Quand l’armée française se faisait humilier sur le terrain des combats
La bataille de Djebel Mongorno

Par Hassina AMROUNI
Publié le 02 oct 2018
Située dans la commune de Zoubiria, dans la wilaya de Médéa, Djebel Mongorno a été à la fin de l’année 1958 le théâtre de combats sanglants entre trois katibate de l’ALN de la Wilaya IV historique et les troupes de l’armée française.
Si M’Hamed Bougara
De dr. à g. : Ben Ali, M’hamed Bougara, Bachir Rouis, Mohamed Bounaâma, Omar Ben Mahdjoub, Si Belahcen.

En cette fin d’année 1958, le 29 décembre, plus exactement, trois katibate de l’ALN, en l’occurrence
« Ez-Zoubiria », « El Hamdania » et « El-Omaria » voient leurs premiers éléments déployés à travers les maquis de la zone II en vue de rallier le massif d’Ouled Bouachraa, à l’ouest de Médéa, à l’époque quartier général de la Wilaya IV, commandée par le colonel Si M’Hamed Bougara. Le but de ce déplacement ? Une importante rencontre visant à unifier les trois katibate pour en faire un seul bataillon capable de faire face et d’affronter sur le terrain des combats l’armée coloniale et déjouer sa stratégie militaire. On aura même choisi deux noms pour baptiser le futur bataillon : « Benbadis » ou « Souidani Boudjemaâ ».
Malheureusement, la rencontre n’aura pas lieu. Selon le moudjahid Benyekhlef Bouchrit, l’un des survivants de cette bataille, interviewé par l’APS, les moudjahidine ont eu vent de l’approche imminente de troupes de l’armée française. Aussi, les éléments des katibate qui étaient en déplacement vers le lieu de réunion recevront l’ordre de se déployer dans les maquis environnants et de ne pas rejoindre le lieu de réunion.
Le lendemain, dès l’aube, des éléments des katibate « Ez Zoubiria » dont faisait partie le moudjahid rescapé et « El Hamdania » prennent position sur les points culminants du massif. En dominant la zone, ils parviennent à la sécuriser et, en cas d’attaque, couvrir la retraite de leurs camarades qui se trouvaient déjà à Ouled Bouachraa.

Affrontement sanglant

Pour le moudjahid Boucherit, l’affrontement entre les éléments des katibate et les éléments de l’armée française était « inévitable », cette dernière ayant déployé les gros moyens – blindés, avions de combats, hélicoptères – pour venir à bout des éléments de l’ALN.
Aux alentours de 10h du matin, en ce 30 décembre 1958, les premières salves de tirs se font entendre du côté des moudjahidine qui, en prenant par surprise les troupes de l’armée française, vont les contraindre à stopper leur progression vers Ouled Bouachraa où se trouvait le gros des troupes de l’ALN, prêts à livrer bataille. Une fois l’effet de surprise passé, les forces ennemies vont recourir aux gros moyens pour combattre les moudjahidine. Voulant resserrer l’étau autour des moudjahidine, ils vont étendre la zone de combat pour former un rayon de plusieurs kilomètres, se rappelle encore le moudjahid, Benaissa Sabor qui combattait sur la première ligne du front.
Aux blindés qui canardaient sans discontinuer à terre, s’ajoutaient des bombes qui étaient larguées du ciel pendant plusieurs heures durant, par des « Jaguar », « T6 », « B26 » et « B291 ». Mais malgré tout cet attirail, les moudjahidine continuaient à faire front et à riposter avec courage et bravoure, résolus à en découdre avec cet ennemi qui, malgré tous ses moyens militaires et logistiques, semblait vacillant.
En effet, selon le témoignage du moudjahid Benaissa Sabor, plusieurs soldats de l’armée coloniale engagés dans cette bataille de Mongorno auraient refusé de combattre. Des éléments du régiment de tirailleurs, stationnés dans la région de Berrouguia feront carrément preuve de désobéissance, ce qui contraindra leurs supérieurs hiérarchiques à faire appel aux renforts, venus de Blida et d’Alger.
Les affrontements dureront toute la nuit avant de s’essouffler, au petit matin, seuls quelques tirs sporadiques continuent à déchirer le silence de l’aube.
Les moudjahidine rescapés de cette bataille sanglante et les quelques blessés réussissent à franchir les lignes d’encerclement établies par les forces ennemies. Des volontaires parmi eux, assureront le repli des troupes vers des zones plus sûres. Certains d’entre eux périront les armes à la main, rallongeant ainsi la liste des martyrs. On affirmera à ce titre que 140 valeureux martyrs tomberont au champ d’honneur, parmi les trois katibate.
Attaquée au napalm, la katiba « El Hamdania » sera presque entièrement décimée, toujours d’après le témoignage de Benyekhlef Boucherit, lui aussi blessé au cours de la bataille.
Du côté des troupes françaises, les pertes seront plus lourdes puisqu’on avance, selon certaines sources, le chiffre de 900 morts et selon d’autres, celui de 600 morts.
Au lendemain de cette bataille de Djebel Mongorno, beaucoup de changements auront lieu. Les responsables de l’ALN décideront d’accélérer la réorganisation des unités combattantes. En effet, après cette bataille, les katibate seront constituées d’un effectif réduit, ce qui facilitera leur mobilité sur le terrain. Par ailleurs, dotées d’un armement plus performant et militairement mieux entrainées, elles afficheront une plus grande efficacité sur le terrain des affrontements et de lutte.
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Hassina Amrouni

Source :
http://www.blida-aps.dz/spip.php?page=imprimer&id_article=3244 2/2

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