Krim et Ouamrane, deux noms au cœur de la Révolution
Draâ El-Mizan et la guerre d’Algérie

Par Hassina AMROUNI
Publié le 03 sep 2019
La région de Draâ-el-Mizan a enfanté de valeureux combattants qui ont été les porte-flambeaux de l’une des plus grandes révolutions du XXe siècle : la révolution algérienne.
Amar Ouamrane
Ali Mellah
Krim belkacem

Ali Mellah (voir portrait), Krim Belkacem et Amar Ouamrane ont tous vu le jour dans cette lointaine contrée de Kabylie. Ils ont été aux côtés d’autres moudjahidine issus d’autres régions du pays, les artisans d’une guerre à laquelle ils ont sacrifié le meilleur d’eux-mêmes.
Amar Ouamrane, celui que l’on surnommait « Bu qarru » (la tête dure) a vu le jour à Frikat, petite commune de Draâ El-Mizan le 19 janvier 1919. Après avoir décroché son certificat d’études primaires, il entre à l’académie de Cherchell où il suit une formation militaire et en ressort avec le grade de sergent.
Lors des événements sanglants du 8 mai 1945, Amar Ouamrane, qui refuse de prendre part à ces massacres, déserte les rangs de l’armée coloniale. Il est alors condamné à mort puis gracié en 1946 par le général Catroux.
Amar Ouamrane retourne dans son village où il rallie les rangs du Parti du peuple algérien (PPA) et devient l’adjoint de Krim Belkacem. Lors des élections municipales de 1947, son militantisme et ses actions de campagnes étant trop en vue, il se fait à nouveau arrêter par les autorités coloniales mais réussit à échapper à la vigilance des soldats français. A partir de ce moment, il entre dans la clandestinité.
Le 1er novembre 1954, Amar Ouamrane dirige les premières opérations militaires dans la région de Draâ Ben Khedda. Après l’arrestation de Rabah Bitat en 1955, Ouamrane lui succède à la tête de la Wilaya IV jusqu’en 1957. Prenant part au Congrès de la Soummam en août 1956, il accède au rang de colonel et est nommé membre du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA), représentant de la Wilaya IV. En 1960, le colonel Ouamrane devient représentant du Front de libération nationale au Liban puis en Turquie.
Lorsque l’Algérie recouvre son indépendance, le colonel Ouamrane se retire de la politique. Il meurt le 28 juillet 1992.

Krim Belkacem, « le lion des djebels »

Natif d’Aït Yahia Moussa, dans la daïra de Drâa El Mizan, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, Krim Belkacem y voit le jour le 15 décembre 1922.
Après son passage sous les drapeaux, le jeune Belkacem est nommé en novembre 1944 caporal-chef au 1er régiment de tirailleurs algériens. Une année plus tard, il est démobilisé. Revenu dans son village natal, il travaille comme secrétaire auxiliaire à la commune et adhère au PPA. Très engagé sur la voie du militantisme, il contribue à l’implantation des cellules clandestines dans les villages environnants. Il est alors convoqué par les autorités coloniales le 23 mars 1947 au motif d’«atteinte à la souveraineté de l’Etat».
Prenant d’abord l’avis du PPA, Krim Belkacem choisit de prendre le maquis, sous le nom de Si Rabah. Des menaces et des pressions sont exercées sur son père afin qu’il livre son fils mais il refuse d’abdiquer. En guise de représailles, Krim Belkacem dresse une embuscade contre le caïd qui n’est autre que son cousin et le garde-champêtre. Ce dernier est tué sur le coup. Il est alors jugé en 1947 et 1950 pour différents crimes et condamné à mort par contumace.
Désigné responsable du PPA-MTLD pour toute la Kabylie et, à la tête d’un état-major composé de 22 maquisards, il multiplie les contacts avec les militants et la population, réussissant l’exploit de faire enrôler dans son maquis quelque 500 éléments et ce, à la veille du 1er novembre 1954. Il a pour proche collaborateur Amar Ouamrane.
Le 9 juin 1954, Krim Belkacem rencontre à Alger Mostefa Ben Boulaïd, ainsi que Mohamed Boudiaf et Didouche Mourad. Ces derniers font tout pour le convaincre de la nécessité d’une troisième force. Toutefois, Krim ne rompt pas avec les messalistes vu que deux de ses représentants, en l’occurrence Ali Zamoum et Aït Abdesslam, participent en juillet 1954 au congrès d’Hornu en Belgique. Un accord est finalement passé avec les cinq responsables du «groupe des 22». Il rompt avec Messali Hadj en août 1954, sans en informer les militants. En devenant le 6e membre de la direction du FLN (les six chefs historiques), Krim est le responsable de la zone de Kabylie. Il encourage alors Abane Ramdane à accélérer les préparatifs de la réunion-bilan afin de doter la Révolution d’un programme et d’une structure cohérents : le congrès de la Soummam se tient le 20 août 1956. Au terme de cette réunion, Krim devient l’un des membres les plus influents du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA) et du Comité de coordination et d’exécution (CEE). S’installant avec ce dernier à Alger, il suit néanmoins de près le fonctionnement de sa wilaya.
Les services secrets français lancent l’opération «Oiseau bleu» à l’automne 1956, pour lutter contre Krim et ses hommes. Pour cela, ils recrutent 300 volontaires qui formeront le «contre maquis ». Pourtant, Mehlal Said, Zaidet Ahmed, Omar Toumi, Makhlouf Said et Hammadi parviennent à déjouer cette opération et à la tourner à leur avantage. Après cette déconfiture, quelque 10 000 soldats français assiègent les maquis avec pour seul but d’anéantir les hommes de la «Force K» (Oiseau bleu). Là, encore, c’est le camouflet total puisque tous ont déjà rejoint les rangs de Krim Belkacem, emportant avec eux plus de 250 fusils de guerre.
Vers la fin de l’année 1956, Krim Belkacem est chargé de créer avec Abane Ramdane, Larbi Ben M’Hidi et Benyoucef Benkhedda, la Zone autonome d’Alger (ZAA) afin de superviser la guérilla urbaine dans l’Algérois. Il s’attribue les liaisons avec toutes les wilayas, ce qui fait de lui le chef d’état-major de la zone algéroise et le stratège de la lutte armée.
Mais après l’arrestation de Ben
M’Hidi au cours de la bataille d’Alger, Krim Belkacem quitte la capitale le 5 mars 1957, accompagné de Benkhedda, suivi de Bentobbal. Se frayant un chemin entre les maquis, il rallie la Tunisie.
A la formation du GPRA, le 19 septembre 1958, Krim Belkacem est nommé vice-président et ministre des Forces armées, ce qui ne plait pas à tout le monde, d’où cette tentative de coup d’Etat fomentée par les colonels Lamouri, Naouaoura et Aouacheria et qui le vise directement. Dans le deuxième GPRA (janvier 1960-août 1961), Krim garde la vice-présidence mais passe aux affaires étrangères. Enfin dans le troisième, il cumule vice-présidence et ministère de l’Intérieur, de même que c’est à lui qu’est confiée la délégation qui va négocier les accords d’Evian et dont il sera le signataire, du côté algérien.
Au lendemain du cessez-le-feu, Krim est en désaccord avec l’Etat-major général. Il finit par être écarté de la vie politique. Il se tourne momentanément vers les affaires et part s’installer en France.
Après le coup d’Etat du 19 juin 1965, il repasse dans l’opposition. Accusé d’avoir fomenté un attentat contre Boumediene, en avril 196, manipulé et trahi par une partie de son entourage, il est condamné à mort par contumace. Commence alors une dure vie d’exil. En 1968, il crée avec quelques amis dont Slimane Amirat, les colonels Amar Ouamrane et Mohand Oulhadj, le Mouvement pour la Défense de la Révolution Algérienne (MDRA), parti qui active dans la clandestinité.
Krim Belkacem est retrouvé mort, le 18 octobre 1970, à Francfort. Il avait 48 ans. Enterré dans le carré musulman de la ville allemande, Krim Belkacem est réhabilité et sa dépouille rapatriée le 24 octobre 1984. Il repose, aujourd’hui, au «Carré des Martyrs» à El Alia, à Alger.

Hassina Amrouni
Sources :
*Divers articles de presse