Accueil Coup d’Etat du 19 juin 1965

Par Fateh Adli, sep 2019.

Les leçons d’histoire

Coup d’Etat du 19 juin 1965

D’aucuns se sont interrogés si les événements qui secouent l’Algérie depuis le 22 février, date du déclenchement des plus grandes manifestations populaires de l’histoire du pays, marqués aussi par une intervention de l’institution militaire pour contraindre le chef de l’Etat à se soumettre à la volonté populaire, n’étaient pas l’aboutissement d’un long processus historique jalonné de crises et de révoltes ou la réplique du premier coup d’Etat militaire –appelé en son temps « redressement révolutionnaire » – de l’Algérie postindépendance.

Quelles similitudes entre les deux événements ? Les protagonistes de la crise actuelle ont-ils retenu tous les enseignements des péripéties qu’a traversées le pays ? Quelle place a l’armée dans la vie nationale ? Autant de questionnements qui incitent un retour plus circonstancié de cet épisode charnière de notre histoire contemporaine. C’est aussi l’occasion de redécouvrir la personnalité et le parcours de Houari Boumediene, qui a été le principal instigateur du coup d’Etat monté contre le premier président de la République algérienne, Ahmed Ben Bella, avec toutes ses zones d’ombres et aussi ses paradoxes.
Si pour de nombreux auteurs et historiens, le 19 juin 1965 reste une date symbolique du triomphe de «la dictature militaire» et d’un régime autoritaire, les partisans du «redressement révolutionnaire», eux, en donne une autre version, en rappelant que l’intervention de l’armée avait été, avant tout, motivée par les «excès» d’un chef d’Etat qui avait accaparé tous les pouvoirs et dirigeait le pays d’une main de fer. Sauf qu’il est vrai que la chute du «dictateur» n’a pas ouvert la voie à l’instauration d’un Etat démocratique dans la perception moderne du terme.
Dans cette optique, les thuriféraires de Houari Boumediene aiment rappeler, également, qu’arrivé à Alger, à la tête de ces bataillons, après avoir mis en échec les troupes des wilayas qui avaient essayé de résister à son avancée, en appui au mot d’ordre du GPRA, Boumediene aurait pu s’introniser ce jour-là à la tête du pouvoir, comme l’avaient fait des chefs militaires de tant de révolutions du Tiers-Monde, à cette époque, mais il ne l’a pas fait. Il a préféré appuyer la démarche d’un pouvoir civil, celle incarnée par le Bureau politique du FLN qui comptait, en son sein, des chefs politiques de grande envergure, tels que Ben Bella, Khider et, même au début, Boudiaf.
Il est aussi indéniable que, pendant les trois années qui ont suivi la proclamation de l’Indépendance, le colonel Boumediene a choisi de s’occuper de la construction d’une armée moderne ; un projet auquel il s’est attelé, selon des témoignages, avec passion et rigueur. A la tête du ministère de la Défense nationale, il eut à assumer de lourdes tâches, à une époque où des pays voisins, comme le royaume du Maroc, nourrissaient déjà des ambitions expansionnistes dangereuses (la guerre des sables de 1963). Il devait aussi faire face à la déstabilisation interne, avec la montée des rébellions armées en Kabylie (le maquis du FFS en 1963) et au Sahara (la révolte du colonel Mohamed Chaabani).
Le 19 juin 1965, Boumediene fera intervenir l’armée une dernière fois pour déposer le président Ben Bella et mettre ainsi un terme à ce qu’il considérait comme « une dérive despotique » qui menaçait le pays. A-t-il manœuvré en amont pour justifier cette intervention musclée, à l’effet de s’introniser au pouvoir ? Sur cette question, les avis divergent, parce que trop de zones d’ombre imprègnent cette séquence qui allait bouleverser le destin du pays pour de longues décennies. Certains jugent que Boumediene convoitait le pouvoir suprême depuis qu’il a été nommé à la tête de l’état-major général de l’ALN, tandis que d’autres estiment qu’il a plutôt réagi par patriotisme et par souci de préserver l’unité et la stabilité des rangs et celles du pays. Un peu ce qui se dit aujourd’hui à propos de l’intervention de l’état-major de l’ANP pour déloger le régime de Bouteflika, même si le processus actuel n’est pas encore arrivé à son terme et qu’il est, par conséquent, difficile d’établir des analogies définitives.
Cela dit, il est toujours intéressant de relire le cours des événements vécus il y a cinquante-quatre ans, à la lumière de ce qui se passe aujourd’hui. On sait qu’un plan a été élaboré pour mettre fin au règne de Ben Bella, en prenant grand soin d’éviter l’effusion de sang. En effet, hormis quelques escarmouches à Annaba (qui ont fait tout de même plusieurs morts), le renversement de Ben Bella qui intervient le 19 juin se fit globalement dans le calme. Il est vrai que les Algérois furent surpris de voir le matin des chars et des soldats postés à tous les points stratégiques de la capitale, et que les émissions habituelles de la radio nationale étaient remplacées par de la musique militaire et la diffusion de communiqués en boucle, et que les communications téléphoniques étaient coupées pendant quarante-huit heures. Mais les choses sont revenues très vite à la normale.
C’est ainsi que Houari Boumediene est devenu le nouveau président de l’Algérie, tout en se maintenant à son poste de ministre de la Défense et de chef suprême des armées.
Adel Fathi

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