La base-arrière de la lutte armée

Par Fateh Adli
Publié le 28 sep 2017
Quand la répression s’abattit sur les réseaux des fidayine, au plus fort de la bataille d’Alger, et que l’étau se resserra autour de la direction du FLN, décision fut prise, le 24 février 1957, de quitter la capitale, mais dans l’ordre. La direction avait déjà un organe : le Comité de coordination et d’exécution. Ses membres conviennent de se rencontrer pour organiser les départs et choisir la destination. Le choix de la Tunisie s’imposa quasi spontanément et n’a été contesté par personne. Ce pays voisin leur paraissait le plus idoine à même d’abriter le commandement de la Révolution, comparé à d’autres pays frères comme le Maroc, la Libye ou même l’Egypte.
Délégation des principaux dirigeants du FLN : Mohamed Khider, Mostefa Lacheraf, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf et Ahmed Ben Bella, après leur arrestation suite au détournement, le 22 octobre 1956 par l’armée française,  de leur avion civil marocain, entre Rabat et Tunis, en direction du Caire (Egypte).
le CCE
Le 19 septembre 1958 a été constitué et proclamé le premier Gouvernement provisoire  de la République algérienne (GPRA), au Caire

Avant le départ des membres du CCE, il y eut le 22 octobre 1956, le détournement du fameux avion transportant les cinq chefs de la délégation extérieure du FLN qui se dirigeaient vers Tunis pour assister à une conférence réunissant les chefs historiques du FLN, le sultan du Maroc et le président Habib Bourguiba pour tenter d’élaborer une solution négociée au conflit.
Premier couac pour les dirigeants de la Révolution : Larbi Ben M’hidi, un des six chefs initiateurs de la lutte armée et tête pensante de la guérilla, était arrêté dans son refuge la veille de la date fixée pour son départ.
Les quatre autres membres du CCE, Krim Belkacem, Benyoucef Benkhedda, Abane Ramdane et Saad Dahlab se retrouvent, dans une première étape, dans une ferme à la périphérie de Blida. Ils se scindent en deux groupes pour rejoindre la capitale tunisienne par des chemins différents. Ainsi, Krim et Benkhedda choisissent de prendre directement la route vers la Tunisie, Abane et Dahlab décident, eux, de transiter par le Maroc.
Krim, Benkhedda et Bentobbal arrivent à Tunis en juin 1957 aussitôt, Krim convoque une réunion, en attendant la session de l’ensemble du CCE. Une première base fut créée, avec l’autorisation tacite des autorités tunisienne, pour le stockage et l’acheminement des armes destinées au maquis. Suivront bientôt d’autres services (logistique, santé, formation, transmissions…), installés notamment à Kef et près des frontières algéro-tunisiennes, et qui continueront à servir de base-arrière de la lutte armée jusqu’à la libération.
L’année 1957 ne sera malheureusement pas un long fleuve tranquille pour les dirigeants, ni pour les militants en général. Tant de péripéties, dont l’assassinat bouleversant d’Abane Ramdane, le 27 décembre, précipitèrent le départ de la direction pour l’Egypte. Ils justifieront le choix du Caire pour annoncer la naissance du GPRA, le 18 septembre 1958, par les opportunités qu’offre une capitale abritant les ambassades de toutes les grandes puissances et une forte présence des médias et des organisations régionales et internationales. Seulement, les principales bases et autres centres d’instruction mis en place par l’ALN demeuraient en Tunisie (mais aussi au Maroc et bientôt en Libye, après la création de la base de Tripoli dédiée aux transmissions), avec tout leur encadrement et toute leur logistique. Ce déploiement décentralisé permettra à la délégation extérieure d’être plus efficace dans les domaines de la diplomatie et de la propagande notamment.
Excédés par les immixtions des services de renseignements égyptiens, sous la férule du fameux Fethy Dib, chargé des affaires maghrébines, les dirigeants du GPRA décident de quitter Le Caire pour s’installer en Tunisie. La nature ne faisait que reprendre son cours.  C’est ainsi qu’un deuxième GPRA fut annoncé en janvier 1960 à Tunis, avec comme président Benyoucef Benkhedda.
Jusque-là les relations entre les autorités tunisiennes et le GPRA, et plus généralement avec la révolution algérienne, étaient plus que cordiales, puisque les autorités locales mettaient tout à la disposition de ses membres et de l’ensemble des militants réfugiés sur leurs territoires, y compris des infrastructures, des moyens matériels et une certaine couverture politique. Parce que, non seulement, les Tunisiens prenaient des risques en accueillant chez eux un mouvement révolutionnaire engagé dans une guerre atroce contre un occupant commun (la Tunisie a eu son indépendance en 1956), mais ils étaient aussi obligés défendre la cause algérienne sur les tribunes internationales.
Les choses commençaient à se compliquer suite aux premières opérations de purge menée par le commandement de la Révolution, lesquelles opérations trouvaient souvent leur prolongement en Tunisie. De la capture du redoutable dissident de la Wilaya I, Abbas Laghrour, au complot dit des colonels, dont la cabale se termina par l’exécution, en 1959, de ses initiateurs par un tribunal martial sur le territoire tunisien, en passant par les pérégrinations suspectes d’un Ali Mahsas entre la Tunisie et la base de l’Est, le gouvernement Bourguiba ne se gênait plus désormais d’émettre des remarques et de se plaindre ouvertement auprès des dirigeants algériens qui étaient, eux-mêmes, souvent dépassés. Le président Bourguiba a, même une fois, failli provoquer une crise avec le GPRA.  La situation a commencé à s’envenimer, après un fâcheux quiproquo entre le staff de l’EMG, Boumediene et ses lieutenants, avec le président du GPRA de l’époque, Benyoucef Benkhedda, au sujet d’un pilote français capturé par les Algériens qui avaient abattu son avion sur le sol tunisien. Mais les choses ont pris une autre tournure. Le président Bourguiba, menacé par le gouvernement français, mit de la pression sur le GPRA pour délivrer le pilote capturé. Devant l’obstination de l’Etat-major général (EMG), Benkhedda prit la malencontreuse décision de déchoir le colonel Boumediene et ses adjoints. Mais cette décision amènera les chefs de l’EMG à plus de durcissement et finira par provoquer le grand schisme, annonçant la longue et douloureuse crise de l’été 1962.  
Adel Fathi

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