La cité héroïque
Histoire de la ville de Bordj Bou Arréridj

Par Hassina AMROUNI
Publié le 25 oct 2017
Située entre la Kabylie et les Hauts-Plateaux, à quelque 200 km à l’est de la capitale, Bordj Bou Arreridj est une ville chargée d’histoire, une histoire qui mérite d’être racontée.

Entourée de plaines et de montagnes (Medjana, Mourissan, Maâdid, Tafartast, Mansoura et les hauts-plateaux), Bordj Bou Arreridj culmine à plus de 900 mètres d’altitude.
Habitée depuis la période du mésolithique et néolithiques – en témoignent les morceaux de silex polis découverts sur les sites archéologiques mis au jour dans les communes de Tiglait, Bordj Bou Arreridj, Sidi M’ Barek Ghailassa, K’sour, Rabta et Belimour –, Bordj Bou Arreridj n’a jamais été désertée par l’homme, ce dernier trouvant sans doute que la région offrait toutes les commodités naturelles et géographiques pour une vie sédentaire.
Numides, Carthaginois, Romains, Vandales, Hammadites, Almohades s’y sont succédé, écrivant ainsi quelques-unes des pages d’Histoire de l’une des grandes villes d’Algérie. Les documents historiques relatifs à la région n’évoquent que très vaguement ces siècles passés. On sait que lorsque s’effondre l’empire romain, la région voit l’arrivée des Vandales avant d’être reconquise par l’empereur Justinien. Lors de la conquête arabe, la région connaîtra des affrontements entre Berbères et Arabes ,mais il reste que les documents historiques n’évoquent que très vaguement ces siècles passés ; néanmoins, on en sait un peu plus sur l’histoire quelque peu récente de la ville. Cette dernière est, en effet, liée à celle de la dynastie des Mokrani qui a régné sur le royaume des Ath Abbes ou Beni Abbes entre les XVIe et XIXe siècles et dont la kalaâ se trouvait sur le territoire ottoman de la régence d’Alger et dépendait du beylik de Constantine. Cette citadelle s’étendait sur la plaine de la Medjana (Bordj Bou Arreridj), territoire de la puissante tribu des Hachem dont les liens avec les Turcs étaient mus par des intérêts communs.
C’est aux soldats turcs du beylik de Constantine que l’on doit la construction de Bordj Bou Arreridj, place forte, destinée au contrôle de la Medjana dont ils perdirent le contrôle après avoir affronté les hommes d’El Hadj Ben Bouzid El Mokrani dont le règne s’est étendu entre 1735 et 1783.
Très vite, le fort destiné aux troupes militaires voit s’installer tout autour un bourg habité par une population venue des différentes tribus kabyles de la région. Le grand marché de la cité était fréquenté par les habitants des plaines alentour qui venaient, une fois par semaine, effectuer des transactions commerciales en vendant toutes sortes de produits de la terre ou d’élevage.

Colonisation française

Au lendemain de l’occupation française, la région est investie par les troupes coloniales mais si la ville leur semble sûre au départ, ils se verront contraints d’en renforcer les remparts et d’y faire quelques aménagements afin de se prémunir contre les attaques des autochtones, la guerre contre l’Emir Abdelkader et ses troupes leur ayant infligé une sérieuse leçon.
Ville de garnison au départ, Bordj Bou Arreridj s’agrandit donc pour devenir, le 6 novembre 1868, une commune mixte puis commune de plein exercice et ce, conformément au décret du 3 septembre 1870.
Cependant, le calme et la quiétude dans laquelle vivaient toutes les familles de colons vont très vite vaciller puisque le 16 mars 1871 quelque 6000 hommes menés par cheikh El Mokrani vont attaquer la ville mais ne parvenant pas à le prendre, ils levèrent le siège dix jours plus tard.
Cheikh El Mokrani sollicite alors le renfort de Cheikh El Haddad, chef de la confrérie Rahmaniya qui, dès le 8 avril, proclame le djihad. Son fils Aziz devient l’« émir des soldats de la guerre sainte ». Ce sont alors plus de 150 000 Kabyles qui seront engagés dans une insurrection populaire qui s’étendra d’abord à la Grande et petite Kabylie (Tizi-Ouzou, Fort-National, Draâ-el-Mizan, Dellys, Bougie, Bordj-Menaïel et Palestro) avant de toucher le massif des Beni Menasser (région de Cherchell), jusqu’au Sud (chott du Hodna et Batna, Touggourt ou Ouargla).
Quelque 250 tribus, soit un tiers de la population algérienne de l’époque, se sont soulevées contre le pouvoir colonial en place. Malheureusement, et en dépit de l’engagement de plus de 100 000 hommes dans les combats, le manque d’armes et l’absence d’une réelle coordination de guerre vont accélérer la défaite des autochtones. Le 5 mai 1871, Cheikh Mohamed El Mokrani meurt au combat près du village d’Aïn Bessam. Le 13 juillet, Cheikh El Haddad et ses fils sont, à leur tour, capturés, puis, le 20 janvier 1872, ce sera au tour de Boumezrag Mokrani de l’être, lui qui avait repris la tête des troupes au combat après la mort en martyr de son frère Cheikh Mohamed El Mokrani.
S’en suit alors une répression sanglante contre la population indigène. Aux milliers de morts viennent s’ajouter des villages entièrement rasés. Les insurgés capturés sont internés ou déportés dans les bagnes de Nouvelle-Calédonie, quant à la Kabylie, elle se voit infliger une amende de 36 millions de francs en or, tandis que 450 000 hectares de terres sont confisqués à leurs propriétaires et généreusement redistribués aux nouveaux colons.
Réduite en cendres durant cette insurrection, la ville de Bordj Bou Arreridj sera reconstruite en 1881, perdant au passage son aspect militaire, ses murs défensifs ayant été supprimés.
Après le déclenchement de la guerre de libération nationale, Bordj Bou Arreridj fera partie de deux wilayas distinctes,la Wilaya I et la Wilaya III. La région sera le théâtre de hauts faits d’armes comme les batailles de Dahaissa, Garn El Kebch, Sator… Plus de 3700 Bordjiens seront sacrifiés sur l’autel de la liberté.

Hassina Amrouni

Sources :
http://www.bibans-info.gov.dz/fichiers/Monographie/monographi.htm
https://fr.geneawiki.com/index.php/Alg%C3%A9rie_-_Bordj-Bou-Arreridj
www.memoria.dz (avril 2017)


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