Accueil L’aide de l’égypte à la Révolution algérienne

Par Fateh Adli, oct 2017.

De l’hymne national à « sawt al-arab »

Pays-pivot du monde arabe, l’égypte a très tôt attiré les nationalistes algériens et leur a fourni toutes les facilités pour porter, à travers le monde, la voix de l’Algérie combattante. Une vérité que rien ne peut occulter, en dépit d’un certain désamour né d’une malheureuse dispute sportive : les égyptiens ont été les premiers à chanter les louanges de la révolution du « malyoun chahid ».

Certains historiens ou commentateurs se plaisent aujourd’hui à contester aux Egyptiens ce rôle de soutien « désintéressé » à la lutte des Algériens pour leur indépendance, en mettant en avant notamment le postulat selon lequel le régime de Djamal Abdennacer a aidé la révolution algérienne dans l’unique objectif de consolider son projet panarabiste et de mettre a priori l’Algérie sous sa coupe. On a même dit qu’il a, par ses manœuvres, accentué les lignes de fractures entre dirigeants algériens en les montant les uns contre les autres. Or, cette analyse plutôt politicienne des relations historiques entre l’Egypte et l’Algérie ne résiste pas à la réalité des faits ayant jalonné cette longue fraternité entre les deux pays, forgée par le combat commun contre la colonisation, l’impérialisme occidental et pour la cause palestinienne.
Il faut rappeler que la présence des militants nationalistes algériens en Egypte, à commencer par les représentants du MTLD au fameux bureau du Maghreb arabe au Caire (qui formeront plus tard la Délégation extérieure du FLN), sans oublier les dirigeants des ouléma qui étaient là avant tout le monde, remonte au moins à la fin des années 1940, à l’époque où les Officiers libres n’avaient pas encore accédé au pouvoir.
Le soutien des Egyptiens au combat de leurs frères algériens prendra, après le déclenchement de l’insurrection du 1er novembre 1954, de multiples formes. D’abord, Le Caire assurera une protection continue et une couverture politique aux différentes représentations algériennes (MTLD, CCE, puis GPRA). Le gouvernement égyptien, à sa tête le président Mohammed Naguib, puis le colonel Nacer, savait pourtant qu’il prenait un gros risque en accueillant et en propulsant des chefs politiques de la guérilla algérienne. D’ailleurs, l’agression franco-anglo-israélienne de 1956 est perçue par les observateurs et historiens les plus sérieux comme une expédition punitive contre ce pays pour son soutien actif et assumé à la révolution algérienne.
L’Egypte a également aidé les Algériens en armement. Dans ses Mémoires intitulés Abdelnacer et la révolution algérienne, parus en 1984, le colonel Fathi El Dib, le redoutable chef des affaires du Maghreb au sein des services de renseignements égyptiens, donne un aperçu détaillé de cet apport qui a servi les maquis algériens. Sans doute, les statistiques fournies dans ce livre méritent-elles d’être recoupées par des sources algériennes, parce que le nom de l’auteur est souvent cité dans des polémiques où d’anciens cadres de la révolution algérienne lui reprochent, dans leurs témoignages, d’avoir notamment essayé de leur mettre des bâtons dans les roues.
A cela s’ajoute l’aide logistique dans divers domaines : bureaux, transport, moyens de communication… Quand on sait, par exemple, qu’un immeuble de cinq étages, avec toutes les commodités, a été mis gracieusement à la disposition du premier GPRA à partir de 1958, on mesure l’importance de cette solidarité unique dans les annales des révolutions contemporaines.
La formation est un autre segment dans lequel ce soutien s’est largement illustré, au vu du nombre d’étudiants et de cadres algériens admis dans des écoles ou universités égyptiennes. Beaucoup d’officiers de l’ALN ont suivi des formations dans des écoles de guerre au Caire.
Au plan culturel, la contribution des Egyptiens est sans égale dans l’histoire de la révolution algérienne. A commencer par le rôle galvaniseur sans nul pareil joué par les médias : la mythique « Sawt al-arab », émission radiophonique relatant chaque semaine les exploits des révolutions arabes, restera gravée dans la mémoire collective des Algériens. Les artistes égyptiens rivalisaient de discours pour exprimer leur amour de l’Algérie et de sa révolution. Tout le monde sait que c’est bien un musicien égyptien, Mohammed Fawzi, qui a composé l’éternel hymne national Qassaman, à la suite d’un concours organisé par la radio nationale égyptienne. On sait aussi que, par amour pour l’Algérie combattante, comme il en témoignera lui-même, il n’a pas accepté d’être rémunéré pour sa prodigieuse composition !
Dans le même registre, on peut citer le non moins mythique film de Youssef Chahine (1958), Djamila, qui dépeint, presque en temps réel, la bataille d’Alger. Il y a aussi le rôle joué par les poètes et écrivains égyptiens, qui dominaient alors la scène littéraire arabe, dans la défense de la cause algérienne, à travers des écrits qui parvenaient à tous les lecteurs de langue arabe.
Enfin, l’action politique et diplomatique menée sans relâche par le président Djamal Abdelnnacer, en faveur de la révolution algérienne, est de loin la plus emblématique et la plus efficace. Grâce à son rayonnement qui dépasse le monde arabe, le raïs égyptien réussira à intégrer la cause algérienne dans la mouvance tiers-mondiste dont il était un des membres les plus actifs. Il sera le premier chef d’Etat étranger à visiter l’Algérie après son indépendance. Tout un symbole !
Adel Fathi   

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Dans ce témoignage essentiel intitulé tout simplement : Abdelnacer et la révolution algérienne, paru en 1984, réédité en 1991, et dont une version en français a été publiée en Algérie en 2012, Fathi El Dib décrit cet

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