Une médina à travers les siècles
Nedroma

Par Hassina AMROUNI
Publié le 02 oct 2018
Culminant à quelque 650 mètres d’altitude, Nedroma, commune de la wilaya de Tlemcen, se trouve à proximité de la frontière algéro-marocaine.

Habitée depuis le néolithique, en témoignent ces haches polies découvertes dans la grotte de Boudghène en 1875 par G. Bleicher, la région est passée dans les oubliettes de l’Histoire et ce jusqu’à l’arrivée des Arabes. Même les Romains ne s’y aventurèrent pas, même si, on raconte ici et là qu’ils s’y sont installés, à l’instar d’autres régions du pays. Mais il semble que c’est Léon l’Africain qui serait à l’origine de cette légende, comme il serait à la source de la fausse étymologie du nom de Nédroma : « Ned-Roma », « rivale de Rome ». En fait, on n’y a jamais retrouvé de vestiges attestant d’une éventuelle présence romaine dans cette partie du pays.
Par contre, ce qui est sûr et cela est confirmé par plusieurs historiens, c’est que la région a bien été berbère, Nedroma étant le nom d’une tribu amazighe, fraction de la famille de Koumya de la souche des Beni Fâten.
En 1150 (1160 selon d’autres sources), le fondateur de la dynastie almohade, Abdelmoumen Ben Ali érige une nouvelle cité sur les ruines de l’ancienne ville berbère.
Dans la foulée, il parvint à soumettre tout le pays, alors habité par les occupants originels : les Berbères.
L’année suivant cette première conquête, il se lança avec son imposante armée à la conquête du Maghreb (aujourd’hui Maroc). Sur son trajet, d’Oran à Tlemcen, des hommes lui demandaient la permission de retourner dans leurs foyers, en les laissant partir, il réduisit considérablement ses effectifs. Les chefs de ses armées ourdirent alors un plan pour le tuer, il dut son salut à un marabout, Ahmed El Bedjaï, qui eut vent du complot. Ce dernier par dévouement lui demanda de le laisser s’immoler à sa place et tel fut le cas, le marabout qui s’était introduit dans la tente royale, à la place de Abdelmoumen fut brûlé à sa place. Son cadavre fut chargé sur une chamelle qu’on laissa prendre la direction qu’elle voulait et lorsque celle-ci s’arrêta, on y enterra le cadavre et sur son tombeau fut élevée une mosquée, visible à ce jour.

Nedroma à travers les siècles

Très vite, Nedroma prend les allures d’une grande cité. D’ailleurs au XIIe siècle, Al-Bakri la qualifie de « madina » (ville) et non de
« karya » (bourg ou village). Quant à Al-Idrissi, il en fait, à la même époque, une description succincte disant que « Nedroma est une ville florissante, entourée de murailles et son marché est important ».
Nedroma fera longtemps l’objet de conflits entre souverains zianides et mérinides, d’où plusieurs alliances et mésalliances qui se noueront au fil des époques entre les héritiers des différentes dynasties.
Malgré tout, elle reste cet « eldorado » qui accueillera des milliers d’immigrants andalous, chassés d’Espagne en 1492.
En effet, lorsque débute la Reconquête de la péninsule Ibérique et que commence le déclin de la puissance almohade, suite à la bataille de Las Navas de Tolosa, la reine Isabelle la Catholique chasse les Andalous vers l’Afrique du nord. Ces derniers apportent avec eux un grand savoir-faire, notamment en matière d’art et de musique. Au fil du temps, leur influence sur leur pays d’accueil se fera de plus en plus évidente.
Dans une chronique parue en 1905 et signée de la plume de Guillermo Rittwagen, philosophe hispano-arabe, on peut lire cette description : « Sur le chemin de Nemours à Maghnia, aux pieds mêmes du mont Fillaoucène, se lève la cité d’où j’envoie ces lignes, et qui bien qu’elle soit algérienne, conserve son caractère morisque comme aucune et est la vraie métropole des Arabes andalous expulsés d’Espagne. J’avais lu que beaucoup de familles de Nedroma conservent encore les très anciennes clefs et les titres des propriétés de leurs ancêtres en Espagne, et qu’elles les conservent parce qu’elles ont l’espérance d’y retourner… Ici j’ai vu une clef ancienne de la maison que les aïeuls de la famille Hamed Belhad, de Cordoue, ont eue près de Oued-El-Kebir. J’ai aussi vu des écritures de cadis, et jusqu’aux descriptions minutieuses de terrains où les morisques avaricieux avaient gardé leurs trésors. Si, comment ne pas croire, que tous ces documents sont authentiques… ».
De son côté, l’anthropologue Gilbert Grandguillaume écrira : « Les merveilleuses médinas du Maghreb, tout éclatantes de blancheur au soleil méditerranéen, étaient-elles simplement des reines de beauté, douées du pouvoir magique de rendre leurs fils des plus intelligents, leurs filles des plus ravissantes, leurs vieillards des plus sages, et leurs murailles invulnérables aux assauts du temps. Leur secret n’était-il pas surtout qu’elles avaient reçu le pouvoir d’écrire et de nommer, de décider qui est noble, qui est pieux, qui est savant, et de voir ce pouvoir reconnu de tous ? Nédroma fut l’une d’entre elles et elle en conserva longtemps la marque dans son architecture, son langage, sa musique, ses traditions. Mais la dispersion de ses fils en Algérie et de par le monde montre qu’elle sut aller de l’avant… »

Nedroma sous domination turque

Lorsque les Turcs s’établissent dans la région, Nedroma est très vite l’objet de litige entre le Bey d’Oran et les Chorfa du Maroc.
En 1791, le Dey d’Alger, Hassan peut enfin exercer son autorité sur Oran, après que les Espagnols la lui eurent cédée. Il en profite alors pour exercer un peu plus son pouvoir et son hégémonie sur l’arrière-pays et asseoir la domination turque sur la région en en faisant la capitale d’un Beylik important et en le mettant sous l’autorité des Beys Omar Agha et Ali Kara Baghli.
La population locale subit durant un certain temps l’injustice et les exactions des janissaires avant de se soulever contre le pouvoir ottoman. Malheureusement, faute d’équité dans les moyens d’affrontement, la population autochtone finira par se soumettre et se voir imposer une contribution annuelle de cent pièces de grosses toiles de coton, destinées à la confection des tentes des soldats.
Les assauts populaires se feront épisodiques, ce qui amènera le Dey à intervenir, notamment lors de troubles ayant fait suite à la séparation de la population de la ville en deux camps, à savoir pro turcs et pro marocains. Ayant eu carte blanche du Dey, les soldats se sont livrés au massacre et au pillage.
Pourtant, quelque temps plus tard, la population finira par rallier le camp turc à la suite des exactions commises par les Marocains à partir de leur base d’Oujda. Dès lors, la domination turque ne sera plus contestée et ce, jusqu’à l’arrivée de l’occupant français.

Avènement de l’occupant français

Six ans après l’arrivée des Français en Algérie, l’Emir Abdelkader établit provisoirement son camp à Nedroma après les combats contre la colonne d’Arlanges. Quelques mois plus tard, plus précisément après la défaite de la Sikkak, il y fait soigner ses blessés. Cependant, le traité de la Tafna en mai 1837 lui reconnaît la possession de la ville.
Dix ans plus tard et à la suite de la reddition de l’Emir Abdelkader et de son départ en exil, la ville conserve une certaine autonomie sous la houlette de sa Djemaâ, toutefois, son premier responsable devait être agréé par l’autorité coloniale.
A partir de 1867, Nedroma est constitué en un seul douar-commune et un seul colon y habite, il sera suivi par un autre Européen qui n’est autre que le directeur de l’école franco-arabe. En 1880, l’administration militaire est remplacée par une administration civile et, en septembre de la même année, le douar-commune est érigé en commune mixte.
Le seul colon français habitant Nédroma à cette époque est un nommé Authier, qui s’est établi dans la ville avec sa famille en 1852 et s’y est fait construire une maison. En 1867, il obtient concession du terrain où il a déjà bâti, et de 14 hectares dans la plaine de Nédroma. Un autre Européen viendra habiter la ville en 1876, M. Baudet, directeur de l’école franco-arabe.
Le douar-commune de Nédroma dépendit d’abord de l’administration militaire, en l’occurrence, du Bureau arabe de Maghnia. Le régime militaire, supprimé en 1870, ne céda vraiment la place à l’administration civile qu’en 1880, sous la pression croissante des colons d’Algérie.

Hassina Amrouni

Sources :
https://www.reflexiondz.net/UNE-VILLE-UNE-HISTOIRE-Nedroma-la-ville-de-l...
http://nedroma.free.fr/contenu_histoire.htm
*Divers articles de la presse quotidienne

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