Accueil Les armes utilisées pendant la Révolution

Par Fateh Adli, oct 2018.

Quand les moudjahidine fabriquaient eux-mêmes leurs armes

L’une des plus grandes préoccupations qui continuaient à hanter les pionniers de la Révolution durant toute la période de préparation de la lutte armée, fut celle des armes : comment en assurer une disponibilité permanente, dans les conditions qui étaient celles de l’occupation et d’une guerre ouverte ?

S’il est vrai que les dirigeant de la Révolution avaient prévu, à la veille du déclenchement de l’insurrection, le 1er novembre 1954, de se procurer des quantités d’armes et de munitions hors des frontières, notamment en Libye, les maquisards engagés avaient tôt entrepris d’en fabriquer localement, avec le peu de moyens et de savoir-faire dont ils disposaient à l’époque. Ainsi, ont-ils commandé des armes blanches (épées, coutelas, poignards, etc.) à des militants algériens dont le métier était celui de forgeron. En même temps, le commandement de la Révolution dans toutes les régions du pays, à tous les niveaux, demanda de préparer cet événement en faisant fabriquer artisanalement des bombes Molotov, des explosifs, des bombes à retardement, des mines et de la poudre.
Durant les trois dernières années de la guerre, les dirigeants de la Révolution ont eu l’idée de fabriquer localement des armes et des munitions à destination des maquis, pour suppléer au manque d’approvisionnement qui perdurait, à cause des nombreux obstacles qui leur étaient dressés par les forces coloniales, et aussi du coût exorbitant des opérations d’achat et de transport depuis les pays européens où les négociants algériens avaient l’habitude d’acquérir des armes. Sans compter les pressions politiques qui en découlaient.
C’est ainsi que le FLN avait implanté notamment à Oujda et Nador, au Maroc, des usines de fabrication d’armes. Ces armes étaient acheminées vers la Wilaya V (Oranie) et livrées aux unités de l’ALN.Selon des témoignages recoupés, l’ALN a fabriqué en tout 40 000 grenades, 10 000 mitraillettes et 100 000 chargeurs. Une véritable prouesse eu égard aux moyens et au savoir-faire techniques de l’époque. Ces ateliers étaient érigés sur des terrains ou des fermes appartenant à des Algériens vivant au Maroc, à leur tête Mohamed Khettab. Cette initiative d’implantation d’usine de fabrication d’arme a commencé, en fait, avant la construction des lignes électrifiées Challe et Morice.
Si, au début, le travail était quelque peu improvisé, le fonctionnement de ces fabriques s’est nettement amélioré et la production se déroulait désormais suivant les besoins de terrain. C’est alors qu’il a été décidé de fabriquer, essentiellement, des armes de combat rapproché, à l’image des grenades défensives, des mitraillettes (PM) et ses munitions (cartouches de 9mm).
Malgré les nombreuses difficultés qui entravaient le bon fonctionnement des cinq usines mises en place, les moudjahidines sont arrivés à réaliser à produire des quantités d’armes qui ont permis d’équiper des compagnies entières.
Dans son témoignage, Mansour Boudaoud, responsable de la logistique au sein du MALG, a écrit : «De 1956 à 1958, les armes pouvaient rentrer au pays sans grandes difficultés. Mais depuis l’implantation des lignes Challe et Morice, il est devenu très difficile de faire rentrer les armes en Algérie. Beaucoup d’hommes sont morts sans avoir réussi cette mission. Aussi, nous avons eu d’énormes pertes humaines et matérielles avant d’être plus aguerris et de fabriquer nous-mêmes nos armes». Et de poursuivre : «Il est à retenir, par ailleurs, que la logistique ouest comprenait 400 personnes et la fabrication des armes était assurée par des jeunes. En fait, le plus âgé d’entre eux ne dépassait pas les 25 printemps et la plupart étaient des Algériens».
On ne peut parler de cet aspect de la lutte armée sans évoquer le rôle joué par l’incontournable
Messaoud Zeggar dit Rachid Casa, un des plus proches collaborateurs de Abdelhafid Boussouf et le plus grand négociant d’armes que l’Algérie ait jamais enfanté. Il est établi que grâce à lui, les services de l’ALN ont pu se doter de moyens de transmissions modernes : poste-radios, récepteurs et émetteurs, qui servaient aussi bien les services de transmissions que ceux du chiffre et de l’écoute, fraichement mis en place par le commandement de la Wilaya V.
Inventif et très dynamique, Messaoud Zeghar prit également l’initiative d’installer dans la région de Meknès, dans le plus grand secret, une usine d’armement qui fabriquait des grenades, des Bengalore, des fusils de guerre, des mitraillettes, des baïonnettes, des poignards, des bazookas et même des mortiers 80. Toutes ces armes étaient automatiquement acheminées vers les maquis de l’intérieur.
Parallèlement à cette activité, qu’il mena avec brio, il dirigea un réseau de récupération de matériel de guerre au profit de la Wilaya V historique, notamment le matériel de transmission. Selon des estimations, plus de 80% du matériel technique des transmissions a été obtenu par ses réseaux secrets.

Adel Fathi

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oct 2018