L’action du CICR en Algérie
« L’humanitaire au cœur de la guerre d’Algérie » de Saïd Oulmi projeté à Alger

Par Hassina AMROUNI
Publié le 26 oct 2017
Le 12 septembre dernier, « L’humanitaire au cœur de la guerre d’Algérie » de Saïd Oulmi a été projeté en avant-première à la salle Ibn Khaldoun, à Alger.
1959, liberation de prisonniers algériens sous les auspices du CICR

Produit par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), ce film documentaire a été diffusé à l’occasion du 40e anniversaire des protocoles additionnels aux Conventions de Genève et du 57e anniversaire de l’adhésion de l’Algérie aux Conventions de Genève.
Etaient présents à cet événement, la chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge en Algérie (CICR) Catherine Legendre, l’historien et membre du comité François Bugnion, le Directeur général des archives nationales, Abdelmadjid Bouchikhi, des représentants du corps diplomatique accrédité en Algérie et plusieurs autres invités dont des témoins vivants et acteurs de cette période de l’Histoire de l’Algérie.
Les archives du CICR, première source documentaire
D’une durée de 42 mn, le film documentaire revient sur la période allant de février 1955 jusqu’à l’indépendance, durant laquelle le CICR a mené 10 missions au cours desquelles ont été visités 586 lieux de détention.
Se basant sur les archives du CICR, rendues accessibles cinquante ans après les faits, le réalisateur -absent lors de cette projection- s’est également appuyé sur les témoignages d’anciens membres du CICR et acteurs de l’époque, à l’image de Pierre Gaillard ou François Bugnon, très investis dans leur mission d’aide aux prisonniers se trouvant dans les centres de détention, les prisons coloniales, les camps de réfugiés, les centres militaires d’internement, les centres de triage et de transit ou les hôpitaux, tant en Algérie qu’en France mais aussi au Maroc ou en Tunisie. Il a, par ailleurs, fait parler plusieurs hommes politiques, membres du FLN comme le regretté Redha Malek et l’ancien ministre des affaires étrangères, Mohamed Bedjaoui mais également des moudjahidine, prisonniers de la France à l’image de Lamine Bechichi, Abdelkader Guerroudj, Aissa Zeddam, ancien détenu de la prison Kasr Tir (Sétif), Messaoud Chelik, prisonnier à Lambèse (Batna) qui ont témoigné du « rôle positif » joué par le CICR dans l’amélioration de leurs conditions de détention.

Demande d’intervention en Algérie

Tout commence au lendemain du déclenchement de la guerre de libération nationale, lorsque le Comité de la Croix-Rouge adresse au président du Conseil, Pierre Mendès-France, une lettre lui demandant l’autorisation d’intervenir en Algérie. Le gouvernement français accède à la requête du CICR qui entame, dès 1955, ses premières missions dans une Algérie livrée à la disette populaire, à l’exode et aux fléaux sanitaires.
Les visites effectuées par les représentants du CICR étaient, certes, régies par des « règles strictes », néanmoins, ils parviendront à effectuer leur mission avec célérité et efficacité. Pierre Gaillard, délégué du comité en cette période, décédé peu après la réalisation du film, était selon François Bugnon « la cheville ouvrière de la délégation ». Gaillard était, en effet, chargé de l’inspection et de la rédaction des rapports sur les conditions de vie dans ces camps de détention. Il jouera, encore, un rôle décisif dans la négociation de la libération de prisonniers sur le sol algérien et en France. Il confiera dans son témoignage : « Quand on découvre un peuple dans la douleur, on voit mieux ses problèmes et on les ressent mieux ».
Le film revient aussi sur les démarches entreprises par le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), au lendemain de la création du Croissant-Rouge algérien en 1957, pour intégrer le Comité international de la Croix-Rouge, démarches qui aboutiront à la  signature du protocole d’adhésion en 1960, lors du congrès de New Delhi. 

Le CICR et l’Algérie

La création du Comité international de la Croix-Rouge est intimement liée à l’Algérie. Fondée par l’homme d’affaires suisse Henry Dunant, ce dernier a effectué plusieurs voyages en Algérie avant de décider d’y créer une minoterie : la Société anonyme des moulins de Mons-Djamila en 1858. Sur place, l’administration coloniale lui dresse toutes sortes d’embûches qui, selon Marc Descombes auraient « pour origine son désaccord quant aux méthodes coloniales et son attitude jugée peut-être trop humanitaire par rapport aux autochtones ».
Il sollicite alors l’aide de Napoléon III qu’il projette de rencontrer à Castiglione, près de Solferino en Italie. Mais la bataille qui survient peu avant cette rencontre, entre Français et Autrichiens va pousser Dunant à créer une société de secours afin d’apporter de l’aide et des soins aux très nombreux blessés dans les deux armées. C’est alors que naît en 1863, le Comité international de la Croix-Rouge.
Au lendemain du déclenchement de la guerre d’Algérie, le CICR n’hésite pas à proposer des missions d’aide humanitaire et ce, conformément à l’article 3 des conventions de Genève, ratifiées par la France. Une demande est adressée le 1er février 1955, par le délégué du CICR à Paris, William Michel, au président du Conseil français, Pierre Mendès France, dans laquelle il demande que le CICR puisse exercer « sur les territoires de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie, certaines de ses activités traditionnelles », l’accord est signé dès le lendemain.
Une première série de visites est effectuée au Maroc, entre février et mars 1955 où les délégués du CICR rendent visite à quelques 2000 prisonniers détenus dans 41 établissements. Les visites en Algérie, débutent à partir du mois de mars de la même année.
Le CICR entreprend en parallèle des démarches afin d’aboutir à un meilleur respect du droit humanitaire international par les parties belligérantes. Démarches qui se solderont par la décision de la délégation algérienne du Caire, le 23 février 1956, d’appliquer les conventions de Genève à tous les prisonniers « sous réserve de réciprocité de la part du Gouvernement de la République française ». Le gouvernement français reconnaîtra officiellement, le 23 juin 1956, l’applicabilité de l’article 3 commun des conventions de Genève au conflit algérien. Toutefois, cet article signifie que le conflit armé est non international. Aussi, le CICR va s’activer pour obtenir la reconnaissance par la France du statut de prisonnier de guerre aux combattants de l’ALN. Ce sera chose faite dès le 19 mars 1958 avec l’ouverture de camps spéciaux pour les combattants de l’ALN.
Le CICR va également servir d’intermédiaire neutre pour la libération de prisonniers de guerre détenus dans les deux camps. Le 20 octobre 1958, l’ALN libère les quatre prisonniers qui avaient été visités par le CICR au début de l’année. Le 4 décembre, ce sont huit autres militaires qui sont remis au CICR au siège du Croissant-Rouge marocain à Rabat. À la fin de l’année 1959, ce sont quarante-cinq Français qui sont remis au CICR par l’ALN. Le FLN donne, en outre, le droit aux prisonniers français de communiquer avec leurs familles : au cours de l’année 1958. De l’autre côté, en décembre 1958, dix prisonniers algériens sont libérés.

Aide du CICR à la population

Outre l’aide aux prisonniers de guerre, le CICR jouera un rôle important auprès de la population algérienne privée de tout, dès le lendemain de la colonisation française en Algérie. Les premières actions de secours concernent la population déplacée, c’est-à-dire quelques 40 000 personnes réfugiées au Maroc et 5000 en Tunisie. Vivres, vêtements et couvertures sont distribués avec l’aide du Croissant-Rouge tunisien. Mais les conditions de vie sont tellement déplorables que la XIXe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge adopte à l’unanimité une résolution dénonçant les « conditions de vie des réfugiés algériens et lance au monde un pressant appel » pour « écarter le grave danger qui menace l’existence de ces innocentes victimes de la guerre ».
En 1959, le CICR estime à plus d’un million le nombre de personnes déplacées en Algérie. Les secours s’organisent à travers tout le pays avec la mise en place d’équipes itinérantes d’infirmières, distributions de vêtements, de nourriture…etc
Le 5 janvier 1960, le journal Le Monde publie une synthèse de rapports de missions du CICR. Bien que confidentiels, ces documents ont été remis au quotidien par Gaston Gosselin, membre du cabinet du ministre français de la Justice de l’époque. Cet ancien résistant et déporté lors de la Seconde Guerre mondiale, choqué par le drame vécu par le peuple algérien à cause du colonialisme français, voulait dénoncer cette injustice et la dévoiler à la face du monde.
Hassina Amrouni
Sources :
www.aps.dz
http://www.liberte-algerie.com/contribution/les-actions-du-cicr-pendant-...
*Divers articles de la presse nationale

CONTRIBUTION

Le choix du retour dans une Algérie dévastée

Cheikh Abdelkader El-Medjaoui (1848-1914)

FIGURES HISTORIQUES
GRANDES DATES
MEMOIRE

Une grande figure de la Révolution

Décès du moudjahid Mohamed Lemkami

MOUVEMENT NATIONAL
UNE VILLE, UNE HISTOIRE

La cité héroïque

Histoire de la ville de Bordj Bou Arréridj