Fédération de France du FLN : L’apport financier en chiffres

La plus grande contribution de la communauté algérienne établie en France à l’effort de guerre, fut principalement financière. La Fédération de France du FLN n’a fait que catalyser l’engagement d’une majorité d’ouvriers en faveur de la Révolution, en dépit des conditions difficiles dans lesquelles ils évoluaient, aggravées par la recrudescence de la répression policière depuis le déclenchement de l’insurrection armée en Algérie.

    Dans leur livre Les porteurs de valises, paru en 1979, Patrick Rotman et Hervé Hamon indiquent, à titre d’illustration, que la contribution mensuelle –obligatoire, faut-il préciser- des ouvriers algériens dans l’émigration, et notamment en France, était estimé à 500 millions francs, qu’ils versaient régulièrement à la Fédération de France du FLN. Les deux historiens français confirment ce qui est déjà rapporté par des sources algériennes, notamment un rapport rédigé en 1961 par Ahmed Francis, alors ministre des Finances au sein du GPRA, à savoir que ce montant couvrait, à une certaine période, 80% du budget du GPRA.    

    La fédération a su maintenir le volume des cotisations au même niveau, en fixant d’abord le montant à 1000 francs pour chaque ouvrier, de 1954 à 1956, puis en l’augmentant graduellement, au fur et à mesure que la structure prenait de l’ampleur, pour atteindre 2000 francs en 1956, puis 2500 en 1957, avant de monter à 3000 en 1958, et enfin à 4000 en 1959.   

    Il faut savoir qu’au total, les ouvriers algériens envoyaient en Algérie environs 400 milliards francs, dont 10% était versé au FLN, ce qui fait que ce dernier était doté d’un budget de 7 à 10 milliards francs.

    Autre catégorie d’Algériens actifs qui cotisait en France pour la Révolution : les commerçants. Les statistiques montrent que ceux-là versaient entre 5 000 et 50 000 francs par mois, selon les chiffres d’affaires et les recettes de chacun.

    Les étudiants, eux, versaient entre 500 et 1000 francs par mois, pour ceux qui avaient une bourse ou étaient aisés.

    Avec la montée du nombre d’adhérents à la fédération, et le retrait progressifs des messalistes qui continuaient à exercer, jusque-là, une certaine influence sur les milieux ouvriers algériens en France, le volume des cotisations commençait à augmenter substantiellement à partir de 1957. Ainsi, la fédération a pu collecter 20 millions, lors du premier semestre de cette année, et 463 lors du deuxième. En 1958, elle a transféré 494,4 millions.

   En janvier 1961, le total des cotisations versées par les travailleurs algériens en France a atteint 49 085 880 francs, dont 55 062 750 constituent l’apport des commerçants et 53 539 880, celui des ouvriers.

   La Fédération de France du FLN avait d’autres sources de financement, hors cotisations mensuelles. Celles-ci provenaient notamment des taxes imposées par les « comités des mœurs » aux prostituées et autres proxénètes, en plus des frais de justices prescrits par les tribunaux révolutionnaires, les dons de différents types comme la zakate, le ouchour, sans oublier les aides provenant des pays arabes et musulmans et des organisations internationales. A ce sujet, on sait que la solidarité des pays étrangers était restée, pendant les premières années de la Révolution, au stade du discours politique. Ce n’est qu’à partir de 1961, que ces pays ont commencé à apporter des aides financières. C’est ainsi que la Ligue arabe a, lors d’une réunion au Liban, décidé d’allouer 12 milliards francs comme aide à l’effort de guerre des Algériens contre le colonialisme français.   

    S’agissant des opérations de transfert des fonds collectées en France, la fédération du FLN prenait de grandes précaution, parce qu’elle se savait épiée par les services de renseignements français. Face au durcissement des mesures de contrôle sur tout transfert de fonds des Algériens, les responsables de la fédération étaient parfois contraints de recourir à des amis de la révolution algérienne, comme les membres du célèbre réseau Jeanson, pour transporter dans leurs valises des fonds destinées au GPRA en Tunisie. 

    Cela dit, la plus grande difficulté rencontrée par les membres de la fédération, c’était dans la collecte de cotisations, eu égard aux risques encourus par les agents chargés de l’opération qui, à chaque fois, devaient user de nouveaux stratagèmes pour échapper à la police française, mais aussi aux différents indicateurs et aux messalistes du MNA. C’est pourquoi le comité fédéral a mis en place un réseau de type pyramidal, inspiré du modèle des cellules de fidayine de la bataille d’Alger, dont les membres ne se connaissaient pas.

    Les membres de la fédération étaient confrontés à un autre écueil : les mauvais cotisants. Pour parer à d’éventuelles « évasions », le réseau FLN durcit le contrôle au niveau des hôtels et des différents foyers occupés par les ouvriers algériens et exigea de tous les Algériens établis en France de signaler tout changement de résidence, pour pouvoir continuer à recevoir leur cotisation.     

Adel Fathi           

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