’est le 5 octobre 1949 que la petite Malika voit le jour à Kenadsa au sein d’une famille nomade sédentarisée. Elle sera l’aînée d’une fratrie de treize enfants.

Alors que la majorité des filles de sa condition n’a pas la possibilité de fréquenter les bancs de l’école dans cette Algérie colonisée, la petite Malika saisira cette chance et s’accrochera à ses études comme à une planche de salut. Scolarisée à partir de 1954, elle arrive au collège, à Bechar en 1962. Durant tout le temps où elle est scolarisée, elle sera la seule fille en classe. Une fois son bac en poche, elle entame des études de médecine à Oran, avant de partir en France pour se spécialiser en néphrologie. En 1979, elle s’installe à Montpellier où elle exerce en tant que néphrologue dans un cabinet privé avant d’arrêter l’exercice de sa profession en 1985 pour se consacrer pleinement à l’écriture.

A travers une écriture engagée contre l’oppression des femmes, elle publiera une dizaine de romans à partir de 1990. Son premier roman, Les hommes qui marchent, reçoit le Prix Littré en 1991. Il sera suivi de plusieurs autres grands succès littéraires tels que Le siècle des sauterelles (Ramsay, 1992), L’Interdite (Grasset, 1993), Des rêves et des assassins (Grasset, 1995), N’Zid (Grasset, 2001), Mes Hommes (Grasset, 2005), La désirante (Grasset, 2011)…

« L’Ecrivain » Yasmina Khadra

Né Mohammed Moulessehoul mais plus connu sous le pseudonyme Yasmina Khadra, l’autre grand nom de la littérature algérienne qui a vu le jour à Kenadsa le 10 janvier 1955, a d’abord embrassé une carrière militaire. Le choix de départ a été fait par son père, lui aussi officier, qui, à l’âge de 9 ans, l’envoie à l’école militaire d’El Mechouar à Tlemcen, ensuite à l’école des Cadets de la Révolution afin de le former au grade d’officier.

Engagé dans la lutte antiterroriste durant la décennie noire, le commandant Moulessehoul fait valoir en 2000 ses droits à la retraite pour se consacrer enfin à sa passion : l’écriture. Si durant sa carrière militaire il a déjà publié plusieurs titres sous son véritable nom (Houria (Enal, 1984), La fille du pont (Enal, 1985), El Kahira (Enal, 1986), De l’autre côté de la ville (L’Harmattan, 1988)…), sa carrière ne connaître de véritable succès qu’à partir des années 1990 lorsque le public découvre les romans de l’énigmatique Yasmina Khadra.

C’est après avec publié un roman policier intitulé Le dingue au bistouri, paru sous ce pseudonyme, qu’il entame cette nouvelle étape charnière de sa carrière. Il sera suivi par des dizaines d’autres : Morituri (Baleine, 1997), L’Automne des chimères (Baleine, 1998), Les Agneaux du Seigneur (Julliard, 1998)…

Cette série de romans policiers dont certains seront auréolés de prix et d’autres adaptés au cinéma (Morituri), il publie quelques titres autobiographiques comme L’Ecrivain, L’imposture des mots ou Cousine K., publiés chez Julliard entre 2001 et 2003. Ils seront suivis de plusieurs trilogies au succès international (Les hirondelles de Kaboul, L’Attentat et Les Sirènes de Bagdad, parus chez Julliard en 2004, 2005 et 2006)

Traduits dans des dizaines de langues, adaptés au cinéma ou en BD, les romans de Yasmina Khadra sont des best-sellers.

Il enchaîne avec d’autres titres au succès incontesté : Ce que le jour doit à la nuit (Julliard, 2008), L’Olympe des infortunes (Julliard, 2010), Les chants cannibales (Casbah éditions, 2012), La Dernière Nuit du Raïs (Julliard, 2015), Dieu n’habite pas La Havane (Julliard, 2016), Khalil (Casbah éditions et Julliard, 2018) et L’outrage fait à Sarah Ikker (Casbah éditions et Julliard, 2019)…

Hassina Amrouni

Source : Achour Cherfi, « Ecrivains Algériens. Dictionnaire biographique », Casbah éditions, Alger 2003, 391 pages

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