L’armement de l’ALN sous le microscope des Français

Par Fateh Adli
Publié le 30 oct 2018
Ignorant presque tout de l’armement des «rebelles», les états-majors de l’armée coloniale avaient, au début, sous-estimé leurs capacités à s’équiper d’armes de guerre les plus sophistiquées et les plus modernes et en faire usage sur les champs de bataille. Puis, après la découverte des premiers réseaux de trafic chargés d’acheminer des armes et des munitions à travers les frontières Est et Ouest, les autorités coloniales se sont hâtées d’ériger des barrages fortifiés et électrifiés pour empêcher toute infiltration de matériels de guerre ou d’hommes. Mais, c’était compter sans la témérité et les tactiques mises en œuvre par les hommes de l’ALN pour briser le blocus et continuer, tant bien que mal, à approvisionner les maquis de l’intérieur en différents types d’armes.
Des passeurs d’armes de l’ALN arrêtés par les soldats français
Les combattants de l’ALN  sur le point de franchir la ligne Morice pour faire acheminer  les armes par l’Est
Une partie de l’armement récupéré lors de la bataille de Souk-Ahras, avril 1958

De son côté, l’armée d’occupation française redoublait à chaque fois de vigilance et d’ingéniosité pour couper les maquis de leur base-arrière en Tunisie et au Maroc. Appelée «la bataille des frontières» ou «la bataille du barrage», cette confrontation ouverte avec les caravanes d’armement de l’ALN connut son paroxysme durant les mois de février, mars et avril 1958. Au cours de ces trois mois, l’ALN aurait, selon la version colonialiste française, perdu entre les mains des forces de l’ordre, sur l’ensemble du territoire national, 3 877 armes de guerre, dont plus de la moitié fut interceptée sur le barrage Est et dans son voisinage immédiat dans des «combats meurtriers». Ces importantes saisies expliqueraient, en partie, les grandes frustrations ressenties par les moudjahidine de l’intérieur durant cette période cruciale de la lutte armée et qui amenèrent, à un moment, certains commandants de wilayas, et pas des moindres, à se révolter.
Durant donc une longue période, les maquis de l’intérieur semblaient comme coupés du monde extérieur, alors que les barrages fortifiés devenaient quasiment infranchissables aussi bien pour les compagnies de l’ALN venant de l’intérieur de se procurer des armes, que pour les milliers de nouvelles recrues initialement destinées à rentrer dans leurs wilayas d’origine par les frontières et qui resteront ainsi bloqués pendant si longtemps.
Paradoxalement, cette situation va grandement profiter au commandement de l’ALN, en ce sens que le regroupement durable des djounoud près des frontières lui permettra d’élever une armée forte de quelque 8 000 à 10 000 hommes bien équipés et bien entrainés, et qui vont renforcer les unités déjà existantes. Du coup, cette mobilisation au-delà des frontières va vite enrichir le potentiel intérieur de l’ALN de quelque 6 000 armes de guerre. Ce qui va permettre aux maquis, qui étaient au bord de l’asphyxie, de souffler et de reprendre rapidement la lutte.
Les historiens français ont établi au 1er mai 1958, le potentiel d’ensemble de l’ALN approximativement comme suit :
- à l’intérieur, 20 000 moudjahidine disposant de 20 000 armes de guerre, dont 850 collectives (fusils-mitrailleurs, mitrailleuses, mortiers, lance-roquettes); 20 à 30 000 moussebiline munis d’armes de complément
(fusils de chasse et pistolets);
- en Tunisie, 1 500 moudjahidine et 5 à 6 000 recrues à l’instruction, les uns et les autres dotés d’armes de guerre;
- au Maroc, 500 moudjahidine et 500 à 1 000 recrues à l’instruction, disposant en tout d’un armement de guerre encore inférieur à ces effectifs.

Les auteurs de ces estimations prennent en considération le déséquilibre dans la répartition géographique de l’ALN à l’intérieur du territoire national, où les deux tiers des effectifs se situent dans les Wilayas I (Aurès-Nemamchas), II (Nord-Constatinois) et III (Kabylie), qui étaient les premières venues à la Révolution, et qui comptaient à elles seules 12 500 combattants réguliers.
Ces statistiques recoupent globalement avec celles qu’on peut trouver dans les récits et autres témoignages des anciens responsables de l’ALN. Selon Benyoucef Benkhedda, qui a beaucoup écrit sur cette période charnière, l’armée dite des frontières était forte de quelque 36 000 hommes bien entrainés et bien équipés. Mais s’agissant des quantités d’armes acquises par les combattants de l’ALN, le calcul devient plus compliqué; parce que non seulement les sources d’approvisionnement des moudjahidine étaient si diverses et si fluctuantes qu’on ne pouvait pas comptabiliser à temps le nombre d’armes et de munitions qui parvenaient aux maquis, ni en connaitre les types. S’il est aisé pour l’armée coloniale de faire le décompte des lots d’armes, de munitions et d’effets vestimentaires récupérés par les combattants de l’ALN sur l’ennemi au cours des batailles et autres embuscades, la chose parait plus complexe, lorsqu’il s’agit des acquisitions effectuées auprès de marchands d’armes en Europe notamment, qui échappent de fait à la vigilance des services français. A cela s’ajoutent les différents types d’armes et de munitions fabriquées localement. On sait par exemple que les services du MALG ont mis en place des fabriques d’armes assez performantes sur le territoire marocain qui approvisionnaient régulièrement les maquis de l’Ouest.

Adel Fathi

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