Martyrs sans sépultures
Tizi-Ouzou

Par La Rédaction
Publié le 25 oct 2017
La glorieuse révolution de novembre 1954 a vu tomber au champ d’honneur pas moins d’un million et demi de martyrs. Si l’écrasante majorité de ces valeureux chouhada ont eu leur sépulture, il n’en demeure pas moins que des milliers d’autres demeurent toujours sans tombe, selon des témoignages des familles de ces derniers.
Krim Belkacem, Mohamedi Said et Amar Ouamrane
Krim Belkacem, Mohamedi Said et Amar Ouamrane
Debout de g. à dr.    Mohand Oulhadj, Dr Benabid, Colonel Amirouche, Maitre youcef Benabid, Mohand Said Aïssani

La plupart de ces familles qui sont à la recherche des tombes de leurs valeureux martyrs pour se recueillir à leur mémoire ne connaissent même pas le lieu où sont enterrés leurs chouhada. Et l’espoir de retrouver trace de leurs ossements s’amenuise à chaque fois qu’un moudjahid qui pourrait orienter ces familles décède. L’âge avancé des moudjahidine encore en vie affectant la mémoire de la majorité d’entre eux réduit la possibilité de retrouver les lieux où sont tombés ces martyrs qui ont sacrifié leur vie pour libérer le pays du joug colonial français. A Tizi-Ouzou comme dans toutes les wilayas du pays, soixante-deux ans après le déclenchement de la guerre de libération et cinquante-quatre ans après le recouvrement de notre indépendance nationale, plusieurs familles ne savent toujours pas où sont enterrés leurs proches et ce en dépit de pénibles recherches qu’elles n’ont jamais cessé d’effectuer. A Tizi-Ouzou, pratiquement toutes les stèles érigées à la mémoire des martyrs à travers différents villages portent des mentions « chahids inconnus ». Ces derniers sont enterrés dans des fosses communes, soit pendant la guerre de libération soit à l’indépendance nationale, par les villageois qui, par ignorance n’avait pas jugé nécessaire d’identifier ces martyrs auprès des rescapés et autres chefs de l’ALN. L’essentiel pour ces villageois c’est de les enterrer et d’éviter qu’ils soient profanés par l’armée coloniale. Interrogé par nos soins sur le nombre de chouhada sans sépulture que compte la wilaya de Tizi-Ouzou, le directeur des moudjahidine de cette wilaya nous a avoué que sa direction ne dispose d’aucun fichier de recensement de ces martyrs sans tombes, signalant toutefois qu’ils seraient très nombreux. Le directeur nous a également fait part de l’ingéniosité de l’idée de procéder au recensement de tous les martyrs sans sépulture de la wilaya de Tizi-Ouzou. Un membre du bureau des moudjahidine a révélé qu’il ignore le nombre de chouhada de la wilaya qui ne disposent toujours pas de sépulture. Tout le monde se dit ne pas comprendre que des milliers de chahid demeurent toujours sans sépultures 54 ans après l’indépendance nationale. Ce travail d’identification de ces martyrs aurait dû se faire au lendemain de l’indépendance où des moudjahidine pouvaient indiquer les lieux et régions où sont tombés ces martyrs, nous a-t-il déclaré, en ajoutant que cette mission sera difficile aujourd’hui eu égard à la disparition de la majorité des témoins et l’âge avancé des autres. Si certaines familles ont pu retrouver les lieux où sont tombés au champ d’honneur leurs martyrs grâce aux témoignages de moudjahidine qui les avaient connus, comme cette famille de Béjaia qui a pu se recueillir sur la tombe d’un de ses martyrs au village Aggouni Arous (Béni Douala) et visiter le refuge qui a abrité ses valeureux martyrs avec d’autres moudjahidine, la maison de la famille du chahid Mohand Oulmouloud, en l’occurrence, qui était chef de ce refuge, des milliers d’autres familles ignorent toujours les lieux où sont tombés leurs enfants et pères chahid. Les héritiers légaux de ces «chouhada sans tombes» détenant des attestations communales espèrent toujours retrouver le lieu où ont été enterrés leurs martyrs pour qu’ils puissent au moins les visiter et éventuellement rapatrier leurs ossements et les enterrer dans les cimetières des martyrs où familiaux, même s’ils sont conscients de la presque impossibilité de cette mission étant donné que ces martyrs inconnus ont été enterrés dans leur écrasante majorité dans des fosses communes improvisées sur les lieux mêmes où ils étaient tombés les armes à la main. L’identification de tous ces martyrs « inconnus » nécessiterait beaucoup de temps et de moyens, notamment des tests ADN, nous a indiqué ce membre de l’association de la fédération FLN de France. Il faut rappeler que certaines familles comptent entre deux à trois chahid sans sépultures et ne connaissent toujours pas les lieux où ils ont été enterrés. Certaines ne connaissent même pas la région où la wilaya où leurs martyrs sont enterrés.  Même si aucun recensement officiel des chouhada sans sépultures n’a établi par le ministère des moudjahidines, des stèles dédiées aux martyrs de la glorieuse révolution de novembre 1954 à travers tout le territoire national sont toutefois là pour nous renseigner un tant soit peu sur leur nombre important. Ces chouhada sont désignés au niveau de ces stèles et autres cimetières sous l’épitaphe : « Martyrs inconnus ».                   

Bel. Adrar

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