Tunis, capitale de l’Algérie combattante
L’aide de la Tunisie à la Révolution algérienne

Par Fateh Adli
Publié le 28 sep 2017
S’il est un pays qui a apporté son aide multiforme, et presque sans contrepartie, à la révolution du 1er novembre 1954, c’est bien la Tunisie. Le voisinage et la fraternité millénaire ne sont pas les seuls facteurs expliquant cette disponibilité et cette générosité dont ont fait preuve les Tunisiens à l’égard des Algériens durant au moins huit ans. Sans compter les risques quotidiens que ce pays encourait avec un colonisateur acharné contre les insurgés algériens.
Le premier  CCE en 1957. De g. à dr. Abane Ramdane, Saâd Dahlab,  Krim Belkacem et Benyoucef Benkhedda (Ben M’hidi absent sur la photo).
Au Caire en 1957. De g. à dr.  Krim Belkacem, Fathi Dib, Abane Ramdane, M’Hammed Yazid, Lamine Debaghine, Saâd Dahlab, Benyoucef Benkhedda et Ferhat Abbas
Bombardement de Sakiet Sidi Youssef, le 8 février 1958

Si les contacts des Algériens avec la Tunisie remontent jusqu’au début du XXe, avec les premières missions d’étudiants dans les deux universités traditionnelles de la Zeitouna et de Kairaouan, où ces derniers, parallèlement à leurs études, s’organisaient et activaient dans différents associations culturelles locales, et trouvaient le meilleur accueil chez les militants nationalistes tunisiens, l’engagement le plus sérieux des Tunisiens s’illustra au lendemain du déclenchement de la lutte armée en Algérie. Ainsi, la Tunisie a tôt accueilli la première délégation du CCE fuyant les représailles de l’armée coloniale, pour y installer son QG, avec l’autorisation du gouvernement de Tunis. La capitale tunisienne abritera également, à partir de 1958, le siège du GPRA qui venait de quitter Le Caire où il vivait sous la pression permanente des services de renseignement égyptiens.
La Tunisie va aussi accueillir des vagues successives de combattants et de militants fuyant l’Algérie ou rappelés par la direction pour constituer des unités armées ou des centres d’instruction le long des frontières, ou tout simplement pour ramener des armes pour le maquis. A la veille de l’Indépendance de l’Algérien, ces unités formant la fameuse « armée des frontières » comptaient plus de 20 000 hommes bien équipés.
La Tunisie a été également le théâtre des luttes intestines qui émaillaient le cours de l’insurrection algérienne :la chasse à l’homme, la condamnation et l’exécution en 1959 des officiers de la Wilaya I et de la Base de l’Est dans l’affaite dite des colonels. Les autorités et forces de sécurités tunisiennes ont été à chaque fois contraintes de s’impliquer, avec tous les aléas et dommages que cela pouvait entrainer. Ce fut le cas notamment lors du quiproquo qui opposait, vers la fin de la guerre, le GPRA à l’Etat-major général sous la conduite du colonel Boumediene, où l’intervention du gouvernement de Bourguiba, à l’occasion de la capture d’un pilote français par l’ALN sur le sol tunisien, a quelque peu envenimé les relations plus qu’amicales qui liaient les deux pays. Autre aspect de l’aide apportée par les Tunisiens à la révolution algérienne : l’engagement actif de la frange révolutionnaire du parti néo-destourien tunisien, sous la férule du leader nationaliste Salah Ben Youssef. Ce dernier, en rupture de ban avec Habib Bourguiba, fut tenté de lancer la lutte armée contre le pouvoir de Tunis, et voulut faire appel aux combattants algériens pour l’aider à créer les premières cellules de la rébellion. En contrepartie, ses partisans (les Youssoufistes) s’étaient engagés à aider les Algériens par l’acheminement des armes vers les maquis intérieurs. Il y avait aussi la puissante centrale syndicale tunisienne, l’UGTT, qui a apporté une aide conséquente et multiforme aux révolutionnaires algériens.
Sur un autre plan, il ne faut pas oublier l’incroyable élan de solidarité qu’a exprimé le peuple tunisien dans son ensemble à l’égard des réfugiés algériens qui s’étaient installés par milliers chez leurs voisins et frères, depuis les premières années de la guerre. Le bombardement du village de Sakiet Sidi-Youssef, le 8 févier 1958, par l’aviation française, qui a fait plus de 70 morts, dont une douzaine d’enfants, scelle à jamais cette unité du destin. Depuis, chaque 8 février, la Tunisie et l’Algérie commémorent conjointement cet événement. Ce village était habité en partie par des réfugiés algérien, et soupçonné par l’armée française d’abriter des «fellaghas».
En réaction, la Tunisie a expulsé cinq consuls français qui exerçaient dans les principales villes du pays, organisé le blocus des casernes françaises et mis sur pied une visite organisée du village pour la presse internationale. Le conflit purement franco-algérien a pris alors une dimension internationale avec la plainte déposée par la Tunisie auprès de l’ONU. C’est alors que le Conseil de sécurité a décidé de mettre en place une mission de bons offices anglo-américaine.
En juin 1958, la France et la Tunisie signent un accord interdisant à l’armée coloniale toute poursuite des combattants algériens sur le territoire tunisien. Ce qui va permettre au FLN/ALN de se structurer plus librement et, par conséquent, plus efficacement, en intensifiant la formation des hommes et l’acheminement des armes et des munitions qui manquaient alors cruellement aux maquis. Cette période a d’ailleurs connu un redéploiement salvateur, après la série d’opérations de grande envergure menées par l’armée française contre les maquis de l’ALN, et la construction de deux barrages fortifiés le long des frontières qui avaient compliqué sérieusement le passage des maquisards et des armes vers le pays.
Cette relation entre la Tunisie et la révolution algérienne restera exemplaire, même si le gouvernement Bourguiba a tenté, à la veille de l’Indépendance de l’Algérie, de soutirer quelques dividendes. Il a essayé, par exemple, de faire pression sur le gouvernement français, en pleines négociation d’indépendance à Evian, pour revendiquer une partie de la région de Souk-Ahras (ancien bastion de la Base de l’Es) comme faisant partie intégrante du territoire tunisien. Cette cupidité de la part du leader tunisien n’estompera pas, pour autant, la communion éternelle qui lie les deux peuples, ni n’effacera le soutien des Tunisiens, à tous les niveaux, en faveur du peuple
algérien et de sa lutte pour l’indépendance.    

Adel Fathi

FIGURES HISTORIQUES

L’homme qui livra des armes au FLN

Le Capitaine Vassil Valtchanov

GRANDES DATES
GUERRE DE LIBERATION
MOUVEMENT NATIONAL

PROCÈS-VERBAL DE LA REUNION ET EXTRAITS DE LA PLATE-FORME

Documents du Congrès de la SOUMMAM du 20 AOÛT 1956