IMAGES DE FEMMES NORD AFRICAINES GENEALOGIE ET CHANTS DE RESISTANCE
COLLOQUE INTERNATIONAL DE TEBESSA - Les aspects de la résistance des femmes dans L’histoire ancienne de l’Afrique du Nord

Par La Rédaction
Publié le 07 oct 2019
Les initiatives du Haut Commissariat à l’Amazighité dans l’organisation de manifestations portant sur la réflexion de thèmes liés la matrice préhistorique et historique sont des éclairages dans la compréhension de notre généalogie et ses repères anthropologiques. Les approches tant académiques, sociétales et linguistiques de nos chercheurs ont permis d’assainir notre écriture de l’histoire tant il est vrai que la colonisation a introduit des amalgames, qui faussent la réalité des faits historiques. Ne serait-ce que pour cela, nous réitérons nos salutations aux organisateurs en la personne de Monsieur Si El Hachemi Assad Secrétaire général de cette institution pour l’œuvre scientifique des différentes contributions réalisées à ce jour. Qu’il soit remercié avec tout le staff qui l’entoure.

Le thème d’aujourd’hui met en exergue « les aspects de la résistance des femmes dans l’histoire ancienne de l’Afrique du Nord ». Pour ma part le titre de ma communication :

Mythologie et légendes

« Images de femmes Nord africaines-Généalogie et chants de résistance ».
Depuis les temps les plus reculés, la mythologie a fait naître des légendes autour des femmes qui ont marqué leur époque. Puisque la manifestation se déroule dans la région des Aurès-Némemcha, je commencerais sans tenir compte de la chronologie d’évoquer une reine berbère originaire de ce lieu.

Fatma Tazoughert héroïne des Aurès

En effet entre Tébessa et Batna, la légende populaire raconte qu’une reine Fatma Tazoughert aurait vécu entre 1544 et 1641 et dont la vie est relatée à travers des poèmes et des chansons du terroir chaoui en la décrivant comme étant une reine belle et rousse.
Selon la tradition orale de la tribu des Ouled Fatma (Siriana) les monts de Belezma de Mérouana seraient des descendants de cette reine berbère. Celle-ci s’est emparée des villes de Marrakech, Meknès et Fès, événement qui inspira El Mejdoub, un poète soufi originaire du Maroc. Ce dernier lui adressa un pamphlet repris dans le dictionnaire universel des créatrices (Editions des femmes, novembre 2015). Elle était réputée comme étant une redoutable guerrière, une cheffe de guerre qui avait un excellent sens d’organisation et de commandement à la tête de ses troupes. Habillée en hoplite, sorte de soldat de la Grèce antique lourdement armé, elle était libre tout en dirigeant son armée dont elle avait un incontestable ascendant nous dira Mohamed Nadir Sebaâ dans les cahiers du Crasc « L’histoire, les Aurès et les hommes ».
On la même décrite comme guérisseuse par la connaissance des plantes médicinales. Elle a eu à unifier les tribus berbères et arabisées en créant un conseil de sages exclusivement représenté par des femmes. Fatima Tazoughert est une femme à forte personnalité qui a éloigné ses frères Soltane et Sellem qui lui ont contesté ses décisions. Elle a eu à contrôler toute la région de Belezma vers le XVI ème siècle. Elle était mère de dix-sept enfants, réciter le Saint Coran et avait des prédispositions d’une Soufie. Elle entretenait des relations commerciales avec les gens des communautés chrétiennes et juives. La poétesse Khoukha Boudjenit lui a rendu un vibrant hommage.
En remontant au lac Triton situé dans l’actuelle Libye un peu plus au Sud de la Tunisie, apparaissait le nom primitif de la déesse Athéna Tritogénéia, fille de Zeus et de Métis selon la mythologie grecque. L’Iliade ne raconte pas toute la guerre de Troie. La colère d’Achille qui est le héros par excellence, le guerrier que tous les troyens redoutent d’affronter. Tout se joue et se noue en quelques jour dont le premier correspond au Chant 1 s’estimant déshonoré d’être obligé de livrer l’une de ses captives, Breisis, à Agamemnon et décide de ne plus participer aux combats.
Le deuxième jour correspond aux chants II à VII, ce sont les préparatifs d’une nouvelle bataille, l’instauration d’une trêve, sa rupture, la bataille qui s’engage, les exploits du grec Diomède et surtout du Troyen Hector.
Le troisième jour et la nuit qui suit correspondent aux chants VIII à X : nouveaux épisodes militaires qui tournent en faveur des Troyens et nouveau refus d’Achille d’intervenir pour rétablir la situation. Le quatrième jour correspond aux chants XI à XVIII, au cours de terribles et très meurtriers combats, Patrocle le meilleur ami d’Achille est tué. De douleur et de désespoir Achille décide de le venger.
Le cinquième jour correspond aux chants XIX à XXII, Achille se jette dans la mêlée, massacre tous les Troyens qu’il rencontre, défie Hector qu’il tue en combat singulier, qu’il attache à son char pour le trainer derrière lui dans la poussière. Le sixième jour correspond au chant XXIII. Ce sont les funérailles de Patrocle. Douze jours après chant XXIV, Priam le père d’Hector vient supplier Achille de lui rendre son fils. Emu Achille accepte. Priam ramène à Troie le corps d’Hector, dont il organise ses funérailles.
Ainsi commence la légende d’Ulyss décrite dans l’Illiade d’Homère, ce dernier fait construire un grand cheval en bois à l’intérieur duquel il cache ses soldats en faisant croire aux Troyens que c’est un don de Dieu qui les protégera. C’est ainsi que les Achéens s’empare de la ville grâce à cette ruse. La ville de Troie sera prise, pillée et brûlée. L’autre épopée d’Homère est le retour des Achéens, l’Odyssée en raison de son héros principal Odysseus, c’est-à-dire Ulyss, qui relate les multiples aventures que celui-ci connaitra lors du voyage qui le ramènera chez lui, dans son île d’Ithaque.
L’Iliade est la première épopée antique connue. C’est sur son modèle que le poète latin Virgile (70 vers 19 avant J.-C. écrit son Eneide. La chanson de geste du Moyen-Age comme La Chanson de Roland reprend les caractéristiques de l’épopée homérique. Racine lui consacre Andromaque en 1667 dont l’action se déroule une année après la chute de Troie.
Chez nous Mufdi Zakaria a écrit « l’Illiada » d’inspiration homérique, n’est-elle pas héritière des batailles épiques célébrant ainsi les exploits guerriers et vantant les qualités morales du héros ?
Déesse guerrière, Athéna joua un rôle important dans la lutte contre les géants qui terrorisaient la terre, tuant Pallas dont elle utilisa la peau pour se tailler une cuirasse. Homère la place du côté des Achéens dans l’Iliade, devenue une des œuvres les plus mondialement connues. Elle décrit les sentiments les plus humains qui soient : le courage, la peur, la cruauté, la générosité, la souffrance et l’amitié. Depuis que Pâris Alexandre lui avait préféré Ida. Elle devait déclarer alors la guerre aux Troyens.

Athéna lybienne et Tin-hinan la targuie

Elle fut la protectrice d’Hercule (Héraclès), qu’elle arma au moment où il entreprit ses fameux travaux.
Hercule la remercia en lui offrant les pommes d’or du jardin des Hespérides. Et dans l’Odyssée, elle aida Ulysse à affronter les dangers en lui indiquant le bon chemin pour rentrer chez lui. C’est Athéna, la fidèle protectrice d’Hercule qui intervient pour ramener définitivement la paix à l’Ithaque.
Mais dans l’Antiquité d’autres légendes rapportées par Diodore de Sicile qui précise qu’Athéna fut une grande reine berbère libyque ou libyenne qui aurait régné sur la Tritonide, un pays qui s’étendait de l’Ahaggar au désert d’Egypte.
Celle-ci aurait comme d’autres reines qui l’ont précédée, pratiqué une forme de matriarcat comparable à sa rivale reine amazone Myrina qui opposa une armée de 50 000 guerrières aux libyens. Ces derniers ont introduit le culte d’Athéna au cours de leur incursion en Egypte en l’appelant la déesse Neith dont le symbole est tatoué selon une peinture figurant sur le tombeau de Sethi 1er.
L’Athéna libyenne est sans doute la même que la Tanit carthaginoise dont le nom a une consonance berbère. Le regard symbolise ici, la force pénétrante de l’esprit, la méditation et l’activité intelligente attribuée à Athéna. Hérodote en son temps c’est-à-dire cinquième siècle avant JC évoquant la déesse, écrit qu’elle est née en Afrique, dont le culte d’Athéna était vivace dans la petite Syrthe (La Libye actuelle).
S. Gsell donne à un rite dédié à Athéna le combat de pierres et du bâton entre jeunes filles. Celle la plus belle qui gagne sera montée sur un char habillée d’une armure grecque et d’un casque corinthien en la faisant promener autour du lac. Cette litholobie s’est perpétuée jusqu’à nos jours dans plusieurs régions du Maghreb comme au Fezzan, cérémonie de la fête du sel célébrée le 27ème jour du Ramadhan. Ce vieux rite berbère est en rapport avec le culte d’Athéna.
Même si Athéna représentait la guerre et les armes, elle symbolisait néanmoins la Raison et l’Esprit qui temporisait la force brutale du héros comme Hercule ou Ulysse qu’elle guidait et conseillait. Athéna présidait les arts et les lettres et ayant introduit l’olivier et la fabrication de l’huile d’olive dans toute la Méditerranée. On lui attribue l’invention du char à deux roues que les berbères utilisaient dans leurs combats.
Lorsqu’il m’a été donné l’occasion de visiter le tombeau de Tin Hinan, j’observais ce mausolée construit en hommage à la reine des Touarègues à Abalessa à (Tamanrasset) sur une colline au confluent des oueds Tifirt et Abalessa. Ainsi commença ma rencontre avec les gens de la région appelés communément « les hommes bleus » qui gardent en mémoire le mythe de cette reine. La tradition rapporte que celle-ci s’est installée dans l’Ahaggar à une époque immémoriale. C’est une femme appartenant à une souche noble accompagnée de sa servante Takama.

Tin Hinan en femme guerrière, a mené un combat contre les Isebetten qui vivaient dans les monts de l’Atakor. Elle arriva à les soumettre sous son autorité et devint la reine incontestée de l’Ahaggar.
Elle se maria et donna naissance à trois filles auxquelles elle leur donna des noms d’animaux : Tenert(l’Antilope), Temerwelt (la Hase) et Tahenkodh( la Gazelle), desquelles devaient sortir des tribus suzeraines de l’Ahaggar. Alors qu’une autre version lui attribue seulement une seule fille, Kella mère de toutes les tribus nobles.
La population croit à la dépouille de leur reine légendaire dont les fouilles entamées par une mission archéologique franco-américaine en 1925. Elle est dirigée par Maurice Reygasse et le comte Byron Prorok, qui découvre des restes humains, un squelette posé sur le dos et tourné vers l’Est, les jambes et les bras légèrement repliés. Le cuir qui la recouvre du rite berbère. Il était retenu que Tin Hinan correspond à ce type de vêtement. Ses restes ont été transférés aux Etats Unis puis rapatriés à Alger après une campagne diplomatique.

Sophonisbe la carthaginoise

On peut parler de cette belle femme carthaginoise qui fut une dame ayant infléchi sur les décisions des Aguellids numides, Massinissa et Syphax dans le conflit Rome Carthage dont le Haut Commissariat à l’Amazighité avait organisé deux colloques l’un à Cirta(Khroub) et l’autre à Siga (Aïn Témouchent).
Du temps de Juba II dont le père a combattu les romains, son fils le jeune Juba fut pris et envoyé à Rome. Il devait avoir cinq ans lorsque César le fit figurer à son triomphe en le mettant sous sa protection. A sa mort c’est Octave qui devient son protecteur et Juba II doté d’une grande intelligence, s’initia à toutes les disciplines en apprenant même le latin et le grec.

Cléopâtre de sélène de Juba II

Il l’associa à la campagne d’Egypte dans la guerre contre Antoine et Cléopâtre (31-29 avant J.-C.). Devenu Auguste, le même Octave le rétablit dans ses droits de souverain. Juba II épousera la jeune princesse Cléopâtre de Séléné, fille de la grande Cléopâtre d’Egypte et d’Antoine, enlevée à sa patrie. Celle-ci fut associée au règne de son époux.
Elle lui donnera un fils, Ptolémée. Cléopâtre Séléné mourut vers 6 ou 5 avant JC et selon la tradition, Juba II lui édifia le fameux mausolée royal de Maurétanie (ex Tombeau de la Chrétienne) aux environs de Tipaza. Le règne de Juba II dura une cinquantaine d’années. Il aida les romains contre Takarinas dans l’insurrection contre les exactions romains contre les numides.
Sa capitale, Iiol, l’actuelle Cherchell qui sera rebaptisée Césarée en l’honneur d’Auguste. Si on croit les témoignages d’auteurs dont Pline, Juba II écrivit de nombreux ouvrages. Le plus important est son livre Libyca qui servit aux romains de puiser leurs informations sur le Maghreb antique.

 

El Kahina cette reine berbère

Pour ce qui est la Kahina, les historiens arabes la situent entre les VII et VIIIe siècles de l’ère chrétienne. Cette reine berbère dont on dit qu’elle serait Dayhi fille de Matiya ben Tifan ou encore Damyia fille de Yunafik, Dahyia et Diyya. Beaucoup de polémique sur sa religion.
Ibn Khaldoun écrivit qu’au VIIe siècle la tribu Djerawa dont faisait partie Kahina était largement judaïsée. D’autres disent qu’elle était chrétienne eu égard à sa filiation Matiya et Tifan qui sont des déformations de Mathieu et Théophane.
Quoi qu’il en soit Kahina ou Dahiya fut une reine berbère authentique. Elle aurait régné plus de 35 ans sur les Aurès et serait morte à l’âge de 120 ou 127 ans. Elle aurait combattu l’armée d’Okba ibn Nafâa tué en 683.
El Kahina est une femme guerrière qui commandait la puissante tribu des Djarawa et si ce n’était la trahison elle aurait continué à se battre. Elle fut tuée devant un puits qui porte son nom. Sa tête fut tranchée et envoyé comme trophée de guerre au calif. Ce qui est certain selon plusieurs sources c’est elle qui ordonna à ses deux fils de se convertir à l’Islam. De là on peut dire que la conciliation arabe/berbère fut scellée et la religion islamique pénètre l’Afrique du Nord dans toute la communion.

Lalla Fadhma N’Soumer cette héroïne

Une autre femme héroïne de la résistance anti coloniale fut Lalla Fathma N’Soumer née au douar Werdja en 1830 en Grande Kabylie. Elle appartenait à une famille maraboutique dont le père est affilié à la confrérie de la Rahmanya. La jeune femme qui fut malade a été délaissée par son mari son cousin. Elle rejoint le domicile parental.
Après plusieurs mois de vie monotone elle fugue vers Sumer un village voisin où habite son frère T’ahar qui était imam. Elle eut une illumination qui la projette à être voyante. Elle annonce le récit d’un envahisseur en Kabylie. Les troupes françaises envahissent la région au début des années 1850.
C’est là où Fathma N’Soumer prit les armes et appela au Djihad. Belle et passionnée, elle avait un charisme. Le 7 Avril 1854 elle rassemble ses hommes et vint affronter les troupes du Maréchal Randon.
Elle continua grâce à la jonction avec un autre résistant Boubaghla à harceler l’armée colonisatrice près de l’oued Sébaou. En Kabylie elle est considérée comme une sainte alors que Randon la décrit comme étant la Jeanne d’Arc kabyle. Une grande bataille s’engagea le 18 Juillet 1854 au lieu-dit Tachkrirt où Fathma N’soumer apparait vêtue d’une robe rouge symbole de la résistance. Le 20 Juillet après deux jours de rudes combats, les français furent décimés et battaient en retraite laissant derrière plus de huit cents morts.
Le Maréchal Randon revint en 1857 à la tête d’une armée plus puissante en nombre et va à la rencontre de Fathma N’soumer le 10 Juillet à Icheridan. Elle fut dénoncée et capturée par le maréchal Randon qui la fait prisonnière. L’héroïne fut transférée à Béni Slimane puis à Tablat où elle mourut en Septembre 1863. Elle n’avait que trente-trois ans.

La princesse Zaphira au charisme feminin inégale

En lisant l’ouvrage Zaphira d’Abdelaziz Ferrah, un roman historique qui reconstitue Alger des Béni Mezghéna dans sa conception de la vie et le code d’honneur de la tribu des senhadja. Alors que Salim Toumi est en réunion dans son palais de la Jénina entouré des membres de son conseil pour trouver l’issue afin d’échapper à l’emprise des espagnols, D’Zaïr des Béni Mezeghenna finit par faire appel aux Frères Barberousse.
Saisissant cette opportunité, Arroudj de son vrai nom Omicho, débarqua à Alger, mais avec d’autres projets que celui de fortifier la ville. Il voulait être le propriétaire, le maître. Le roman commence ainsi par le piège fait à Salim Toumi dernier Roi d’Alger et l’assassinent par les corsaires d’Arroudj.
Et la belle Zaphira, son épouse, déchue de l’état de souveraine, devient prisonnière de son bourreau.
C’est son drame brillamment raconté dans son roman décrivant entre autres la vie de la Cité, Alger livrée aux conflits fratricides, aux lâches combines pour accéder au trône et à la menace permanente d’une probable invasion espagnole. Nous sommes en Juillet /Août 1516 et l’ère ottomane allait commencer pour Alger.
C’est la chute de Grenade qui est à l’origine de tous nos maux ! s’exclama Salim Toumi. En attendant D’Zaïr, la cité de Ziri Ibn Menad es Sanhadji réunissait en son sein les Imazighen de la région de la Mitidja et leur Roi Salim Toumi. Mon Seigneur au lieu de vous lamenter derrière un conseil qui navigue à vue lui lâcha Zaphira, avec une douceur extrême.
« La situation est grave, lui dit-elle, votre devoir est de décréter la mobilisation de tous : les Thaalibas, les M’likache de la Mitidja, les Ouffi, les Bourouba, les H’raoua, les Khechna, les Ath Aïcha, les Hadjout, les Menaceur et les Chenoua, les Ghraba, les Cheraga. »
Dans l’intimité de son palais le Roi Salim Toumi s’adressa à l’émissaire : « Nous rappelons à votre Altesse de nouveau qu’il ne s’agit nullement de porter préjudice à votre royaume, puisque nous vous accueillons en tant que noble sujet du Roi Ferdinand d’Aragon, et d’Isabella la très catholique reine de Castille, souverains unis d’Espagne. »
Mon ami Si Babaci a raconté dans son style et sa narration populaires l’échange épistolaire entre Baba Arroudj et la princesse Zaphira repris de l’histoire d’Algérie de la période ottomane (1515/1830).
Il disait notamment que « la belle Zaphira, image du soleil et plus belle par ses qualités que par l’éclat radieux dont est entouré sa personne ». Le roi Baba Arroudj le plus fier et le plus heureux conquérant du monde, à qui tout cède est devenu esclave de cette princesse.
Ce dernier tombé sur le charme de cette grande dame ne tarissait d’éloges en lui exprimant à travers cette lettre reprise ainsi : « Je suis extrêmement touché de ton affliction et de tes malheurs, mais mon cœur ressent encore plus vivement l’effet de tes charmes, dignes de l’attention de notre très grand prophète, s’il revenait sur terre. J’ai une joie inexprimable de ce que tu résisté à ton torrent de tristesse. J’en loue Dieu par lequel tout est réglé. Adore ses décrets et ne l’irrite point, par un excès de douleur, puisqu’il est le maître de la vie des hommes ».
Et de continuer : « Ne crois pas que j’use de mon droit de souveraineté pour te forcer d’être à moi, moi je te conseille de me donner ton cœur de bonne grâce car ton sort belle Zaphira, fera envie toutes les femmes du monde. Tu régneras non comme tu l’as fait, mais en véritable souveraine de ton roi et de tes sujets, avec une autorité pleine et absolue.
J’espère qu’en peu de temps ma valeur, secondée par mes invincibles troupes, mettra toute l’Afrique à tes pieds. En attendant ce glorieux sort, sois maîtresse dans mon palais, faits, défaits, tout sera bon venant de ta part et malheur à ceux ou celles qui auront l’insolence de te désobéir et ne ramperont pas en baisant la poussière de tes pieds. »
La réponse de cette belle créature ne fit pas attendre : « Seigneur toute autre que moi s’estimerait heureuse de se donner à toi et de partager ton éclatante fortune.
Je ne puis l’accepter, sans me rendre à jamais un objet d’horreur et d’abomination aux yeux de tous les croyants. Mon époux a péri depuis peu d’une mort violente, comme tous ceux qui ont vu son respectable cadavre. A peine était-il expiré que tu t’es emparé de la ville par la force. Tes soldats ont commis d’innombrables cruautés. Ils ont tué, violé et se sont tous approprié. »
Et d’ajouter : « Tu règnes par la force, n’ayant pu régner autrement, et de toutes tes violences ont persuadé le public de ta culpabilité. Si je me donne à toi, n’aurait-on pas raison de me croire complice de ce crime ? »
« Seigneur, je ne te crois capable d’un tel acte. Mais ce n’est pas assez. Je ne puis vivre si je ne prouve pas mon innocence. Ni les supplices, ni la mort n’ont rien d’effrayant pour me faire changer de sentiment. Il me faut me justifier. A cet effet, il est de ta grandeur de me laisser maîtresse de ma conduite. »
Pour convaincre le public que je suis aussi pure que l’agneau allaité par sa mère. Et s’il est vrai que tu aimes l’infortunée Zaphira, fait un grand et généreux effort sur toi.
« Donne-moi la liberté d’aller dans la plaine de la Mitidja avec mes femmes et mes esclaves, afin de mêler mes regrets aux leurs. Dans un si grand malheur, laisse-moi me réfugier dans les larmes et me consoler avec ceux qui m’ont donnée la vie, après Dieu le Tout-Puissant. »
Je t’en supplie, Seigneur au nom du Maître de l’Univers, à qui rien n’est caché, qui ordonne la pratique de la vertu, la droiture et la générosité, qui est ennemi de tout mal. Puisse le Saint-Prophète, son bien aimé Mohamed, te guérir de ta passion qui, si je la favorisais, me rendrait trop criminelle et aurait des suites funestes. » (Echange épistolaire entre Baba Arroudj et la princesse Zaphira tiré de Babzman information historique et socio-culturelle sur Alger- La Saga les histoires d’amour dans la Régence d’Alger).

Chants féminins comme hymne à la liberté

De nombreux chants et poésies populaires perpétuèrent son combat héroïque, faisant d’elle un symbole de la liberté et de la résistance anti coloniale. Les poèmes et chants sont des hymnes décrivant la douleur et des joies de femmes aèdes sortes de troubadours chanter les exploits immortalisant des faits de guerre. La résistance et la réaction à l’agression extérieure est partout l’une des aspirations majeures et permanente de la poésie algérienne.
Depuis la fin de la période médiévale au moins, Salem Chaker écrivait dans une contribution sur « la poésie berbère kabyle » que les berbères entretenaient dans leur quasi-totalité, des rapports conflictuels avec les divers pouvoirs centraux au Maghreb. Il la définit comme une culture en résistance.
La poétesse est celle qui démêle l’écheveau du vécu et des sentiments. Elle devient la détentrice de ce corpus de chants, gardienne des valeurs ancestrales. Certaines d’entre elles ont exercé une grande influence dans leur société. C’est une poésie de l’affirmation du groupe, de ses valeurs, de sa pérennité. Elle devient une poésie de résistance contre tout agresseur. Cette poésie de résistance chez la femme est un témoignage essentiel sur le vécu historique des populations berbères.
Cette poésie par ses formes et sa thématique est l’affirmation identitaire, culturelle et linguistique de la Nation. De toutes les époques seront transmis des poèmes épiques du genre « taqsit ».
Ces poèmes devenant des chants ouverts et clos par des formules religieux, invocation et gloire Dieu et au prophète pour la bénédiction de l’assistance. Pouvant contenir plusieurs vers, décrivant les héros, les circonstances immédiates du combat, comme les combats des compagnons du prophète contre les infidèles.
Nul mieux que le grand poète Si Mohand (1845/1906) incarne la période noire de désespérance (1871/1940), écrivait en 1968 Mouloud Mammeri. Sa famille subit de plein fouet le choc de la répression de 1871, le village rasé en 1857 et son père fusillé à Fort national par le Maréchal Randon. Ce poète errant dont un de ses oncles fut déporté en Nouvelle Calédonie. « Je jure disait-il que de Tizi Ouzou, jusqu’à l’Akfadou-Personne ne me dictera sa loi- Mieux vaut se briser que de plier- L’exil est inscrit sur mon front-Par Dieu nous quitteront le pays-Plutôt que d’encourir la punition parmi ces porcs ».
Aux origines de la chanson El Menfi, l’anthropologue Melica Ounoughi, dans un ouvrage sur la Nouvelle-Calédonie, a ressuscité un pan de cette douloureuse histoire des déportés par convois successifs vers les bagnes du Pacifique. Les filles des déportés ont pieusement perpétué la mémoire. Chacune avait à sa manière le devoir de transmettre la tradition. La chanson d’El Menfi fut interprétée par Akli Yahyaten chantée déjà au XIX e siècle en Nouvelle-Calédonie. « Gouli loummi matebkich – Waldak Rabbi mayy khalich».
Pourtant chez Si Mohand, « la capacité d’indignation n’est pas éteinte. Elle devient ironie mordante contre les collaborateurs, les parvenus et opportunistes de tout poil qui s’empressent de gagner les bonnes grâces des Français ».
On se plaint et se désespère de l’enrôlement dans l’armée française notamment lors des deux guerres mondiales.
Les complaintes féminines sur ces thèmes sont innombrables. L’incorporation est vécue par les mères, par les femmes, comme le degré maximal de la violence colonial. La poésie féminine devient une poésie politique où les chants engagés en langue berbère. La production poétique est immense essentiellement chantée par des femmes dont les archives de la RTA en a sauvegardées de nombreuses pièces. Ce sont des chants à la gloire des moudjahidines qui ont accepté de sacrifier leur vie pour la cause nationale de liberté et la défense de l’Islam.
La culture populaire transmise de génération en génération a permis à Guerine Abdelkader de publier un recueil de poèmes « La brûlure »- les enfumades de la Dahra qui raconte par le biais d’un goual ou troubadour, allant de hameau en hameau, de souk en souk porter les bonnes et les mauvaises nouvelles. Ali Maachi qui est né en 1927 à Tiaret nous laisse cette belle chanson « Ya Nas Mahou Houbbi Al akbar- Ya Nas Mahou Houbbi Al A3dham » (Ö gens quel est mon plus grand amour- Si vous m’interrogez je serai content de vus annoncer la bonne nouvelle en vous disant – C’est mon pays l’Algérie).
Pour conclure sur ce thème de la « résistance des femmes nord-africaine de l’Antiquité » comme tous les savoirs de l’origine, la préhistoire est un lieu inépuisable de questionnements, de rêves et de fantasmes. Elle représente un monde à la limite de la rationalité et de l’imaginaire, où peut s’exprimer le lyrisme, la fantaisie, l’humour, l’érotisme, la poésie.
Donc on peut dire que la préhistoire est une science interdisciplinaire, qui mobilise à la fois, la géologie, la biologie, l’archéologie à travers des vestiges fragmentaires, l’ethnologie, l’histoire de l’art. En effet la faculté symbolique dont témoigne l’art est sans aucun doute liée aux possibilités de l’échange et de la parole. Le cri, le chant n’ont-ils pas été les formes primitives de l’expression humine ?.
Le langage doublement articulé au niveau phonétique et sémantique a bel et bien existé depuis les temps préhistoriques jusqu’à l’homme moderne. C’est ce langage humain résultant d’un instinct qui détermine génétiquement les origines de la famille humaine. Ainsi s’édifie des récits sur celles depuis l’Antiquité au XIX siècle vont par leur résistance infliger de lourdes pertes à l’adversaire en déroute.

Dr Boudjemâa HAICHOUR Chercheur Universitaire-Ancien ministre

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