Les premières fournitures d’armes

Par Fateh Adli
Publié le 25 oct 2017
L’Egypte a été sans doute le premier pays frère à avoir fourni des armes à la révolution algérienne de façon régulière et en quantités conséquentes, et ce dès les premiers jours du déclenchement de la lutte. Selon le colonel des services de renseignements égyptiens, Fathi El Did, qui consacre tout un chapitre à cette question dans ses Mémoires (voir article par ailleurs), « les services égyptiens avaient commencé dès le 1er octobre 1954, c’est-à-dire un mois jour pour jour avant le déclenchement de la lutte armée en Algérie, les préparatifs en vue de procurer le plus rapidement possible des armes légères et des munitions pour renforcer les unités activant dans les zones (futures Wilayas) de l’Est algérien notamment. L’auteur explique que cette action a été axée en priorité sur la région des Aurès, considérée comme «la base principale pour le soutien des autres wilayas ».
Fethi Dhib
Mohamed Boudiaf
Ahmed Ben Bella, Djamel Abdennacer et Bourguiba
Ahmed Ben Bella, Kroutchev et Djamel Abdennacer aprés l’indépendance
Au Caire en 1957. De g. à dr.  Krim Belkacem, Fathi Dhib, Abane Ramdane, M’Hammed Yazid, Lamine Debaghine, Saâd Dahlab, Benyoucef Benkhedda et Ferhat Abbas

Un accord a été conclu avec Ben Bella, l’interlocuteur privilégié des Egyptiens comme on l’a vu, pour faire passer les armes en Algérie par la frontière tunisienne. Ces armes auraient été achetées dans des camps anglais de la province de Barka par des Libyens, qui s’étaient chargés de les convoyer jusqu’à la frontière tunisienne. Fathi El Dib affirme qu’un acompte de 3000 livres égyptiennes (une somme conséquente pour l’époque) avait été donné à un agent égyptien installé à l’ambassade d’Egypte à Tripoli, en lui précisant le type d’armes à se procurer. Il s’agit de 28 fusils, 8 mitrailleuses Bren et 3 Sten, ainsi qu’une quantité de munitions britanniques.
Un incident grave, l’assassinat du chef du protocole royal libyen, obligea les services secrets égyptiens à changer de plan. Ils demandent alors directement à Ben Bella de piloter l’opération, en se rendant immédiatement en Libye, muni d’une somme d’argent plus importante (5000 livres) pour acheter dans la capitale libyenne la plus grande quantité possible d’armes et de munitions dans la base navale américaine, puis les acheminer directement en Algérie.
Ben Bella avait, entre-temps, rencontré Boudiaf en Espagne, avec qui il devait prendre contact, ainsi qu’avec les représentants de la résistance marocaine pour déterminer le jour J du déclenchement simultané de la lutte armée en Algérie et au Maroc. Selon des témoignages recoupés, les armes achetées par Ben Bella ont été acheminées à dos de chameau en Tunisie, par la frontière libyenne, en deux étapes. La première jusqu’à une zone de stockage en Tunisie, et la deuxième, de cette zone à travers la région de Kef, par les Algériens eux-mêmes, jusqu’aux Aurès. C’est ainsi que le premier envoi d’armement est parvenu aux combattants algériens.
  Ce premier succès amènera les autorités françaises à exercer des pressions intenses sur Tripoli, via l’armée britannique qui y avait une importante base, pour durcir les mesures de contrôle et de répression contre tout trafic d’armes sur le sol libyen et, par ricochet, contre l’activisme pro-algérien dans toute la région d’Afrique du Nord. Les Egyptiens avaient alors deux choix : acheter et livrer des armes et munitions par l’intermédiaire de trafiquants internationaux, ou fournir par eux-mêmes des armes provenant des réserves de l’armée égyptienne, en utilisant la marine militaire pour leur transport vers les régions où elles pourraient être en sécurité, en attendant leur acheminement vers l’Algérie. C’est cette deuxième option qui sera finalement retenue, sur insistance de Ben Bella, qui réclamait des fournitures rapides et en quantités conséquentes, pour faire face à des besoins croissants dans les maquis intérieurs.
  L’armée égyptienne, après avoir eu le feu vert indispensable du président Nacer, décida alors d’affecter l’un des navires de sa flotte pour le transport, alors qu’elle savait le risque qu’elle encourait, avec les Français, dans le cas où cette mission serait découverte. L’opération fut confiée au général Izzet Soleiman, en coordination avec Fathi El Dib. Cette cargaison d’armes et de munition devait être déposée et cachée quelque part en Libye, avec l’accord et le concours du gouvernement libyen, en attendant son acheminement, comme prévu, vers l’Algérie. Profitant de leurs bonnes relations avec le chef nationaliste tunisien Salah Ben Youssef, les Egyptiens demandent à ses partisans de les aider à faire transiter par la Tunisie les armes destinées aux combattants algériens. En contrepartie, ils leur ont promis leur part d’armes dans le chargement programmé.   
    Pour garder le secret absolu sur les détails de l’opération, les officiers égyptiens prirent le soin d’effacer toutes les marques d’identification des armes convoyées. Le chargement a été effectué dans la nuit du 5 au 6 décembre, et c’est sur un vieux petit port à l’est de Tripoli que le navire va déposer sa cargaison, dans la nuit du 7. De là, les armes devraient être transportées par camions, sous supervision d’Ahmed Ben Bella et d’un agent égyptien, Amin Iffet, qui était déjà sur place.  
   Fathi El Dib donne le détail de ce chargement. Il s’agit de 100 fusils Lee-Enfields 303, 10 mitrailleuses Bren 303, 80000 cartouches 303, 25 fusils-mitrailleurs Tommy 45, 5 bazookas, 18 000 cartouches 303 Bren, 1000 cartouches antichars, 1000 cartouches antichars perforantes, 24 650 cartouches Tommy 45, et enfin 120 grenades Mills.

Adel Fathi
    

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