Une héroïne de la guerre d’Algérie
Malika Gaïd

Par Hassina AMROUNI
Publié le 25 oct 2017
Née dans une famille de lettrés de la Petite-Kabylie, Malika Gaïd aurait pu mener une vie d’insouciance mais elle fera le choix de sacrifier le petit confort matériel qui était le sien pour monter au maquis et offrir sa vie en sacrifice pour l’idéal de liberté et de dignité.
Malika Gaid, première à gauche
De g. à dr. : Malika Gaid, Akli Mazouzi et Khadidja Lesfer Khiar

Issue d’une famille de révolutionnaires, Malika s’est abreuvée aux sources du nationalisme dès le jeune âge. Ses deux frères Tahar – militant au sein du PPA/ MTLD, emprisonné en 1956 – et Mouloud – grand militant syndicaliste, adjoint de Aïssat Idir–,seront pour elle, des modèles dont l’engagement pour la Révolution de novembre 1954 se soldera par un ultime sacrifice : le sien.

Enfance à Belcourt

Benjamine d’une nombreuse fratrie de sept filles et garçons, Malika voit le jour le 24 août 1933. Contrairement à ses frères et sœurs, tous nés à Thimenkache, village adossé aux montagnes des Ath Yaâla (Guenzet), en Petite-Kabylie, dans le nord de Sétif, la petite dernière de la famille Gaïd verra le jour dans le quartier populaire de Belcourt à Alger où ses parents venaient de s’installer. Son père Mohand Amokrane avait quitté son poste d’enseignant au village – il eut comme élève un certain Fodhil El Ouartilani – pour être embauché à la CRFA de Belcourt, actuelle Etusa de Belouizdad.
Après l’obtention du certificat d’études primaires (CEP), en 1945, elle est admise à l’école paramédicale de Sétif, en 1948, elle en ressort en 1951 avec un diplôme d’infirmière sage-femme et travaille à l’hôpital de Kherrata durant quelques mois. Elle est ensuite mutée à Lafayette (Bougaâ), puis à Guenzet où elle est maintenue jusqu’à l’été 1956.
Durant cette période, la jeune fille, animée par une foi patriotique sans bornes, voit grandir son sentiment d’engagement contre l’injustice qu’elle côtoie au quotidien, dans cette Algérie pré-révolutionnaire. Son frère Tahar témoigne de cette hargne qui animait sa sœur et de la volonté de cette dernière de militer pour ne pas rester en marge de ce mouvement en marche pour la liberté : «En 1953, nous habitions Bordj-Bou-Arréridj. Comme nous étions des militants du PPA, nos responsables nous avaient chargés de coller des affiches exigeant la libération de Messali Hadj. Au centre-ville, il y avait tant de policiers que nous n’avions pas osé faire notre travail. C’est elle qui est sortie, toute seule, à une heure du matin pour coller les affichettes. Elle n’avait que 20 ans. » Et d’ajouter: «En octobre 1955, elle fait, toute seule, le voyage de Guenzet vers Alger. Comme je travaillais avec Abane Ramdane, elle m’a demandé de solliciter pour elle l’autorisation de monter au maquis. Seulement, Abane était réticent parce que, selon lui, la société algérienne n’était pas encore prête à voir une femme au maquis ».
Téméraire et résolument décidée à jouer un rôle effectif dans cette page d’Histoire qui est en train de s’écrire avec le sang des martyrs algériens, Malika attendra patiemment que son heure de gloire arrive.

Rencontre avec le colonel Amirouche

Alors qu’elle travaille comme infirmière à Guenzet, Malika se met au service de la population avec beaucoup de dévouement et d’altruisme mais elle ne perd pas de vue son objectif de rejoindrele maquis, pour elle, ce n’est qu’une question de temps.
En 1956, les moudjahidine investissent la région de Guenzet pour venir à bout du maquis du tristement célèbre Bellounis, installé au mont de Thilla. Une fois ce dernier chassé de là, les troupes françaises s’y déploient pour maintenir la région sous vigilance. C’est à ce moment que le colonel Amirouche conseille à Malika de monter au maquis, elle qui s’était déjà fait remarquer auprès des autorités coloniales, en détournannt des médicaments de la structure de santé dans laquelle elle travaillait au profit des moudjahidine. Si elle n’hésite pas à rallier le front, elle émet tout de même une condition, à savoir «ne pas se limiter au seul rôle de simple infirmière : avoir sa tenue militaire et son arme de guerre», confiera à ce sujet son frère Tahar.
Au front, Malika Gaid jouit du respect et de la considération de tous ses collègues moudjahidine mais aussi de ses supérieurs hiérarchiques. Ces derniers l’autorisent en août 1956 à assister au congrès de la Soummam, en tant qu’infirmière des participants. Un privilège qui ne sera accordé à aucune autre femme.
A peine, un an plus tard, le 28 juin 1957, elle tombe au champ d’honneur, les armes à la main.
Alors qu’elle se trouvait près du hameau d’Iwaqouren sur le versant sud du Djurdjura, où était installée une unité d’infirmerie de l’ALN, Malika est, en effet, repérée par les paras du sinistre Bigeard, auxquels elle oppose une résistance farouche. Une fois à court de munitions, elle sait que désormais son destin est scellé, elle crie alors « Tahya El Djazair », comme dans un ultime désir de défier ses adversaires. A sa capture, elle administre à un harki une gifle magistrale et ce dernier n’hésitera pas à lui tirer dessus, lâchement, à bout portant de trois balles à l’abdomen et deux balles à la poitrine.
A la mort de Malika Gaid, le colonel Amirouche adresse une lettre à sa famille dans laquelle il leur témoigne de sa bravoure et de son courage mais surtout de son engagement jusqu’à son dernier souffle pour la cause nationale.

Hassina Amrouni

Sources :

http://lequotidienalgerie.org/2017/07/06/malika-gaid-une-icone-de-la-gue...
*Articles de la presse nationale

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