Le martyr de Aïn-Oulmène

Par Hassina AMROUNI
Publié le 26 sep 2017
Dans sa ville natale, l’évocation de son nom suscite toujours respect et déférence tant il est synonyme de courage et de sacrifice. Lui, c’est Abdelhamid Douhil, l’un des chouhada de notre glorieuse Révolution de novembre 1954.
Portrait du chahid Abdelhamid Douhil

Originaire de Aïn-Oulmène (ex-Colbert), Abdelhamid Douhil voit le jour le 31 juillet 1941 à Sétif au sein d’une modeste famille composée de 10 enfants (4 filles et 6 garçons) dont il sera l’aîné.
Son père Chérif est le premier chauffeur de taxi de Ain Oulmène et de toute la région de Sétif, quant à sa mère, El Hadja Cherifa, elle exerce d’abord commeinstitutrice puis directrice de l’école des filles de Ain-Oulmène, dès le lendemain de l’indépendance et ce, jusqu’en 1973.

Une famille engagée

C’est au sein de la cellule familiale, plus précisément auprès de ses parents que le jeune Abdelhamid commence à s’intéresser à la politique mais surtout à manifester son envie de rejoindre les rangs de l’ALN pour combattre le colonialisme français. En effet, son père était l’ami et le chauffeur de Ferhat Abbes, ancien président du GPRA, il a également côtoyé d’autres personnalités historiques et révolutionnaires telles que Cheikh Bachir El Ibrahimi, qui prenait souvent son taxi. Ses amitiés et ses activités secrètes lui valent d’être emprisonné lors des événements du 8 mai 1945,condamné à mort avant d’être gracié puis libéré.
Sa mère, née Andrée Levy, plus connue dans la région de Sétif sous le nom de El Hadja Cherifa, était elle aussi une moudjahida de grande stature qui apporta une grande contribution à la révolution de novembre 1954.
Le jeune Abdelhamid effectue entre 1947 et 1952, ses études primaires au sein de l’école de garçons de Aïn Oulmène, avant de rejoindre Sétif pour y poursuivre ses études secondaires au lycée Mohamed-Kerouani (ex-Albertini).
Brillant élève, il affiche une grande curiosité de la vie mais surtout un attrait tout particulier pour l’Algérie qu’il porte très haut dans son cœur. Nourri d’idées nationalistes, il n’a qu’une seule envie, défendre ce pays et lui offrir sa vie en sacrifice. Ses fréquents déplacements en taxi avec son père et ses contacts avec notamment Ferhat Abbes ou encore Si Mahmoud Guenifi ne font que renforcer ses convictions et ses idéaux révolutionnaires.
C’est au sein de son lycée que ses idées patriotiques prennent forme. Avec d’autres compagnons de lutte, à l’image de Mohamed Kerouani et Miloud Hadri, ils initient plusieurs grèves au sein de leur établissement scolaire, jusqu’au jour où il décide de quitter les bancs du lycée pour rejoindre le maquis. C’était en 1959 et il avait 18 ans.  
Avec d’autres jeunes épris de liberté et de justice, à l’image de Mohamed Kerouani, Miloud Hadri, Khelifa, Hadj Maâmache, Abderezak Laidi (tous tombés au champ d’honneur) ou Derradji et Aissa Madani, Moussa Benali, Abdesslam Bouchareb, Si Hcène Bouzaraa et d’autres encore, Abdelhamid Douhil connu sous le nom de guerre Si Abdelhamid Lekhbeïri, rejoint les rangs de l’Armée de libération nationale. Son courage, sa détermination lui font très vite gravir les échelons. D’officier du renseignement de l’ALN, il accède au rang de chef de la Région de Sétif et commissaire politique, à l’instar des autres étudiants qui avaient rallié le djebel.
La mission de Abdelhamid Douhil consistait, notamment, à « contrôler la collecte des fonds, recueillir les renseignements sur l’ennemi, établir de faux papiers pour circuler, planifier des attaques et embuscades, régler les litiges  entre les citoyens, lutter contre les fléaux sociaux (alcoolisme, banditisme, etc.), apporter aide et soutien aux veuves, aux familles des prisonniers, des exilés, et des moudjahidines, contrer la propagande de l’ennemi, organiser des grèves, des sabotages en tous genres,des attentats, recruter de nouvelles recrues (fidayînes et moudjahidines), réprimer si nécessaire, porter des coups sévères à l’économie coloniale, à son armée, à ses soutiens ».

Représailles de l’armée française

Recherché par les forces d’occupation coloniale, Abdelhamid Douhil reste imprenable. Aussi, en signe de représailles, ils décident de s’en prendre à son jeune frère Amor, jeune adolescent  de 14 ans. En effet, le 3 mars 1960, alors que le jeune garçon se trouve à proximité de la forge de Mr Lucien Fortou, avec ses amis (Saïd Barame et Rachid Amiri, 15 ans et Amar Djerboua dit « Magic », 20 ans), un soldat vient le provoquer en proférant toutes sortes d’insultes et d’invectives à son encontre. Le jeune Amor ne répond pas à ses intimidations, ce qui fait rentrer le militaire français dans une rage folle. Il charge alors sa mitraillette et lui tire dessus, sans état d’âme. Le corps frêle du jeune Amor Douhil est transpercé de 6 balles. Quatre lui transpercent grièvement les deux cuisses, la 5ème le touche au bras, et la 6ème atteint son ami d’enfance, le chahid Saïd Barame, en plein cœur. Ce dernier meurt sur le coup, tandis que Amor gît dans une mare de sang. Evacué à l’hôpital de Sétif, il réchappe à une mort certaine, par miracle. 

Abdelhamid Douhil meurt en martyr

Ces intimidations et ces actes de lâcheté des forces d’occupation coloniale à l’égard de sa famille ne diminuent en rien la détermination de Abdelhamid Douhil qui redouble d’activité politique et militaire dans les maquis de l’ALN, plus particulièrement dans les régions de Djebel Boutaleb, Djebel Ouled-Tebben, Djebel Ouled-Hannech, Righa, Frikat, Ouled-Gacem, Maâdher, Djebel Youcef, Mechta Safia, Guellal, Mezloug, Ras-El-Oued (ex-Tocqueville) Ouled Mehalla, Ksar-El-Abtal (ex Ksar-Tir), Guigba, Ain-Azel (ex-Ampère), Salah-Bey (ex-Pascal), El-Eulma (ex-Saint-Arnaud), Djebel Brao et Bir-Hadadda.
Malheureusement, il finit par être repéré, dans la nuit du 27 au 28 mars 1961, par les services de renseignement français, alors qu’il se trouve dans une maison à  Harate Khmouïss, au 8, rue Hafid Mohamed (ex-Rue d’Angleterre) à Sétif. Sommé de se rendre, il refuse de poser les armes, préférant se battre et mourir en héros.
Abdelhamid Douhil, Mohamed El Hadi Cherif dit Djenadi et son regretté frère Abdelhamid ripostent courageusement contre les attaques nourries des forces spéciales françaises qui avaient encerclé la demeure où étaient retranchés les combattants, tandis que la moudjahida Taouès Benhlilou qui se trouvait avec eux, brûlait tous les documents compromettants. Elle sera grièvement blessée à la jambe. Evacuée à l’hôpital de Sétif, elle est emprisonnée jusqu’à l’indépendance de l’Algérie. Aujourd’hui, c’est une invalide de guerre.
Mohamed El Hadi Cherif Djenadi et son frère Abdelhamid sont blessés pendant l’assaut puis emprisonnés avec leurs épouses. Ils seront vite relâchés grâce à la femme de Abdelhamid Cherif Djenadi qui était la sœur Rebiha Khebtani, ancienne députée-maire de la ville de Sétif à l’époque.
Quant à Abdelhamid Douhil, il meurt en héros, les armes à la main, comme il l’avait souhaité. Son corps est déposé dans la cour au lever du jour et un peloton composé de plusieurs soldats français s’inclinera face à son courage et à sa bravoure.
Enterré le 29 mars 1961, il est accompagné à sa dernière par une foule très nombreuse et des youyous stridents. Il dort désormais du sommeil du juste au cimetière Sidi Saïd.


Hassina Amrouni

Source :
Hacène Douhil (Paris) & Abdelhamid Mezaâche (Ain-Oulmène Algérie) http://villagedecolbert.unblog.fr/biographie/



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