Mabrouk Belhocine, acteur et témoin

Par Fateh Adli
Publié le 02 oct 2018
Né en 1921 à Chemini (wilaya de Béjaïa) et mort le 3 décembre 2016, Mabrouk Belhocine était l’un des rares protagonistes de la fameuse crise dite berbériste à avoir commenté cet épisode trouble de l’histoire du mouvement national.
Abane Ramdane
Amar Ould Hamouda et Bennaï Ouali
Mabrouk Belhocine
L'entèrrement de Mabrouk Belhocine le 3 décembre 2016

Cet ancien militant du mouvement national, avocat de profession et témoin privilégié de toutes les grandes mutations qu’a vécues le mouvement national, depuis la création du PPA jusqu’à la fin de la guerre de Libération, fait partie de cette catégorie d’intellectuels «progressistes» pleinement engagés dans la lutte pour la Libération, tout en étant conscients des contradictions qui minaient tout processus révolutionnaire. Son passage au GPRA, entre 1957 et 1962 à Tunis, l’a aidé à côtoyer de plus près les dirigeants de la Révolution, dont notamment Abane Ramdane qui fut un peu la coqueluche des intellectuels à cette époque. Même si Abane s’était lui-même très tôt démarqué de ce groupe taxé de « berbériste » ou de «berbéro-matérialiste», en voyant dans leur démarche une menace patente pour l’unité des rangs et pour l’idéal même du nationalisme.
Or, pour cet ancien protagoniste de la crise de 1949, aux côtés d’anciens militants de Kabylie qui ont contesté « l’ostracisme » de la direction du PPA/MTLD sous la conduite de Messali Hadj, cette crise « cristallise le clivage endémique entre une volonté d’émancipation idéologique, et donc foncièrement intellectuelle, et une organisation militante bureaucratisée et soucieuse d’abord de la discipline et de l’efficacité ».
Née au sein de la fédération de France du MTLD, en 1949, ce premier schisme dans le mouvement national a été provoquée par un groupe d’étudiants et de militants de tendance plutôt gauchisante, dont faisait partie Mabrouk Belhocine, aux côtés des Bennaï Ouali, Hennine et Sadek Hadjeres, accusés par la direction du parti de mener délibérément un « travail fractionnel » et, plus tard, de « complot berbériste », ce dont ces militants chevronnés se défendaient totalement. Ces jeunes militants « récalcitrants », « indisciplinés », appelés aussi
« les berbéro-matérialistes» réclamaient ce qu’ils appelaient «une rénovation idéologique du PPA/MTLD ».
Dans son témoignage, Mabrouk Belhocine dément catégoriquement la thèse selon laquelle le déclenchement de la crise de 1949 a été directement enclenchée à la découverte, par la police coloniale française, de documents en possession de Bennaï Ouali, corroborant ainsi l’existence d’un courant « fractionniste » au sein du parti. « La crise dite berbériste, explique-t-il, est née au sein de la fédération de France du MTLD. Etudiants et militants, nous avons tenté une démarche auprès de la direction de notre parti pour l’inviter à cesser les invectives et chercher une solution politique à la crise. Pour conforter la thèse du complot berbériste, la direction a fait état d’une lettre adressée par Bennaï Ouali à un de ses amis militants, lettre où il est question de «MCB» ou «MRB». Aucun de nous ne connaissait cette lettre ni ces sigles. Interrogé, Bennaï nous a confirmé avoir effectivement envoyé une lettre à son ami par l’entremise de son avocat, qui se trouve être un proche de la direction. Quant aux initiales, elles signifient « Mouvement Culturel Berbère », ou « Mouvement de Rénovation Berbère », référence à une activité culturelle, linguistique, sans connotation politique fractionnelle ».
Les purges qui ont ciblé les militants soupçonnés de berbérisme ont poussé un certain nombre d’entre eux à rejoindre d’autres partis, notamment le Parti communiste algérien (PCA), à l’exemple de Hachemi Hadjeres et Hennine. Mais Belhocine, lui, choisit d’adhérer au FLN. «Avec mes amis Hadjeres et Hennine, nous étions au diapason pour la rénovation idéologique du parti PPA-MTLD. L’opération n’ayant pas réussi, chacun a repris sa liberté pour choisir sa voie. Pour ma part, je me considérais comme nationaliste progressiste et non marxiste. L’échec du mouvement communiste international et la chute du mur de Berlin sont venus confirmer que dans la marche de l’humanité, la question nationale est encore d’actualité », soutient-il.
A noter que Mabrouk Belhocine a occupé, de juin 1958 à décembre 1959, les fonctions de directeur du département devenu ministère de l’Armement au sein du premier GPRA. De janvier 1960 à octobre 1961, il a exercé les fonctions de secrétaire général adjoint du ministère des Affaires étrangères. De novembre 1961 à mai 1962, il est chef de la mission du GPRA en Amérique latine. A l’indépendance, il est élu député à l’Assemblée nationale constituante et réélu en 1964.
Après le 19 juin 1965, Mabrouk Belhocine se retire de la vie politique et se consacre à sa profession d’avocat. En juillet 1992, il sera rappelé pour faire partie de la Commission d’enquête sur l’assassinat du président Mohamed Boudiaf.

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