Combattre pour l’Algérie
Fatiha et Cherifa Tayeb Brahim

Par Hassina AMROUNI
Publié le 07 oct 2019
Issues de la grande famille d’El Gaâda (Sig), les deux sœurs Fatiha et Cherifa Tayeb Brahim ne s’imaginaient sans doute pas – du moins dans leur prime jeunesse – que leur destinée serait intimmeent liée à l’Histoire de notre grande révolution.
 Fatiha et Cherifa Tayeb Brahim
Chahid Bagdadli Mohamed tombé dans le champs d’honneur avec Cherifa Tayeb Brahim et son fils
Anachides écrit par la main de Cherifa Tayeb Brahim
Nachid kassaman écrit par la main de Cherifa Tayeb Brahim
Nées au sein d’une grande famille réputée pour son attachement aux valeurs et préceptes de l’islam – l’un des oncles, le regretté Si El Mehadji, était le grand mufti d’Oran et leur grand-père maternel, Cheikh El Bachir Zaoui, a également été l’un des premiers fondateurs de l’école coranique de la cité de la Mékerra – , les sœurs Fatiha et Cherifa ont grandi dans un environnement très traditionnaliste où les valeurs familiales étaient l’essence même de leur éducation. Cela impliquait aussi d’assumer les dures responsabilités de la vie. Abandonnant ses études, la jeune Fatiha est engagée comme infirmière dans le cabinet médical du Dr Bensimon, un médecin juif qui, très vite, apprécie cette adolescence sérieuse et dynamique. Intelligente et perspicace, Fatiha apprend vite, allant même jusqu’à se perfectionner dans certains actes chirurgicaux. Des connaissances précieuses qui lui serviront une fois au maquis. En 1958, et suite à des contacts établis avec d’autres militantes mais surtout grâce à sa sœur Cherifa déjà enrôlée dans les rangs de l’ALN, Fatiha, alors âgée d’à peine 14 ans, monte au front avec, dans son escarcelle, un lot de médicaments, deux PA subtilisés au Dr Bensimon ainsi que des instruments chirurgicaux. Fatiha, désormais désignée sous le nom de guerre « Djamila », sera très active sur le terrain, accomplissant avec bravoure et courage les missions périlleuses pour lesquelles elle est désignée mais surtout soignant les moudjahidine blessés au front. Vers la fin de l’année 1959, et alors qu’elle se trouve avec ses compagnons d’armes du côté de la ferme des Ouled Hadda, à proximité de la commune de Tenira (wilaya de Sidi Bel-Abbès), le groupe tombe dans une embuscade dressée par des soldats français. Le premier responsable du groupe, Si Benallel tombe en martyr. Djamila échappe de justesse à une mort certaine, tandis que son compagnon de lutte, Si Ramdane est gravement atteint. Le signalement de la jeune moudjahida est dans tous les commissariats. Activement recherchée, elle ne quitte plus le maquis de peur de se faire prendre. Repérée alors qu’elle se trouve dans une cachette en compagnie de Si Fodil et Si Menouar, elle est encerclée le 21 février 1961 à 11h par la légion étrangère et la 13 e division d’infanterie. Un violent accrochage s’en suit. Djamila qui aura eu le temps de détruire toute la documentation compromettante qui était en leur possession, sera grièvement blessée, touchée au bassin par plusieurs balles. Elle est transportée quasiment morte à l’hôpital de Sidi Bel-Abbès où elle demeure hospitalisée durant plusieurs mois au service de chirurgie générale. A peine rétablie, elle est transférée au centre de torture de Rio Salado (Aïn-Témouchent), puis au quartier général de la légion étrangère et, enfin, à la prison civile d’Oran, une fois sa condamnation prononcée. Elle ne sera libérée que le 30 avril 1962, quelques jours avant la mort en martyr de sa sœur Chérifa.Chérifa Tayeb Brahim, la martyreTombée au champ d’honneur le 17 mai 1962, Cherifa Tayeb Brahim dite « Soraya » aura sacrifié sa jeunesse pour l’indépendance de l’Algérie. Dès 1957, elle est recrutée comme agent de liaison, collectant des fonds et des effets vestimentaires destinés aux moudjahidine. Elle s’occupait également de faire parvenir à ses compagnons d’armes des lots de médicaments pour soigner les blessés. Grâce à ses qualités intrinsèques, ses chefs n’hésitent pas à la désigner comme membre de l’OC FLN, aux côtés de militantes chevronnées, connues dans toute la région de Sidi Bel-Abbes, en l’occurrence Fatima Affane, Saliha et Djamila Azza, Melouka El Fekaïr, Soraya Bendimered, Hafida Sekkal, Nebia El Kheir et d’autres encore. Recherchée par les autorités coloniales, elle finit par être arrêtée en 1959, en compagnie de deux autres membres de l’ALN, Benharaz et Alla Ahmed. Dès lors, la jeune Cherifa fera des allers et retours entre les lieux de torture et les centres de détention de Sidi Ben-Abbès, le centre de concentration de Rio-Salado (Aïn- Témouchent) et la maison d’arrêt d’Oran où elle demeurera jusqu’en 1960, date de sa libération. Dès sa sortie de prison, elle reprend ses activités, plus décidée que jamais à vouloir continuer à servir la révolution. Le 17 mai 1962, « Soraya » se fait délivrer un laissez-passer avec Baghdadli Mohamed et une femme qui n’a jamais été identifiée pour se rendre à Tlemcen et ramener des médicaments, destinés au nouvel hôpital provisoire créé par les Belabessiens dans un poste militaire, au lendemain de la proclamation du cessez-le-feu. Malheureusement, à la sortie de Sidi-Bel-Abbès, plus exactement sur la route de Tessala, leur camionnette est interceptée par les forces françaises. Une bombe incendiaire est alors jetée sur leur véhicule, Cherifa ouvre la portière et tente de fuir mais elle reçoit une décharge de mitraillette qui la tue sur-le-coup. Ses compagnons, eux, périssent dans les flammes de la camionnette en feu. Enterrée par les Français dans le cimetière de Sidi-Bel-Abbès, le corps de Soraya ne sera retrouvé par sa famille que plusieurs mois après grâce aux renseignements fournis par le gardien du cimetière.Au lendemain de l’indépendance, Djamila la rescapée de ces sept ans de guerre reprend son métier d’infirmière. Un métier qu’elle exerce avec sérieux, professionnalisme et abnégation durant de très longues années au sein de différentes structures hospitalières, avant d’accéder au poste de sous-directrice de la direction de la santé. Elle occupera également, les fonctions d’élue APC puis APW pour continuer à lutter pour les causes justes.Hassina Amrouni
DOSSIER

L’armée, éternel arbitre

La mort de Boumediene et la guerre de succession

GUERRE DE LIBERATION
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L’engagement d’une femme-courage

De Toumya Laribi à Baya El Kahla

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Un camouflet pour les troupes coloniales

La grande bataille de Fellaoucène

MEMOIRE
UNE VILLE, UNE HISTOIRE

Les terres blanches des Aurès

Histoire de la ville d’ARRIS

CONTRIBUTION

IMAGES DE FEMMES NORD AFRICAINES GENEALOGIE ET CHANTS DE RESISTANCE

COLLOQUE INTERNATIONAL DE TEBESSA - Les aspects de la résistance des femmes dans L’histoire ancienne de l’Afrique du Nord