Syphax et la rencontre de Siga
Ain Temouchent (206) AV J.C

Par La Rédaction
Publié le 31 oct 2018
Evidemment j’ai eu recours à la traduction du livre de Tite Live Histoire romaine XXIX, XXX, et du thème de Sophonisbe dans les principales tragédies de la littérature occidentale, dont Ricci Charles, Sophonisbe dans la tragédie italienne et française (Turin, 1904), Jean Mairet, Georges Scudéry, Pierre Corneille et l’Abbé François d’Aubignac.
De g. à dr. : Dr Mounir BOUCHENAKI : conseiller de la direction Générale de l’UNESCO – Dr Boudjemaa HAICHOUR : chercheur universitaire, ancien ministre – M’hamed Hacine FENTAR :  Professeur émérite à l’université de Tunis.
Dr Boudjemaa HAICHOUR :  Chercheur universitaire, ancien ministre
Madame Ouinez Labiba, Wali de Aïn Témouchent
De g. à dr. : Dr Boudjemaa HAICHOUR : chercheur universitaire ancien ministre – Pr Mohamed el Hadi Hareche : coordinateur scientifique du Colloque – Nouredine Yazid ZERHOUNI : ancien vice premier ministre - Dr Mounir BOUCHENAKI : conseiller de la direction Générale de l’UNESCO - Si El Hachemi Assad : Le président du Haut conseil de l’Amazighité (HCA),
Les fouilles du site de SIGA
Mausolée de Syphax à Ain Temouchent
Les participants au colloque de SIGA

Vers la fin du 3e siècle avant J.-C., les deux grandes puissances Rome et Carthage s’affrontent pour remporter le primat méditerranéen. Quelles en ont été les causes et quelles seront les conséquences ?
La cause initiale des guerres puniques fut le heurt des deux empires en Sicile, qui était en partie contrôlée par les Carthaginois. Au début de la première guerre punique, Carthage avait formé un vaste empire maritime et dominait la mer Méditerranée, alors que Rome avait conquis l’Italie péninsulaire.
Messine, occupée par des mercenaires révoltés, fut prise par les Carthaginois, ce qui provoqua l’inquiétude des Romains en raison de la position de la ville située à proximité des villes grecques d’Italie qui venaient de tomber sous leur domination. Le Sénat romain, au départ réticent à des hostilités avec Carthage, décida d’intervenir, sous la pression des propriétaires terriens de Campanie qui espéraient contrôler le détroit entre la Sicile et l’Italie. Appius Claudius Caudex traversa et prit par surprise la garnison punique de Messine, déclenchant le début de la guerre. Le gouvernement de Carthage commença à regrouper ses troupes à Agrigente, mais les Romains menés par Appius Claudius Caudex et Manius Valerius Maximus Corvinus Messalla prirent les villes de Ségeste et d’Agrigente après un siège de sept mois.
La première guerre punique dura de 264 à 241 au point que l’expansion carthaginoise rencontra l’impérialisme romain en Sicile. L’attaque de Sagonte par Hannibal suscita la deuxième guerre punique (218-201). 219 commence par l’extraordinaire épopée militaire que conduisit Hannibal, passant par la Gaule et franchissant les Alpes pour attaquer Rome en Italie.
La seconde guerre punique qui avait commencé en l’an 219 avant J.-C., n’était pas comme la première concentrée en Sicile et dans les Mers, mais avait embrasé toutes les contrées qui bordent la Méditerranée occidentale.
Nous sommes dans la dernière phase de la deuxième guerre punique. La Numidie se divise en deux royaumes, la Numidie orientale (royaume des Massyles) où règne Massinissa dans sa capitale Cirta (Cyrthe) et la Numidie occidentale (royaume des Massaesyles), où règne Syphax. Après la défaite d’Hannibal à Zama où les deux royaumes se sont unifiés.
En 210, Scipion l’Africain s’établit à Tarragone en Espagne pour frapper Hannibal dans ses approvisionnements. Il y mena des combats contre les généraux carthaginois, Magon et Hasdrubal, fils cadet d’Hannibal, vaincu et tué à la bataille du Métaure, et Asdrubal, fils de Giscon, père de Sophonisbe.
Et pour revenir à la rencontre de Siga, en 204 avec 35 mille hommes, Scipion passe en Afrique où il doit rechercher des alliés continentaux.
Son échec le contraint de renforcer sa logistique et ses approvisionnements et d’accepter une tentative de négociation conduite par Syphax dont Romains et Carthaginois sollicitent également l’alliance.
Syphax le plus puissant des Rois numides à l’époque de la 2e guerre punique y régna sur la Numidie occidentale, partie de l’Algérie actuelle comprise entre Alger et Oran. Il a d’abord été contre Carthage, l’allié des Romains (212), avec lesquels il signa un traité secret (206) ; mais il a fait défection à l’instigation de son épouse Sophonisbe. Il sera vaincu, fait prisonnier, et envoyé à Rome où il mourut de chagrin en prison (203).
Quant à son rival Massinissa, on disait de lui qu’il était un roi numide intelligent et opportuniste, conscient des avantages que lui procurait la situation géographique de son royaume. Il est né vers 240 et mourut nonagénaire. A 86 ans. Son père le fit élever à Carthage, où il est censé tombé amoureux de Sophonisbe.
Il participe aux côtés d’Hannibal aux opérations en Espagne. Mais Carthage donna Sophonisbe à son rival Syphax. C’est ainsi que Massinissa rallia alors le camp romain et participa aux opérations en Afrique. Scipion lui permit de marcher sur Cirta (Cyrthe). Sophonisbe l’y attendait, tous charmes offerts. Massinissa récupéra les terres prises à ses ancêtres. Il mourut pendant la 3e punique, après s’être soigneusement tenu en dehors du conflit.
À la fin de la Troisième Guerre punique, après plus de cents ans de conflit et la mort de centaines de milliers de soldats et de civils des deux côtés, Rome parvint à conquérir les territoires carthaginois et à détruire Carthage, devenant ainsi la plus grande puissance de la Méditerranée occidentale. Simultanément, après les guerres de Macédoine et la défaite de la monarchie des Séleucides, Rome étendit aussi sa domination vers la Méditerranée orientale (wikipédia).

Le secret des négociations Scipion/Massinissa

Ce que Syphax ne savait pas, c’est que l’alliance de Massinissa avec les Romains se tissait secrètement. La stratégie arrêtée entre Massinissa et Scipion est de frayer le chemin à son armée pour rejoindre l’Afrique. Selon Tite-Live, Scipion était enthousiaste de s’assurer un allié plus fidèle et plus sincère que Syphax (206 avant J.-C.). Mais Syphax dut encore changer de camp et devint plus puissant que jamais.
Lélius ayant fait une incursion sur les côtes d’Afrique pendant le séjour de Scipion en Sicile, Massinissa dépouillé de ses Etats vint le trouver près d’Hippone (Annaba), l’avertit de se garantir de la flotte carthaginoise et se plaignit des lenteurs de Scipion qui fut conseillé par Fabius de retarder l’expédition de deux ans. Syphax oublia la visite de Scipion et se laissa gagner à nouveau par les Carthaginois.
Adrubal, fils de Giscon, fut l’hôte à la fois de Syphax et de Scipion en même temps père de la célèbre Sophonisbe dont tous les auteurs anciens s’accordent à vanter sa beauté extraordinaire.
Au temps où Massinissa avait commencé à combattre pour Carthage, Sophonisbe lui avait été promise comme fiancée. Comme elle était jeune, le mariage fut retardé
Quelques années plus tard, Sophonisbe devint une femme dans toute sa splendeur. Asdrubal, connaissant les sentiments des Numides, est résolu à subjuguer Syphax face aux charmes de sa fille. Il réussit sans peine et le mariage de Syphax et de Sophonisbe fut consenti et consommé. Asdrubal en homme rusé semble avoir compromis Syphax auprès des Romains pour l’amener à rompre définitivement avec eux.

Le mariage de Syphax avec la reine Sophonisbe

Avec ce mariage, Syphax ne pouvait que combattre les Romains s’ils venaient à déclarer la guerre à Carthage, patrie de son épouse et de son beau-père. Scipion mettant de la modération dans ses relations avec Syphax essaie de gagner du temps et l’exhorta à ne point violer les lois de l’hospitalité. Il lui parla au nom de sa foi et de sa conscience. Il se hâta néanmoins de renvoyer les ambassadeurs numides.
Pendant que Syphax et les Carthaginois célébraient leu mariage par de grandes réjouissances croyant à la mort de Massinissa, ce dernier se cache dans une caverne qui lui permit de rentrer ensuite dans son royaume, perdant une grande bataille contre Syphax mais arrive à se joindre aux Romains (204 avant J.-C.). Avec l’arrivée des Romains, tout bascule et il importe de suivre les destinées de Massinissa et de Syphax, devenus les seconds de Rome et de Carthage dans cette grande lutte où ils terminèrent leurs démêlés.

La fin de Syphax prisonnier de Rome

Syphax apportait à ses alliés une armée, un trésor et de vastes ressources. Massinissa prit une part glorieuse à tous les exploits de Scipion et de Lélius, à la ruine d’Asdrubal et de Syphax et à la défaite de ce dernier à Zama. Syphax, dans un ultime combat, fut blessé et son cheval abattu. Il fut fait prisonnier conduit d’abord chez Massinissa qui goûta le plaisir de la vengeance, ensuite il fut livré à Lélius. Cirta, capitale de Syphax, tombe au pouvoir de Massinissa. Au moment où ce dernier entrait sous le vestibule du palais, Sophonisbe, fille d’Asdrubal, épouse de Syphax, se prosterna à ses pieds et lui parla :

L’adieu de Sophonisbe ingurgitant le poison

« Les dieux, votre courage et votre fortune vous ont rendu maître de mon sort. Mais il est permis à une captive d’implorer en suppliant celui qui est l’arbitre de sa vie et de sa mort, si vous m’accordez la faveur d’embrasser vos genoux et cette main victorieuse. Je vous conjure par la majesté royale dont nous étions encore tout à l’heure environnés, par le nom de Numidie qui vous est commun avec Syphax, par les divinités de ce palais que je prie de regarder votre arrivée plus favorablement qu’elles n’ont vu son triste départ.

Mourir que d’être prisonnière des Romains

Je vous conjure de m’accorder cette grâce, que vous décidiez vous-même de mon sort, quelles que soient vos dispositions à l’égard de votre prisonnière, de ne point souffrir que je tombe sous la superbe et cruelle domination d’aucun Romain. Quand je n’aurais été que la femme de Syphax, j’aurais toujours préféré la foi d’un prince Numide, né dans l’Afrique comme moi à celle d’un étranger. S’il n’y a que la mort qui puisse me soustraire à leur puissance, je vous conjure de me la donner ».
Tite-Live ne parle pas en racontant la dramatique histoire de Sophonisbe, des liens contractés en elle par Massinissa avant son mariage avec Syphax. Ce sujet avait été traité par Mairet, Corneille, Voltaire et d’autres. Massinissa retrouve sa promise Sophonisbe et se marie avec elle. Lorsque Syphax était enchaîné auprès de Scipion, il lui dit : « Quel démon t’a poussé à renoncer à l’alliance romaine et à préférer celle de Carthage qui t’avait toujours combattu ? Et Syphax de répondre :

Syphax accuse Sophonisbe de l’avoir précipité dans un abime

« C’est Sophonisbe, fille d’Asdrubal. Je l’ai aimée, pour mon malheur. Elle aime ardemment sa patrie, et est habile à persuader ce qu’elle veut. C’est elle qui m’a fait l’allié de Carthage, et qui m’a précipité dans cet abîme de maux. Prenez garde qu’elle ne séduise aussi Massinissa, et qu’elle ne l’entraine à son parti ». Scipion ordonna que Sophonisbe, femme de Syphax lui soit remise.
Accompagné de quelques soldats romains, Massinissa avait pris les devant en donnant le poison en secret à Sophonisbe en lui disant : « Prenez ceci où devenez l’esclave des Romains ! » Il n’ajouta plus rien et remonta son cheval, le cœur déchiré.
Sophonisbe montra la coupe à sa nourrice, et s’abstenant de toute plainte pour mourir avec dignité, avala le funeste abreuvage. Alors les Romains survinrent ; Massinissa n’eut qu’un cadavre à leur montrer.
Il fit de royales funérailles et retourna près de Scipion. Hannibal vaincu à Zama ; Scipion donna à Massinissa l’investiture de toute la Numidie (202 avant J.C).
Il reçut une couronne et une coupe d’or, une chaise curule, un spectre d’ivoire, une robe pourpre brodée, tous les ornements dont se paraient les triomphateurs, après avoir imposé à Carthage le traité qui termina la seconde guerre punique. Lélius avait été chargé par Scipion de conduire à Rome Syphax et les prisonniers numides les plus importants. Le Sénat délibéra sur le sort de Syphax et décida qu’il serait enfermé à Albe. Syphax ne tarda pas à y mourir de tristesse et d’ennui.
Telles furent les négociations de Rome et de Carthage avec les souverains numides avant la fin de la seconde guerre punique. Elles nous font comprendre toute l’importance que les deux rivales attachaient à l’assistance de de ces princes avec lesquels il signa un traité secret (206) ; mais il a fait défection à l’instigation de son épouse Sophonisbe. Il sera vaincu, fait prisonnier, et envoyé à Rome où il mourut de chagrin en prison (203).
Quant à son rival Massinissa, on disait de lui qu’il était un roi numide intelligent et opportuniste, conscient des avantages que lui procurait la situation géographique de son royaume. Il est né vers 240 et mourut nonagénaire. A 86 ans, il faisait encore des enfants à ses concubines. Son père le fit élever à Carthage, où il est censé tombé amoureux de Sophonisbe.
Il participe aux côtés d’Hannibal aux opérations en Espagne. Mais Carthage donna Sophonisbe à son rival Syphax. C’est ainsi que Massinissa rallia alors le camp romain et participa aux opérations en Afrique. Scipion lui permit de marcher sur Cirta (Cyrthe). Sophonisbe l’y attendait, tous charmes offerts. Massinissa récupéra les terres prises à ses ancêtres. Il mourut pendant la troisième guerre punique, après s’être soigneusement tenu en dehors du conflit.

(*) Par Dr Boudjemaâ Haichour
Chercheur universitaire, Ancien Ministre

GUERRE DE LIBERATION

Repère et Symbole

Le 1er novembre 1954

FIGURES HISTORIQUES
GRANDES DATES
MEMOIRE
UNE VILLE, UNE HISTOIRE