L’ambassadeur de la chanson hawzi
Cheikh El Hadj Mohamed El-Ghaffour

Par Hassina AMROUNI
Publié le 01 oct 2018
Grand maître du hawzi, Cheikh Mohamed El-Ghaffour est, aujourd’hui, l’un des héritiers de ce genre musical arabo-andalou qu’il prit à bras le corps dès le plus jeune âge pour en devenir l’un des meilleurs serviteurs.

Fils prodige de Nedroma, il y a vu le jour le 5 mars 1930. Inscrit à l’école des garçons de sa ville natale, il y suit un cursus scolaire en langue française, en parallèle, ses parents l’inscrivent à la mosquée où il apprend le Coran et le fiqh auprès de cheikh Lefçih.
Contraint de quitter les bancs de l’école pour aider son père, tisserand, Mohamed el Ghaffour va consacrer son temps libre à la musique, encouragé par son oncle, percussionniste.
Il rejoint l’orchestre de Hadj Ghenim Nakkache où il apprend la derbouka pendant trois mois puis la mandoline durant deux ans. Il fait ensuite partie de l’orchestre du maître Driss Rahal avec qui il reste jusqu’en 1955, date à laquelle toute célébration en grandes pompes est interrompue en raison de la guerre de libération nationale.
Au cours de son apprentissage auprès de Driss Rahal, le jeune Mohamed El Ghaffour s’initie aux grands chefs d’œuvre de la poésie arabo-andalouse et aux poètes de Nedroma dont Sidi Mohamed Remaoune et cheikh Kaddour Benachour Ezzerhouni et à ceux de Tlemcen.
Après l’indépendance et à la faveur du 1er Festival de la musique andalouse d’Alger en 1966, cheikh Mohamed El Ghaffour remonte sur scène, au grand bonheur de ses très nombreux admirateurs, contents de retrouver l’un des rossignols de la musique algérienne. Dès lors, pour l’artiste à la voix d’or, c’est la grande consécration. Il prend ainsi part à tous les festivals de la musique andalouse, distillant à chaque fois un peu de bonheur dans le cœur des mélomanes.
En 1969, son orchestre décroche le 1er prix au Festival de la musique populaire d’Alger pour l’interprétation de « Ya Welfi Mériem ».
Cheikh El Hadj Mohamed El Ghaffour, en dépit de son talent, de son répertoire et d’un très large public, n’a jamais enregistré de disques, exception faite de cet unique opus sorti des presses de l’ex-RTA.
A cela, avec sa modestie légendaire, il répond :
« J’ai chanté parce qu’un jour cheikh Ghenim l’a imposé... J’ai continué à le faire parce que cela me plaisait. J’ai persisté parce que cela plaisait aux autres. Maintenant, je ne le fais plus parce que je suis malade », confie-t-il, en février 1986, à un journaliste d’El Moudjahid.
Aujourd’hui, âgé de 88 ans, Cheikh el Hadj Mohamed El Ghaffour savoure sa retraite, laissant à ses très nombreux admirateurs, le soin de suivre la voie tracée par lui et d’autres grands maîtres avant lui.

Hassina Amrouni