Djemâa Saharidj et son patrimoine : des trésors à ciel ouvert

Lorsqu’on déambule dans le village de Djemâa Saharidj, ses rues et ruelles nous racontent mille et une histoires.

Ses pierres, ses sources d’eau content un passé millénaire, que l’Histoire n’a pas toujours consigné mais que la tradition a su transmettre de génération en génération pour préserver la mémoire du village de l’oubli.

Riche et tumultueuse, l’Histoire de Djemâa Saharidj remonte à plus de 2000 ans et elle a été façonnée à la fois par les tribus berbères et les peuples conquérants qui s’y sont succédé.

Les Romains, les premiers, vont s’y installer à partir du IIIe siècle. Séduits par cette région où coule l’eau en abondance, ils vont y construire une cité baptisée Bida Municipium et vont exploiter toutes les sources descendant du mont Fiwan, en construisant thermes, bassins et aqueduc.

Aujourd’hui, quelques vestiges de cette époque témoignent effectivement de cette présence. Les premières traces sont visibles à une centaine de mètres de la place du village, en empruntant un chemin escarpé menant au village Tizi n’Terga, on voit émerger d’un talus, les ruines d’une bâtisse antique. « On voit la trace ou le reste de l’une des constructions, ce qui est en apparence la pointe (angle aigu) par laquelle se termine cette dernière, probablement sa partie fondation, vu l’imposante épaisseur des murs de près d’un mètre. Ces derniers, en fait, ne sont visibles que sur deux ou trois mètres, leurs suites étant entièrement ensevelies sous le terrain en pente. Comme d’ailleurs l’espace entre- eux occupé par un olivier sauvage millénaire ». Non loin de là, c’est ce qui reste d’un aqueduc romain qui est également visible. D’une largeur de 40 cm, ce que les habitants du village désignent sous le nom de «lghar b-buchen» (grotte du chacal) et «lghar b-bwaman» (grotte de l’eau) représentent sans doute sa partie creusée.

En redescendant vers la place du village, des fragments de ces murs datant de l’époque romaine se retrouvent ont servi à construire les murets servant de clôture aux nombreux jardins du village. Ce pan de mur, faisait-il partie de l’aqueduc ou d’une autre construction plus imposante ? Les villageois le supposent mais seules des fouilles peuvent le déterminer avec exactitude. Il semble qu’il n’y en ait pas eu dans cette région, pourtant, elle regorge de trésors qui n’ont pas encore livré leurs secrets. D’autres pierres encerclent la place centrale du village. « On raconte qu’en ces temps-là, le roi gouverneur qui l’habitait s’est fait aménager un tunnel tapissé de mosaïques par lequel il débouchait directement sur l’arène publique sous forme de théâtre (l’actuelle place publique) pour assister aux duels ou autres manifestations organisés à son intention. De ce théâtre, il ne subsiste présentement aucun signe hormis les dizaines de pierres taillées éparpillées sur la place même, les unes devant la fontaine, les autres aux alentours dont certaines servant de cages de but pour les garçons jouant au foot au fond de la place ».

D’ailleurs, sur même place du village qui aurait, vraisemblablement été par le passé une arène romaine, des dizaines d’objets (statues, bijoux, sarcophages amphores, monnaies…) ont été retrouvés. Malheureusement, ne connaissant pas leur valeur mémorielle, ils n’ont pas été conservés. D’ailleurs, les villageois déplorent le fait qu’il n’y ait pas de musée dans la région ce qui aurait permis d’entreposer ces vestiges du passé dont une statue de près d’un mètre de hauteur, sculptée sur du calcaire et représentant la Sainte Vierge. Elle serait actuellement gardée à l’intérieur du bureau d’accueil du CFPA (Centre de Formation Professionnelle de Adultes) de Djemâa Saharidj, un centre datant de la période coloniale française et construit par les Pères blancs.

C’est à la limite de cette place publique, que l’on retrouve aussi l’unique vestige de l’époque ottomane. Ces derniers ne s’y sont pas installés mais une brigade de cavaliers, à sa tête un officier turc s’y rendait régulièrement pour collecter l’impôt (dîme) auprès des villageois. On raconte que l’officier en question est, au cours de l’un de ces déplacements, tombé amoureux d’une fille du village et finit par l’épouser. C’est, sans doute, en gage d’amour ou de sincérité qu’il fit bâtir une zaouia, toujours opérationnelle aujourd’hui puisqu’elle est fréquentée par dizaines de « tolbas », venant de toute la région. La zaouia a bénéficié d’un puits creusé dans la cour, agrémentée de trois douches construites en retrait et servant aux ablutions, tant des habitués de la zaouia que de la mosquée « Tala Muqran », construite plus haut par les villageois et dont une porte donne directement sur ces douches ouvertes toute la journée.

« Assaridj », la source romaine

Dans ce village aux 99 sources, il en existe une, la fameuse « Assaridj », dont l’eau fraîche et d’excellente qualité a fait sa renommée dans tous les villages alentours. Datant sans doute de l’époque romaine, les Français l’ont aménagée en la divisant en deux parties avec chacune trois robinets d’égal débit. L’une est réservée aux hommes, l’autre aux femmes, avec en sus un lavoir.

Fiers de leur patrimoine, les habitants du village, conscients de l’importance de transmettre ce legs mémoriel aux générations futures, oeuvrent à sa préservation et à sa valorisation.

Hassina Amrouni

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