Les 639 martyrs de Oued Chouk
Bataille de Souk Ahras

Par Hassina AMROUNI
Publié le 31 oct 2018
Le 26 avril 1958, une sanglante bataille éclatait dans la région de Souk-Ahras. Ce sera l’une des plus grandes batailles de la guerre d’Algérie et l’une des plus longues aussi. Genèse.
Une partie de l’armement récupéré lors de la bataille de Souk Ahras, avril 1958
Tandis que la guerre de libération nationale boucle sa quatrième année, l’armée française dans toute sa force et sa grandeur multiplie les revers sur le terrain des combats face à une vaillante Armée de libération nationale, plus déterminée que jamais à libérer le pays du joug colonial. Alors que l’Algérie bénéficie de nombreuses aides de la part des pays voisins et frères, l’armée française décide, en juillet 1957, d’ériger le long de la frontière Est du pays la ligne Morice – plus de 400 km de lignes barbelées, électrifiées, minées et surveillées en permanence – afin d’empêcher les déplacements des moudjahidines du côté Est du pays et de les couper de leurs soutiens en Tunisie, notamment.Les Français disaient cette ligne complètement hermétique et infranchissable. Le FLN va prouver le contraire. Après avoir lancé des attaques à travers toute la frontière Est, dès le 28 janvier 1958, par le biais des katibas de l’ALN, acculant ainsi les troupes françaises qui multiplient les pertes humaines et matérielles, le 26 avril de la même année, la direction révolutionnaire du FLN décide de franchir la ligne Morice pour rompre l’étau établi aux portes de Souk-Ahras. Dans la nuit du 26 au 27 avril, les troupes du 4e bataillon, dirigées par le moudjahid Mohamed-Lakhdar Sirine (décédé en 2007), renforcées par deux katibas de la Wilaya II et une troisième de la Wilaya III historique, dirigées par Youcef Latrèche et Ali Aboud, se mettent en branle pour franchir la ligne de barbelés. Transportant un important lot d’armes, en provenance de Tunisie et destiné aux moudjahidine dans les maquis, les katibas ont pour instruction « d’éviter tout accrochage avec l’ennemi pour ne pas mettre en danger les moudjahidine et amenuiser les armes et munitions transportées », raconte le président de l’association des rescapés de cette bataille, le moudjahid Hamana Boulaâras. Malheureusement, le 4e bataillon finit par être repéré par les soldats français au moment où il tentait de forcer la ligne électrifiée à partir d’Ain Mazer près de Sakiet Sidi Youcef en Tunisie, en direction du village de Djebbar Omar, puis Oued Chouk pour atteindre ensuite Ain Sennour, Machrouha, Oued Cheham puis Dehaoura dans la Wilaya II historique.L’alerte est donnée et le 9e régiment de parachutistes portant la distinction de 1er régiment d’assaut de l’armée française est immédiatement dépêché sur les lieux.Accrochage à Oued ChoukL’étincelle de cette bataille a lieu sur le site montagneux de Oued Chouk. L’une des katibas riposte aux tirs de l’armée coloniale pour couvrir le passage de la caravane d’armes. L’affrontement est terrible mais, en dépit de l’inégalité des forces, côté Français, on est forcé de reconnaître que les moudjahidine ont un ascendant moral et psychologique qui leur permet de tenir face aux attaques ennemies. L’accrochage sanglant entre les membres de l’ALN et l’armée française va s’étendre jusqu’à Ouilène, non loin de la ville de Souk-Ahras puis vers les hauteurs de Hammam N’bails, dans la wilaya de Guelma. Selon Djamel Ouarti, professeur d’histoire au centre universitaire de Souk Ahras, « les forces engagées par l’armée française dans la bataille de Souk-Ahras étaient considérables et l’engagement était même comparé à une bataille de la Seconde Guerre mondiale ». Les forces coloniales déploient, en effet, un important dispositif matériel. Aux corps d’artillerie lourde et d’infanterie, vont s’ajouter des sections des 9e et 14e bataillons de parachutistes, le 1er bataillon de la légion étrangère et pas moins de 23 hélicoptères. En dépit de ces moyens colossaux, le 9e bataillon accuse sur le terrain une sérieuse déconvenue et peine à se dégager de l’encerclement au sud-ouest de Souk-Ahras. L’intervention des 2e, 4e, 9e, 14e et 18e commandos de parachutistes ne changera pas la donne. Le colonel Jeanpierre, chef du 1er Régiment de parachutistes (RP) est lui aussi appelé à la rescousse, sans résultat. Une centaine d’avions va alors intervenir, en utilisant le napalm sur les rescapés du 4e bataillon dont faisait partie Youcef Latrèche qui tombera au champ d’honneur au 4e jour de la bataille. Cette opération aérienne d’appui aux forces en action sur le terrain a lieu du 1er au 3 mai à El Mouadjen. Rescapées de l’encerclement établi par les forces d’occupation armées, des unités de l’ALN vont rejoindre l’intérieur du pays. L’une d’elles sera accrochée à Djebel Roknia, à 35 km à l’ouest de Guelma par le 1er régiment étranger parachutiste. Heureusement que les éléments d’autres katibas viendront les soutenir. Le colonel Jeanpierre sera abattu à bord de son hélicoptère. Les pertes sont importantes. Sur les 1300 moudjahidine engagés dans cette bataille, 639 mourront en martyrs, la plupart lors des attaques au napalm. La France, elle, comptera environ 300 soldats tués et plus de 700 blessés. Hassina Amrouni
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