La bataille de Tient, près de Ghazaouet

Par Hassina AMROUNI
Publié le 26 oct 2017
Le 29 mars 1955, un bateau, le « Dina », fait naufrage à Ras El Ma, petit village de pêcheurs marocains à l’est de Nador. A son bord, des tonnes d’armes destinées à la révolution algérienne.
Groupe de Moudjahidine de la zone 2 wilaya 5
Des soldats français effectuant une fouille dans la zone 2 wilaya 5

Ce modeste petit village, situé à la frontière algéro-marocaine, sera, durant la révolution de novembre 1954, une zone hautement stratégique, du fait de sa position géographique. C’est par là, en effet, que les moudjahidine parvenaient à franchir les frontières du pays, notamment lors des ratissages effectués dans la région par l’armée française.
Théâtre d’une intense activité révolutionnaire, la Wilaya V fera l’objet d’une surveillance intense de la part des autorités coloniales qui, pour isoler la population et l’empêcher de fournir l’aide nécessaire aux moudjahidine, multiplieront à l’encontre des pauvres villageois les campagnes d’intimidation, de vexation et de destruction de biens.

La « Barbe », l’officier despote

L’un des officiers chargés de mener ces descentes terroristes dans les bourgades de Tient et de Djemaâ Sekhra sera un certain La Barbe, réputé pour sa cruauté et sa violence pratiquée, sans ménagement et sans distinction, à l’encontre des grands et des petits, des forts comme des plus faibles.
Vivant dans un climat délétère et exposés quotidiennement à l’arrogance et à la sauvagerie de cet officier et de ses hommes, les villageois décident d’informer les responsables de l’ALN de leur situation. Ces derniers ne tardent pas à prendre des mesures afin de mettre fin au supplice des pauvres villageois.
Etudiant les allées et venues de La Barbe, ils décident de lui tendre une embuscade entre la ville de Ghazaouet et le village de Djemaâ Sekhra, le 17 avril 1956. Les moudjahidine peaufinent leur plan d’attaque, en prenant place par groupes des deux côtés de la route. Tapis dans les buissons, ils attendront patiemment que le convoi militaire apparaisse. Ils ne tarderont pas à apercevoir la Jeep à bord de laquelle se trouvent La Barbe et son chauffeur. Une fois à portée du viseur, les moudjahidine ouvrent le feu à l’aide d’un fusil mitrailleur. Le conducteur de la Jeep meurt sous les tirs de feux nourris, tandis que La Barbe, blessé, sera enlevé et conduit au village de Tient.
Dès le lendemain, les troupes de l’armée française encerclent le village à la recherche de l’officier enlevé par l’ALN. Leur quête sera facilitée par les informations précieuses fournies par des harkis qui les guideront sur les traces des moudjahidine. Tout le village est bouclé et la cachette des moudjahidine encerclée par des dizaines de militaires lourdement armés.
Face au refus des maquisards de se rendre, l’armée coloniale déclenche les hostilités, en abattant sur la modeste demeure dans laquelle s’étaient repliés les moudjahidine un déluge de tirs. Tout en ripostant pendant de longues heures aux assauts des troupes coloniales, les moudjahidine décident d’exécuter La Barbe pour lui éviter de s’en sortir vivant. Ils entreprennent ensuite d’allumer un feu qui se propagera dans le village, pour pouvoir prendre la fuite. Retirés non loin de la zone cernée, ils soignent leurs blessés et pleurent leurs 43 martyrs. Du côté ennemi, plusieurs victimes sont également à déplorer. En effet, outre le sanguinaire La Barbe, les Français ont aussi perdu 17 soldats qu’ils décident de venger dès le lendemain en investissant le village de Tient, détruisant et brûlant tout sur leur passage. Cette descente punitive durera une longue et interminable semaine. Période durant laquelle, toutes sortes d’exactions seront commises à l’encontre des pauvres habitants. Et dans un acte d’ultime abjection, ils exécutent une fillette de 12 ans, semant encore plus la terreur parmi les habitants. Ne parvenant pas à retrouver les moudjahidine, les autorités coloniales font venir des renforts des régions avoisinantes afin d’élargir les opérations de ratissage mais ce sera peine perdue. Les moudjahidine restent introuvables et les villageois, malgré toute l’horreur qu’on leur fera subir resteront fidèles au sermon de novembre.

Hassina Amrouni

Source :
https://fr-fr.facebook.com/Beghaouen.Memoire.Et.Gloire
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