Les deux guillotinés de Serkadji
19 juin 1956

Par Hassina AMROUNI
Publié le 31 oct 2018
Le 19 juin 1956, Ahmed Zabana était guillotiné à la prison de Serkadji (ex-Barberousse). Trois minutes après, un autre compagnon d’armes était exécuté de la même manière. Il s’agit deAbdelkader Ferradj.
Avant son exécution, intervenue à 4h du matin, Ahmed Zabana laissait une ultime lettre à ses parents et proches. «Très chers parents, chère mère, je vous écris cette lettre, je ne sais si c’est la dernière, Dieu seul le sait. Toutefois, s’il m’arrive quoi que ce soit, il ne faut pas croire que c’est fini, parce que mourir pour la cause de Dieu, c’est croire à la vie éternelle, et mourir pour sa patrie, ce n’est qu’un devoir. Et votre devoir, c’est d’avoir sacrifié l’être le plus cher. Il ne faut pas me pleu
La prison de Serkadji aujourd'hui
Ahmed Zabana
Abdelkader Ferradj
Une liste partielle des Algériens condamnés à mort

Avant son exécution, intervenue à 4h du matin, Ahmed Zabana laissait une ultime lettre à ses parents et proches. «Très chers parents, chère mère, je vous écris cette lettre, je ne sais si c’est la dernière, Dieu seul le sait. Toutefois, s’il m’arrive quoi que ce soit, il ne faut pas croire que c’est fini, parce que mourir pour la cause de Dieu, c’est croire à la vie éternelle, et mourir pour sa patrie, ce n’est qu’un devoir. Et votre devoir, c’est d’avoir sacrifié l’être le plus cher. Il ne faut pas me pleurer mais au contraire, il faut être fier, de moi. Enfin, recevez peut-être le dernier bonjour du fils et frère qui vous a toujours chéris. Le bonjour à toi, mère, à papa, à mon frère Houari, à toi cher frère Abdelkader ainsi qu’à tous ceux qui partageront votre peine. Allah est Le Plus-Grand et Il est Seul à être équitable. Votre fils et frère qui vous aime de tout son cœur H’mida », écrira-t-il. Zabana ne survivra pas à cette journée du 19 juin 1956. Trois minutes après cet abject crime, le numéro 1791, répondant au nom de Abdelkader Ferradj était lui aussi guillotiné sur le même lieu.
Originaire de Oued Aïssa, douar de Bourouta, commune de Kadiria, dans la wilaya de Bouira,
Abdelkader Ferradj y voit le jour le 2 avril 1921, au sein d’une très pauvre famille de paysans.
Fréquentant la mosquée de son petit hameau, il y apprendra quelques sourate du Saint Coran, avant de se lancer en quête d’un travail pour aider sa famille. Employé quelque temps comme civil chez l’administrateur, il sera forcé de s’enrôler dans l’armée française. Lorsqu’éclate la guerre de libération nationale, il déserte les rangs de l’Armée coloniale pour rejoindre l’ALN.
Le 26 mars 1956, il est arrêté par les forces coloniales. Au terme d’un procès expéditif, il est condamné le 3 mai de la même année à la peine de mort. Son crime ? Avoir dérobé des armes de la caserne pour les faire parvenir aux moudjahidine dans les maquis, par le biais de son beau-frère. Le second grief retenu contre lui est sa participation à des attentats dont celui du 25 février 1956 contre un convoi de paras. Après quelques semaines de détention, le 19 juin de la même année, Ahmed Zabana et Abdelkader Ferradj sont conduits dans la cour de la prison où se trouve la guillotine.
Zabana sera le premier à être exécuté. Présent au moment de l’exécution, cheikh Tahar Méziani rapporte à sa femme que le couperet de 70 kg a été actionné à trois reprises car la tête de Zabana ne cédait pas. « Par deux fois la guillotine s’est arrêtée à quelques centimètres du cou de Zabana. A la troisième tentative la tête a été tranchée, mais n’est pas tombée dans le panier ».
Trois minutes plus tard, Abdelkader Ferradj passe, à son tour, sous la lame. Les deux martyrs seront les deux premiers d’une longue liste de martyrs (300 condamnés à mort passés à la guillotine) à être lâchement exécutés.
Dans le tome 1 de son livre, Yacef Saâdi revient sur le déroulement de ce double crime : « Au travers des fenêtres et des barreaux des salles, les détenus entonnèrent un chant patriotique que d’autres reprirent en chœur. En quelques secondes, tout Serkadji explosait… Il marchait impassible, les mains liées derrière le dos ; traînant derrière lui la chaîne de bagnard rivée à ses chevilles… en Zabana tous les détenus allaient mourir un peu… Avant de s’incliner, Zabana chargea son avocat d’un message pour se mère … Le couperet s’enraya par deux fois… Quelques instants après ce fut le tour de Ferradj…
« Dans la Casbah, tel un veut violent, s’élevaient les « youyous » des femmes, stridents et drus comme des cris d’oiseaux, métalliques et furieux… « Il ne restait qu’une chose à faire … répliquer… Je chargeai un groupe de la rue de Thèbes composé de jeunes…Je remis à chacun un tract mentionnant : « Zabana et Ferradj vous êtes vengés. » Message à placer bien en vue sur chaque victime. »

Hassina Amrouni

Source :
L’Expression le 16 - 06 - 2010
http://www.elmoudjahid.com/fr/mobile/detail-article/id/29357
https://www.reflexiondz.net/19-juin-1956-ahmed-Zabana-et-le-rendez-vous-...

GUERRE DE LIBERATION

Repère et Symbole

Le 1er novembre 1954

FIGURES HISTORIQUES
GRANDES DATES
UNE VILLE, UNE HISTOIRE
CONTRIBUTION

Syphax et la rencontre de Siga

Ain Temouchent (206) AV J.C