Forme achevée d’un mouvement de libération unificateur
Le Congrès de la Soummam

Par Boualem TOUARIGT
Publié le 27 sep 2017
Le 20 août 1956 s’ouvrait dans un maquis algérien, à proximité du village d’Ouzellaguen sur le territoire de la Wilaya III, un congrès qui regroupa les dirigeants militaires et politiques de la Révolution algérienne. Les combattants des Régions 2, 3 et 4 furent présents en force. Ben M’hidi représentait la zone 5 (Région Ouest). N’y participèrent pas les représentants de la Zone 1 (Aurès) et ceux de la Délégation étrangère alors installée au Caire (Khider, Aït Ahmed, Ben Bella qui avaient été rejoints par Boudiaf à la veille du 1er novembre 1954). Les présents furent informés par Zighoud Youcef de la disparition de Mostefa Ben Boulaïd, mort, plusieurs mois plus tôt, dans un attentat causé par un poste radio piégé. Sa mort avait été tenue secrète par ses compagnons.
1-  Youcef Zighoud.  2-  Amar Ouamrane. 3-  Krim Belkacem.  4-  Brahim Mezhoudi  5-  Abane Ramdane.  6-  Lakhdar Bentobal.  7-  Kaci Hamaï.  8-  Mostefa Benaouda.  9-  Hocine Rouibah.  10- Colonel Amirouche.
1- Lakhdar Bentobal. 2- Kaci Hamaï. 3- Mostefa Benaouda. 4- Amar Ouamrane. 5- Hocine Rouibah. 6- Tahar Amirouchen,  7- Si l’Hocine Lekser (Salhi Hocine), 8- Amirouche Aït Hamouda. 9- Malika Gaïd
Au Congrés de la Soummam. De g. à dr. : Mesbah Hamid, Amirouchene Tahar et Aissani Smail
Au Congrés de la Soummam. 1- Krim Belkacem. 2- Amar Ouamrane. 3- Colonel Amirouche

 

Le mouvement pour l’indépendance arrive à sa forme la plus avancée

Dans sa longue évolution depuis le début de la colonisation, le mouvement de libération vers l’indépendance avait franchi des étapes importantes au cours des premières décennies du XXe siècle jusqu’à arriver à sa forme la plus radicale et la plus complète : la lutte armée dirigée par un rassemblement unitaire autour d’un objectif stratégique clair à caractère politique : reconnaissance du droit à l’indépendance du peuple algérien uni dans toutes ses composantes et avec ses différentes sensibilités politiques.
Le congrès de la Soummam représente la forme achevée de ce mouvement de libération qui a réuni les différents acquis : nécessité de la lutte armée, caractère politique des objectifs visés, rapprochement et fusion des différents courants qui avaient jusque-là choisi des voies différentes avec des objectifs distincts, nécessité de l’adhésion des populations à la lutte armée. Dans cette lente évolution, allant des premières insurrections paysannes dès le début de la colonisation, le mouvement de libération s’est progressivement constitué dans une forme complète, achevée.

La longue évolution du mouvement national

Le mouvement a grandi de différents apports : la revendication populaire pour l’indépendance portée dès les années 1920 par les militants radicaux de l’émigration qui ont affirmé très tôt la dimension patriotique de leur lutte, l’engagement dès la Première Guerre mondiale des couches sociales aisées dans la lutte politique pour l’égalité des droits et qui allait progressivement se radicaliser et rejoindre la revendication de l’indépendance, l’action des réformateurs musulmans de l’Association des Ulémas qui réussirent à donner un contenu à la fois national, religieux et historique à la revendication nationale, affirmant une identité algérienne spécifique que les populations algériennes ont étendue et concrétisée par leur engagement dans les différents regroupements à caractère religieux, culturel, humanitaire et sportif. Cette idée nationale portée notamment à travers le sentiment d’appartenance à une entité culturelle qui refuse d’être la France a été partagée par un nombre toujours plus d’important d’Algériens, même par ceux qui ont été instruits et formés par la culture et l’école françaises. Beaucoup de farouches partisans de l’indépendance ont agi et activé en faisant usage de la langue française dans leur lutte. Cette revendication de l’indépendance a été aussi portée par des couches moyennes instruites qui ont rejoint les rangs du mouvement national radical dès les années 1930. 

L’importance du travail politique au sein des populations

Ce mouvement pour l’indépendance s’est également enrichi des leçons des expériences de la lutte clandestine et de la répression de 1945. Les militants les plus engagés ont tous compris la nécessité d’une lutte armée enracinée au sein des populations. Le travail politique envers celles-ci était considéré comme fondamental pour obtenir leur soutien à la lutte pour l’indépendance. Dès le déclenchement des actions militaires contre l’armée française, les combattants de l’ALN cherchaient d’abord à constituer des noyaux de militants décidés avant toute action militaire. Les premières opérations déclenchées par des maquisards dans les villages et les villes valaient d’abord par leur impact sur les populations : étendre le climat d’insécurité pour l’armée française, remonter le moral des militants, rendre confiance aux populations, même si les résultats paraissaient limités et insignifiants du point de vue exclusivement militaire.

Le FLN incarne l’idée nationale algérienne

En 1956, le mouvement de libération nationale a pris une forme particulière. Il s’exprime dans une lutte armée guidée par une force politique. Il ne s’exprime plus dans des révoltes localisées et spontanées telles que l’ont été les insurrections paysannes du XIXe siècle. Toutes les anciennes forces politiques se déterminent dorénavant par rapport à la guerre de libération nationale et par rapport au FLN qui a su incarner l’idée nationale algérienne et a diffusé des mots d’ordre largement unificateurs.
Ce qui intéressait les cadres de la Révolution algérienne c’est l’adhésion des Algériens à la revendication d’indépendance, unis sans discrimination autour du FLN, et la lutte contre toute tentative néocoloniale de dégager parmi les Algériens des populations acquises au maintien de la présence française.
Le mot d’ordre avancé par le congrès de la Soummam, la « primauté du politique sur le militaire », ne cachait pas un but inavoué de régler des différends entre les cadres. Ce mot d’ordre caractérisait la démarche des combattants, même ceux exerçant des responsabilités au sein des unités militaires. L’objectif principal était de faire en sorte que les populations ne croient plus en l’autorité française, refusent de la suivre et de suivre ceux parmi les Algériens qui étaient à son service. L’élimination et l’intimidation des agents de la colonisation avaient une importance capitale. Une action pouvait avoir des résultats militaires risqués ou très faibles. Elle était cependant décidée si ses conséquences politiques étaient importantes : désarroi des militaires français, généralisation du climat d’insécurité, gonflement du moral des militants, méfiance vis-à-vis des agents du colonialisme.

La primauté du politique

Le Congrès de la Soummam représentait ainsi cette forme extrêmement avancée à laquelle était arrivé le mouvement pour l’indépendance. Ses textes rappellent l’objectif militaire stratégique : forcer par le prolongement de la lutte armée le gouvernement français à reconnaître le droit à l’indépendance du peuple algérien. Le FLN proposait les conditions essentielles (souveraineté totale effective, unité du territoire et de la population) et avançait des propositions et des concessions pour favoriser un compromis et une sortie honorable acceptable : égalité des droits pour la minorité européenne, autorisations temporaires d’utiliser des bases militaires, coopération dans l’exploitation des richesses du sous-sol. Ainsi la base de la négociation pour l’indépendance avait été déjà tracée. Le FLN allait la suivre, agissant à chaque étape pour imposer ce qui en fut l’essentiel notamment l’unité du territoire.
Rappelons que c’est à partir du Congrès de la Soummam que le mouvement pour l’indépendance allait acquérir une de ces caractéristiques essentielles. Un organe collégial a été mis en place, le CNRA, regroupant des militants issus d’anciennes formations politiques qui s’étaient fondues dans le FLN. Malgré les différentes crises au sein des organes dirigeants, le FLN a suivi une règle : rechercher à chaque fois l’accord unanime pour les questions importantes. Ce fut une tradition qui s’est enracinée au sein du FLN jusqu’à l’indépendance.

Boualem Touarigt

DOSSIER

Tunis, capitale de l’Algérie combattante

L’aide de la Tunisie à la Révolution algérienne

FIGURES HISTORIQUES

L’homme qui livra des armes au FLN

Le Capitaine Vassil Valtchanov

GRANDES DATES
MOUVEMENT NATIONAL

PROCÈS-VERBAL DE LA REUNION ET EXTRAITS DE LA PLATE-FORME

Documents du Congrès de la SOUMMAM du 20 AOÛT 1956