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Par Hassina AMROUNI, oct 2019.

L’armée, éternel arbitre

La mort de Boumediene et la guerre de succession

Au-delà des causes énigmatiques et des différentes versions connues jusqu’ici sur les circonstances de sa mort, la disparition du président Houari Boumediene a marqué un tournant dans l’histoire de l’Algérie contemporaine, en ce sens qu’elle va durablement chambouler l’échiquier politique algérien en aggravant les lignes de fracture au sein du pouvoir et en traçant la voie à d’âpres et de longues luttes des clans dont l’Algérie ne finira pas, à ce jour, de payer le prix.

D’abord, sa disparition brusque, en décembre 1978, révéla la fragilité du pouvoir. Sa forte personnalité, son aura internationale et sa mainmise totale sur les leviers du pouvoir avaient longtemps voilé ou réduit à néant les rivalités personnelles ou politiques qui minaient alors les instances de direction au sein du parti et des autres appareils de pouvoir. D’où la panique qui s’empara des hauts responsables en charge de la transition, et notamment de l’institution militaire, garante de la stabilité et de la sécurité du pays, à laquelle incomba une fois de plus le devoir d’organiser la succession.
Dans un système politique fondé sur l’idée de consensus, l’armée a été amenée, au départ, à arbitrer entre deux candidats potentiels à la succession de Boumediene, à savoir Mohamed-Salah Yahiaoui, chef charismatique et idéologue du parti, et Abdelaziz Bouteflika, brillant ministre des Affaires étrangères et proche du défunt Président. Or, il s’avéra vite qu’un parti pris en faveur de tel ou tel challenger n’aurait fait qu’accentuer les dissensions qui seraient dommageables pour la cohésion d’une nation qui se remettait difficilement de la disparition de son leader.
Pourtant, pendant cette courte durée, les deux prétendants mobilisèrent tous leurs moyens pour se lancer dans une course qui s’apparentait à une sorte de pré-compagne électorale devant couronner un seul candidat à la magistrature suprême, et dont la candidature finale était, comme c’est le cas dans tout régime du parti unique, une simple formalité.
Dans cette course impréparée, chacun des deux candidats se prévalait d’être le véritable dépositaire du legs de Houari Boumediene et, partant, le mieux placé pour lui succéder et prendre le relais. D’un côté, Abdelaziz Bouteflika, qui fait partie du «premier cercle» et des premiers compagnons du chef de l’Etat constituant ce qui est communément appelé «le groupe d’Oujda», met en avant cette qualité pour se poser comme le légataire légitime de Boumediene. Bouteflika était, en plus, catalogué idéologiquement comme un «libéral», et pouvait compter sur le soutien d’une certaine classe dite «bourgeoise» et d’une jeunesse avide d’ouverture sur le monde et la modernité. Mais, dépourvu de base militante et étant lui-même à l’écart des rouages du parti, il croyait pouvoir compenser ce manque par une présence médiatique tonitruante et son image de diplomate chevronné et ami des grands de ce monde.
Moins chatoyant et moins fringant, son rival, Mohamed-Salah Yahiaoui, avait une longueur d’avance sur lui. D’abord, son double ancrage militaire et idéologique, en sa qualité d’ancien chef de région et de coordinateur du Parti, le plaçait en pole position pour succéder à Boumediene dont il partageait notamment la pensée socialiste et les réformes en faveur des couches populaires et laborieuses. Mieux, Yahiaoui disposait d’un appareil puissant, le Parti du FLN, qui pouvait lui servir d’instrument de mobilisation efficace auprès d’une société encore sous l’emprise du parti unique, à travers une kyrielle d’organisations de masses actives qui disposaient des moyens humains et matériels colossaux, et présentes dans toutes les sphères d’activité. Grâce à sa position dans le parti, Mohamed-Salah Yahiaoui avait également l’avantage de s’afficher plus directement devant les citoyens et d’avoir, ainsi, une visibilité bien meilleure que celle de son rival, à travers notamment la tribune que pouvaient lui offrir les mass-médias.
Au moment où la confrontation entre les deux candidats était à son paroxysme, un troisième challenger fait son irruption et va chambouler toute la donne. Sous prétexte que l’exacerbation de cette rivalité risquait de menacer la cohésion nationale, trois officiers de l’ANP : Kasdi Merbah, Mostefa Belloucif et Rachid Benyelles, travaillaient pour l’émergence d’un choix qui soit en mesure d’obtenir le consensus autour de sa personne, et qui n’appartienne à aucune chapelle politique ou idéologique. C’est ainsi qu’il y a eu recours, dans la précipitation et à la grande surprise de l’ensemble des militants, à l’officier le plus âgé dans le grade le plus élevé. Il s’agit de Chadli Bendjedid, chef de la IIe Région militaire (Oranie) et membre du Conseil de la Révolution.

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