Retour sur un parcours militant
Leila Mekki nous a quittés en juillet dernier

Par Hassina AMROUNI
Publié le 31 oct 2018
Dans la nuit du 25 au 26 juillet 2018, la grande moudjahida Oumdjilali Belhadj, dite Leïla Mekki tirait sa révérence à l’âge de 93 ans.
Militante anticolonialiste et féministe convaincue, elle a consacré sa vie au combat contre toutes les formes d’injustices, à commencer par l’injustice coloniale. Leila Mekki était une jusqu’au-boutiste, une femme qui ne reculait devant rien, du moment qu’il s’agissait de défendre ses idées et ses idéaux. Sa rencontre avec celui qui deviendra son époux sera déterminante dans les choix militants qu’elle fera plus tard. Enseignant et militant communiste, Bachir Mekki l’initiera, en effet, à la politique et à la culture. Dès lors, elle rallie, elle aussi, le Parti communiste algérien puis la Fédération de France afin d’apporter sa propre contribution à la guerre pour l’indépendance de l’Algérie. En 1949, alors âgée d’une vingtaine d’années, elle fait partie de la foule sortie dans les rues pour répondre à l’appel de grève lancé par les dockers d’Oran, s’élevant contre la guerre du Vietnam et l’arrestation des syndicalistes.Pour Leila Mekki, la voie est désormais toute tracée et nul retour en arrière n’est possible. Pour elle, il n’existe plus aucun autre idéal que celui de la liberté, une liberté qui passe par la lutte armée. Aussi, après le déclenchement de la guerre de libération nationale, et, suite à l’accord passé entre le FLN et le PCA en 1956, elle fait partie des militants communistes qui prendront part à des missions périlleuses aux côtés des militants du Front de libération nationale. Leila Mekki, avec d’autres sœurs de combat était souvent chargée du transport des armes car, avec son allure « Européenne », elle parvenait à tromper la vigilance des autorités coloniales. Parfois, on lui confiait la mission de conduire les moudjahidine qui étaient recherchés vers des cachettes sûres, d’autres fois, elle devait remettre la quote-part des familles des chouhada de la Révolution, tâche dont elle s’acquittait sans susciter la méfiance des Français grâce à sa discrétion et son sang-froid.Médiatisation de la torture colonialeEn 1956, son mari est arrêté et conduit dans un camp de concentration. Leila Mekki surprend alors l’opinion publique, en dénonçant – pour la toute première fois – les atroces séances de torture auxquelles est soumis son époux, ainsi que tous les autres détenus algériens. Témoignage chrétien, dirigé à l’époque par le militant André Mandouze, sera le seul support médiatique à accepter de publier ce cri de rage et il aura l’effet d’une bombe. Mais si les pouvoirs coloniaux réagissent à cet article, en se montrant un peu plus cléments à l’égard du prisonnier Bachir Mekki, son épouse, elle, ne tardera pas à être arrêtée et expulsée de son propre pays. Arrivée dans l’Hexagone, la moudjahida ne compte pas pour autant renoncer à son combat, elle rejoint alors la Fédération de France en tant qu’agent de liaison, suivie par son mari après sa libération et son expulsion, lui aussi. Au matin du 5 juillet 1962, elle aura l’insigne honneur de lire la déclaration d’indépendance, écrite par son époux, lors de la grande manifestation de Paris. Dans les rues, c’est la liesse populaire. Les Algériens exultent de bonheur. Youyous, cris de joie et slogans à la gloire de cette liberté chèrement arrachée sont scandés partout. «Djazaïr horra moustaqila» devient très vite un cri de ralliement, un hymne !Durant les années postindépendance et alors que l’Algérie est en construction, Leila Mekki continue à militer pour diverses causes sociales et féministes. Dans le domaine culturel, elle trouve également sa place, elle la femme de grande culture. Elle est, notamment, chargée des relations extérieures au sein de la troupe théâtrale de Kateb Yacine, de même qu’elle se lie d’amitié avec de grandes figures de la scène culturelle algérienne de l’époque, à l’image des défunts Issiakhem, Djamel Amrani, Mohamed Zinet… Jusqu’à la fin, elle a su l’esprit vif et le cœur fébrile pour toutes les causes justes.Hassina AmrouniSources : Plusieurs articles de la presse nationale
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