Lieu de mémoire et d’Histoire
Musée « Krim Belkacem » à Ath Yahia Moussa

Par Hassina AMROUNI
Publié le 03 sep 2019
Située à une trentaine de kilomètres de Tizi-Ouzou, le chef-lieu de wilaya, la petite commune d’Ath Yahia Moussa, daïra de Draâ El-Mizan, est le lieu de pèlerinage de centaines de personnes qui, chaque année, viennent visiter le lieu de naissance de Krim Belkacem, surnommé durant la guerre de libération nationale «Le lion des Djebels».
Krim Belkacem
Les accords d'Evian

Le pèlerinage dans ce haut lieu de mémoire et d’Histoire commence souvent par la visite de la maison familiale, située dans le petit village de Tizra Aïssa, comme pour entrer en communion avec l’esprit de ce grand révolutionnaire qui fut l’un des artisans des Accords d’Evian et le signataire du document qui scella l’indépendance de l’Algérie le 19 mars 1962. Une modeste petite maison, comme on en voit tant dans les villages de Kabylie.
Sur le lieu donc, deux maisons mitoyennes : celle des parents de Krim Belkacem où d’importantes réunions des membres de l’ALN se tenaient régulièrement et celle de ses grands-parents où il est né et qui, aujourd’hui, abrite le musée dédié à sa mémoire.
La demeure familiale est chargée d’une aura indescriptible. A l’intérieur, le décor est des plus sommaires, à l’image des autres maisons du village, avec des bancs en ciment, longeant la pièce principale des deux côtés. La pièce s’ouvre sur une cour qui dessert deux chambres, celles des deux frères aînés de Krim Belkacem : Saïd et Mohamed. Dans cet agencement, on retrouve aussi l’endroit où l’on parquait les bêtes, le silo à ravitaillement ainsi que « thaârichth », emplacement en hauteur accueillant la couche des parents. La chambre de Belkacem se trouve cinq marches plus haut, une étroite porte d’entrée nous donne l’accès sur une pièce d’une douzaine de mètres carrés, quasiment vide. Ce qui est notable dans cette pièce, c’est la trappe qui se trouve au fond pour prendre la fuite en cas de danger. Ici, rien n’a bougé, tout a été laissé tel quel, ce qui donne l’impression de faire un bond dans le passé, en quête de pans de notre riche Histoire patriotique.
Dès que l’on sort de la première maison, on rentre dans la seconde, attenante. C’est la maison des grands-parents, celle où Krim Belkacem a vu le jour le 14 décembre 1922. A l’époque toute la famille vivait réunie sous ce même toit, ce n’est qu’après que le père de Belkacem a construit sa propre maison. Arezki Krim, le frère de Belkacem, raconte que le jour de la naissance de son frère, quelqu’un est allé chercher son père au café du village pour lui annoncer la naissance de son fils. Il lui a dit : « Aâmi, vous avez un nouveau fusil. » Il ne croyait pas si bien dire puisque l’enfant en grandissant deviendra l’un des fers de lance de la guerre de libération nationale.
La maison qui fait office de musée abrite plusieurs espaces où sont exposés photos, objets usuels et autres souvenirs appartenant à la famille. Des photos de Belkacem mais aussi de son frère Rabah boxeur en France. Engagé lui aussi dans les rangs de l’ALN, il prend la responsabilité de la zone 4 durant une année, avant de décéder en 1960. Dans une autre série de photos, on y voit son autre frère, Arezki, brûlé au napalm au 3e degré. Lui-même raconte que ses blessures sont survenues alors qu’il se trouvait aux frontières tunisiennes. Dans d’autres pièces, plusieurs cartons trônent par terre, ils contiennent des centaines de photos. Pour l’instant, il est impossible de les sortir des boîtes pour les exposer de peur qu’elles ne soient endommagées par les infiltrations d’eau provenant d’un plafond comprenant plusieurs fissures.
Les membres de la famille Krim mais aussi les membres des deux associations « Tharwa n’Krim Belkacem » et « Les amis de Krim Belkacem » déplorent l’état dans lequel se trouve le musée. Ils ont lancé plusieurs appels aux autorités wilayales pour la restauration de cette demeure mais jusqu’à présent les appels sont demeurés sans suite.
A noter que depuis le 19 mars 2009, date commémorant les accords d’Evian, le musée « Krim Belkacem » est devenu monument historique. Une demande faite de longue date par les associations et famille du « lion des Djebels » et à laquelle les autorités ont finalement répondu favorablement.

Hassina Amrouni
Sources :
https://www.elwatan.com/edition/actu
alite/en-intimite-chez-krim-belkacem-02-11-2018
*Divers autres articles de la presse nationale