Les Youssoufistes au cœur du combat algérien

Par Fateh Adli
Publié le 28 sep 2017
Les Youssoufistes sont les adeptes du leader nationaliste tunisien Salah Ben Youssef (1907-1961), qui a fait dissidence au sein du parti Néo-Destour, dont il était le secrétaire général à sa création, en s’opposant à la politique pacifiste de Habib Bourguiba (1903-2000) pour le recouvrement de l’indépendance de la Tunisie. Ben Youssef a accusé son adversaire de pratiquer une «politique de reniement et de trahison» à l’égard du peuple tunisien, mais aussi de la Révolution algérienne. Grave accusation dont le président tunisien s’est de tout temps défendu, et qui l’astreignit à multiplier les gestes de bonne volonté, avec parfois un zèle très remarqué, à l’égard des responsables algériens et de la cause algérienne en général.
Salah Ben Youssef au milieu
Salah Ben Youssef à gauche

Ce choix de la voix révolutionnaire rapprochera rapidement ces militants tunisiens des révolutionnaires algériens qui s’étaient réfugiés dans leur pays et y ont installé toutes les instances de direction de la révolution (CCE, puis GPRA, Etat-major de l’ALN), mais aussi leurs unités combattantes et les différents centres d’instruction. Tentés par la lutte armée contre le pouvoir de Tunis, les résistants tunisiens, sous le commandement de Salah Ben Youssef toujours, ont voulu, à un moment, faire appel aux combattants algériens pour les aider à créer les premières cellules de la rébellion. Ce qui a amené les forces de sécurité tunisiennes, pendant quelques mois, en 1955 et 1956, à intervenir systématiquement et impitoyablement contre les combattants algériens et les groupes yousséfistes dans les montagnes tunisiennes.
Le conflit entre Bourguiba et le secrétaire général du Néo-Destour Salah Ben Youcef a entraîné une dissidence des partisans de ce dernier dans le sud de la Tunisie. Ceux-là ont été, d’après des témoignages, les premiers à aider les maquisards algériens à acheminer des armes de la Libye vers l’Algérie. Il faut savoir que, lorsque Mustapha Ben Boulaïd et ses hommes allaient en Libye pour se procurer des armes, avant et après le déclenchement de l’insurrection du 1er novembre 1954, ils les transportaient jusqu’au sud de la Tunisie. A partir de là, c’est la résistance tunisienne du Destour qui prenait le relais. Ces militants tunisiens, appelés aussi les Youssoufistes, traversaient alors tout le Sud tunisien à pied, pendant une semaine, pour arriver dans la région sud de Tébessa, en Zone I (future Wilaya I). Ils ont été d’une aide inestimable, voir inégalée, à un moment où l’armée coloniale durcissait ces dispositifs de contrôle des frontières qui seront couronnés, quelques années plus tard, par la construction d’une double ligne fortifiée le long de la frontière algéro-tunisienne (les lignes Challe et Morice de sinistre renommée, électrifiés, avec des sentinelles et des patrouilles mobiles et fixes). Aussi, il n’est pas rare que les caravanes d’armement soient accrochées par l’armée française avant même d’arriver en Algérie.
Les autorités tunisiennes de l’époque fermaient l’œil sur cette activité «clandestine», mais traçaient des limites. Par exemple, les cadres du FLN/ALN étaient autorisés à circuler en voitures sur les routes tunisiennes, mais pas leurs convois d’armement. Cette interdiction s’est poursuivie jusqu’à l’affaire de l’arraisonnement de l’avion des cinq chefs du FLN, le 22 octobre 1956. Le président Bourguiba, montré du doigt par les Algériens qui trouvaient son attitude par trop laxiste, voire trop «légaliste», face aux violations criantes et répétitives de la légalité internationale par la France, a décidé d’autoriser le passage des armes par la route. Dès cette année, des convois parfois de plus de 30 tonnes d’armement étaient acheminés par Gabes, en passant par l’intérieur de la Tunisie centrale, pour aller vers la future base de l’Est, sur la frontière algéro-tunisienne.
Il faut dire aussi que les incursions françaises par air et par terre et quasi quotidiennes, étaient désormais dénoncées ouvertement par le gouvernement tunisien. Les Français justifiaient leurs actions par la traque des «rebelles algériens» qui utilisaient le territoire tunisien pour mener des opérations offensives contre les cibles militaires française en territoire algérien. Mais les Français prenaient le risques de s’attirer les foudres des Tunisiens, parce qu’ils savaient que les Algériens étaient le plus souvent aidés, à la fois par la population, la gendarmerie et les militaires tunisiens. A telle enseigne que les autorités politiques locales étaient contraintes de composer avec cette réalité implacable, à savoir que la Tunisie était devenue une véritable base-arrière des combattants algériens.
Quatre mois après le massacre du village frontalier Sakiet Sidi-Youssef (le 8 février 1958), qui a fait des centaines de morts, le gouvernement tunisien oblige la France à signer un accord interdisant à l’armée coloniale toute poursuite des combattants algériens sur le territoire tunisien. Cela a permis aux militants algériens de démultiplier le nombre d’armes et de munitions acheminés vers les maquis intérieurs, bravant la mort devant les obstacles électrifiés.
Entretemps, les relations entre les opposants youssoufistes et Habib Bourguiba se sont, malheureusement pour les Algériens, envenimées. Leur chef, après son évasion de prison en janvier 1956, continuait son activisme à partir de Tripoli, puis du Caire, où il dénonçait le pouvoir de Habib Bourguiba et vilipendait sa politique. Son opposition farouche lui vaudra, le 2 juin 1961, d’être assassiné dans sa chambre d’hôtel à Francfort, en Allemagne, par deux compatriotes. Les Algériens venaient, alors, de perdre un des défenseurs les plus fervents et les plus dévoués de leur cause et celle de l’ensemble des peuples maghrébins.    
 
Adel Fathi

FIGURES HISTORIQUES

L’homme qui livra des armes au FLN

Le Capitaine Vassil Valtchanov

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GUERRE DE LIBERATION
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PROCÈS-VERBAL DE LA REUNION ET EXTRAITS DE LA PLATE-FORME

Documents du Congrès de la SOUMMAM du 20 AOÛT 1956