Le Caire ouvre ses bras aux nationalistes

Par Fateh Adli
Publié le 25 oct 2017
L’arrivée des nationalistes algérienne en terre égyptienne s’est faite par petites vagues successives qui n’ont cessé qu’après le départ du GPRA pour la Tunisie, en 1960, sous la contrainte des événements. Le Caire a été la première destination des dirigeants de premiers rangs du mouvement national en quête d’asile sûr, mais aussi et surtout de tribune internationale pour faire connaître la cause algérienne. L’Egypte offrait cette opportunité d’abriter toutes les ambassades des pays qui comptent et de disposer de moyens médiatiques et d’établissements culturels qui étaient convoités alors par tous les Arabes.
Les membres de l’OS
Chadli Mekki
Mohammed Ben-Abdelkrim El-Khattabi
Allel El-Fassi
Cheikh El Bachir El Ibrahimi

Début des années 1950, la crise au PPA était à son apogée. Les membres de l’Organisation spéciale (OS) étaient déterminés à radicaliser leur action après son démantèlement et la vague d’arrestations qui s’en est suivie. Mais, il leur fallait un nouveau cadre pour relancer la lutte, et mûrir le processus révolutionnaire en traçant de nouvelles perspectives. C’est naturellement que les principaux promoteurs de l’OS choisirent l’Egypte, d’abord comme terre d’asile, parce qu’ils étaient tous recherchés. Le premier à y avoir atterri fut Chadli Mekki. Pionnier du PPA, Chadli Mekki s’est réfugié l’Egypte à la suite des événements du 8 mai 1945.  Dès son arrivée, il crée le bureau du PPA, puis celui du Maghreb arabe avec les dirigeants nationalistes marocains Abdekrim El-Khettabi et Allel El-Fassi et des destouriens tunisiens.
Son parcours connaitra ensuite des péripéties qui le mèneront, selon certains historiens, à la prison avec Ahmed Mezeghena, à la suite de son arrestation par les autorités égyptiennes pour des raisons qui demeurent ambiguës. Un épisode qui reste encore peu connu du grand public.
Il faut rappeler aussi qu’à cette époque les ouléma algériens étaient fortement représentés au Caire et entretenaient déjà des relations étroites avec le bureau du Maghreb arabe. Leur chef, cheikh El-Bachir El Ibrahimi y séjournait depuis 1952, pour superviser les missions d’étudiants algériens envoyés au Moyen-Orient. Partout, il était accueilli non seulement comme un grand théologien et réformiste, digne des héritiers cheikh Mohamed Abdou et Rachid Redha, mais aussi comme un dirigeant révolutionnaire et homme politique.
Chadli Mekki sera suivi par Hocine Aït Ahmed. Arrivé en mai 1952, Aït Ahmed, lui-même recherché par les autorités françaises, est désigné membre de la délégation du PPA-MTLD, en exil. C’est à partir de ce pays qu’il mènera une intense activité diplomatique et réussira à donner une visibilité politique au niveau international du mouvement de libération, avant et après le déclenchement de l’insurrection armée : conférence des partis socialistes asiatiques (1953) en Birmanie, tournée au Pakistan, en Inde et en Indonésie pour créer des comités de soutien à la cause de l’indépendance algérienne, conférence de Bandung (1955), débats à l’ONU autour de la question algérienne (1956)…
Aït Ahmed sera rapidement suivi par Mohamed Khider. Membre de l’Assemblée nationale française, Khider, solidaire des militants de l’OS, quitte son poste et rejoint immédiatement Le Caire, pour intégrer la section algérienne du bureau du Maghreb arabe, qui était alors présidée par Chadli Mekki, au nom du MTLD. Avant de lui succéder au bout de quelques mois.
Troisième chef nationaliste à chercher refuge au Caire, Ahmed Ben Bella. Après son évasion de prison en mars 1952, il rejoint son compagnon Hocine Aït Ahmed. C’est là-bas qu’il va réellement forger sa personnalité politique qui lui permettra bientôt de jouer les premiers rôles, aux côté notamment de Mohamed Khider et de Hocine Aït Ahmed notamment, d’abord au sein du Bureau du Maghreb arabe, puis à la tête de la Délégation extérieure du Front de libération nationale, jusqu’au 22 octobre 1956, date de leur arrestation lors du fameux détournement de l’avion civil marocain qui les conduisait du Maroc à la Tunisie pour rejoindre l’Egypte.
Après le déclenchement de la révolution en Algérie en novembre 1954, Le Caire était le passage obligé pour l’ensemble des dirigeants du CCE, y compris ceux qu’on dit quelque peu rétifs à cette proximité prononcée avec l’Egypte, comme Abane Ramdane. Ils sont reçus par les plus hautes autorités politiques et militaires égyptiennes. Le président Djamal Abdelnnacer est devenu une sorte de parrain des nationalistes algériens ou, en tout cas, s’affichait comme telle aux yeux de l’opinion arabe et internationale. Il avait offert tout un immeuble de cinq étages à la Délégation algérienne à laquelle succédera le GPRA. Cet immeuble est situé à El-Mouqattem, sur les hauteurs du Caire.
C’est donc tout naturellement que les dirigeants de la révolution algérienne choisiront Le Caire pour l’installation du GPRA en 1958. Un événement qui marquera un tournant décisif dans l’histoire de la lutte algérienne, et qui eut des échos retentissants, relayés par une presse française fortement présente en Egypte.  
Le GPRA continuera à entretenir d’excellentes relations avec Le Caire, et à occuper tranquillement son siège, jusqu’au jour où, outrés par les ingérences répétitives et de plus en intolérables des services du colonel Fathi El Dib, chargé des affaires maghrébines, et après plusieurs plaintes restées sans réponse adressées au raïs, les dirigeants du GPRA décident de quitter définitivement Le Caire pour s’installer à Tunis. Seul Ahmed Debbaghine, qui occupait alors le poste de ministre des Affaires étrangères, choisit d’y rester.
Adel Fathi  

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