Chadli Bendjedid, un parcours atypique

Par Hassina AMROUNI
Publié le 07 oct 2019
Destiné pour une longue carrière militaire au sortir de la guerre, après avoir servi sous la bannière de l’ALN au sein de la Base de l’Est de 1958 à 1962, Chadli Bendjedid ne s’imaginait sans doute pas investi d’une si lourde responsabilité et impliqué ainsi dans des décisions qui allaient bouleverser l’échiquier politique national à partir notamment de 1979, année de son intronisation à la tête de l’Etat, suivie d’une succession de soubresauts (octobre 1988, décembre 1991...) auxquels il devait faire face en puisant de ses ressources d’ancien combattant.
De g. à dr. : Chadli Bendjedid, Yazid Ben Yezzar, Hachemi Hadjeres et Commandant Chabou
De g. à dr. : Madaoui, Ahmed Ben Chérif et Salim Saâdi à Ouechtata en 1961
Chadli Bendjedid

Un survol de son parcours postindépendance témoigne de ses qualités de militaire dévoué. Sitôt rentré du maquis, Chadli Bendjedid est nommé commandant de la région militaire de Constantine jusqu’en 1964. Il prend ensuite en charge la seconde région militaire, celle d’Oran, où il supervisa l’évacuation des forces militaires françaises stationnées à Mers el-Kebir conformément aux Accords d’Évian et la surveillance de la frontière entre l’Algérie et le Maroc sujette à de multiples tensions avec le Maroc. Il reste à ce poste pendant quinze années, jusqu’à sa nomination à Alger, par le colonel Houari Boumediene, alors ministre de la Défense, comme coordonnateur de l’ensemble des services de sécurité.
En 1965, il est nommé membre du Conseil de la révolution, jusqu’à la mort du président Houari Boumediene auquel il succédera, en 1979, après avoir été coopté par le 4e congrès du Front de libération nationale qui, à l’unanimité, décida qu’il était l’homme de la situation, au vu de ses qualités d’homme «sage» et «expérimenté».
En effet, tous les Algériens furent surpris d’apprendre la candidature d’un officier de l’ANP à la présidence de la République, alors que d’autres noms de politiques aussi racés qu’ambitieux étaient présentés, dans les coulisses, pour succéder au président Boumediene. Il est aujourd’hui acquis que Chadli Bendjedid n’avait pas, au départ, le soutien de tous ses pairs, mais son choix de se faire adouber par le Parti a fini par taire toutes les voix discordantes et raffermir son pouvoir.
Peu habitué aux grands discours, il n’en sera pas moins élu trois fois en tant que président de la République, cumulant treize ans d’exercice. Pendant son premier mandat, il a tenté un processus de libéralisation du secteur économique, et pris des décisions historiques en faveur de l’ouverture médiatique et politique. Il fit libérer le premier président de la République, Ahmed Ben Bella, emprisonné depuis sa destitution en juin 1965, et autorisa le retour en Algérie des opposants historiques tels que Hocine Aït Ahmed, Kaïd Ahmed, Tahar Zbiri et Bachir Boumaza. C’est, aussi, lui qui, en 1982, ordonna la (ré)inhumation des colonels Amirouche et Si Houès dans le cimetière des martyrs d’El-Alia, réhabilitant ainsi ces deux grands héros de la Révolution. Il réhabilita, au passage, Krim Belkacem, autre chef historique de la Révolution, assassiné dans des conditions troubles en 1970 en Allemagne.
On retiendra aussi que, durant le règne de Chadli Bendjedid, l’institution militaire a connu un réel essor, grâce à une profonde réorganisation de ses structures, et s’est impliquée davantage dans la gestion des crises, dans le respect des institutions de la République.
Plus fondamentalement, le nom de Chadli Bendjedid restera indissociable des événements d’octobre 1988, que l’Algérie a vécus comme une dure épreuve, la plus grave depuis son indépendance. Là encore, l’ancien chef de l’Etat prit ses responsabilités et surprit son monde, en annonçant, séance tenante, l’instauration du pluralisme politique, en faisant adopter, par référendum, la quatrième Constitution le 23 février 1989, comme pour répondre à ce besoin irrépressible d’ouverture et d’émancipation citoyenne, et qui lui vaudra le titre de « père de la démocratie en Algérie ». Les Algériens faisaient, sous son règne, l’apprentissage de la démocratie. Bien que le débat ait vie tourné à la confrontation sanglante, lorsque, à l’occasion des premières élections législatives pluralistes, la mouvance extrémiste voulut s’engager dans la violence, en créant une situation chaotique qui amènera le Président à présenter sa démission à l’issue du premier tour, largement remporté par le parti dissous, le 11 janvier 1992. Sa démission fut longtemps interprétée comme étant une « destitution », voire un coup d’Etat militaire, même si lui-même s’en défendait à chaque fois que la question lui était posée, à savoir que sa décision était « mûrement réfléchie ».
Ce parcours tumultueux effaçait peu à peu l’image de « Président novice » qu’avaient de lui beaucoup d’Algériens et qu’il trainait durant les premières années de son règne. Or, son bilan en clair-obscur représente indéniablement un pan entier de l’histoire de l’Algérie indépendante. Qu’aurait été l’Algérie si le destin ne l’avait pas imposé à la tête de l’Etat, et si le pouvoir avait échu à un homme comme Abdelaziz Bouteflika, qui n’a d’ailleurs jamais cessé de revendiquer l’héritage de Houari Boumediene ? La question mérite bien d’être posée eu égard aux événements qu’a connus notre pays ces derniers mois.

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