Comment l’Egypte a essayé d’unifier les partis nationalistes algériens

Par Fateh Adli
Publié le 25 oct 2017
L’autre volet de la révolution algérienne auquel les Egyptiens se sont très tôt intéressés, et dans lequel ils se sont particulièrement investis, c’est le volet politique. Après avoir constaté l’état de dispersion et de mésentente dans lequel se débattaient les partis nationalistes, d’ailleurs fortement représentés au Caire, les officiers chargés du dossier algérien se sont proposés de les réunir pour aboutir à une sorte de consensus sur la lutte armée, initiée par l’ALN, et surtout pour éviter un parasitage par des éléments qui n’avaient pas encore une position suffisamment claire et définitive par rapport à la proclamation du 1er nombre 1954. Un épisode peu connu de l’histoire de la guerre de Libération nationale, et qui mérite d’être rendu public.
Ferhat Abbas
Ferhat Abbas lors d’un meeting de l’UDMA à Frenda
1- Tahar Zbiri. 2- Bentoumi ministre de la justice. 3- Djamel Abdennacer. 4- Mohand Oulhadj. 5- Chaâbani. 6- Amar Mellah. 7- Hocine Saci
 Cheikh El-Fodhil El-Ouartilani
Hocine Lahouel
M’hamed Yazid

Nous sommes en 1955. Toutes les factions du mouvement national n’avaient pas encore adhéré au mot d’ordre de l’insurrection. C’est le cas de l’UDMA de Ferhat Abbas, des oulémas, des centralistes, sans parler des messalistes qui continuaient, malgré tout, à s’agripper au train qui avait démarré. La même problématique qui se posait alors, en Algérie, et qui était en partie résolue par les démarches tous azimuts menées par Abane Ramadane dès sa sortie de prison à la même année.
  Une première réunion eut lieu le 19 janvier 1955 au Caire, sous l’égide des services de renseignements égyptiens. Elle regroupa cheikh Bachir El-Ibrahimi, pour les oulémas, Ahmed Bayoud, représentant de l’UDMA, Ferhat Abbas qui venait d’être «recruté» par Abane Ramdane, Mohamed Khider pour le FLN/ALN, Ahmed Mezeghenna et Hocine Lahouel, représentant le groupe du Comité central. L’idée qui fut proposé était de parachever le processus d’unification des organismes algériens et de créer un front commun. La réunion fut un échec, en raison de l’insistance de cheikh El-Ibrahimi relative à la présence de son collaborateur cheikh El-Fodhil El-Ouartilani, et de l’ex-chef de la délégation algérienne au bureau du Maghreb arabe, Chadli Mekki. Les responsables égyptiens avaient fait savoir à leurs interlocuteurs qu’ils ne faisaient pas confiance à ces deux personnages et que, par conséquent, ils ne souhaitaient pas leur participation. A propos de Chadli Mekki, les officiers égyptiens l’avaient carrément fiché comme « élément perturbateur » et « semeur de discorde ».
Une deuxième réunion sera programmée trois jours plus tard. Encore sans résultats. Toujours à cause d’El-Ibrahimi qui, cette fois-ci, insistait pour exercer sa tutelle sur les étudiants algériens établis en Egypte et au Moyen-Orient. Une tutelle que les Egyptiens considéraient ouvertement comme « néfaste ».
Plusieurs autres réunions bilatérales eurent lieu avec les représentants des partis et des groupes politiques algériens pour les convaincre également d’adhérer à ce front commun. Le 17 février 1955, eut lieu la réunion élargie, en présence de la quasi-totalité du spectre politique algérien. L’omniprésent El-Ibrahimi représentera les oulémas et sera, cette fois-ci, accompagné de son indésirable collaborateur, Fodhil El-Ouartilani. Le groupe Messali sera, lui, représenté par Ahmed Mezeghenna et Chadli Mekki, qui lui aussi avait réussi à s’imposer au cours des tractations préliminaires. Le comité central dit dissident, ou comme on les appelait « les neutralistes », le sera par Hocine Lahouel et M’hammed Yazid, Ahmed Bayoud parlera au nom de l’UDMA. Principal interlocuteur, l’ALN marquera sa participation avec le trio Ahmed Ben Bella, Mohamed Khider et Hocine Aït-Ahmed.    
Après un riche débat, les participants ont convenu de signer le texte de la constitution du « Front de libération algérien ». Aussitôt la nouvelle fut répercutée par la radio égyptienne à travers son émission mythique «Sawt al-Arab » (La Voix des Arabes), et cela pendant trois jours consécutifs.
Dans ce texte, les signataires affirment leur adhésion unanime et enthousiaste à la lutte armée déclenchée en Algérie contre le colonialisme français qui « nie l’évolution de l’histoire qui veut que le XXe siècle ne soit plus celui du colonialisme ». Ils déclarent leur soutien à l’Armée de libération nationale et s’engagent à œuvre pour la réussite du mouvement révolutionnaire nationaliste qui existe en Algérie. Ils adressent un appel à tous « les frères » du monde arabe et musulman et à tous les tenants de la liberté dans le monde entier pour soutenir l’Algérie ; « car soutenir cette lutte, lit-on encore dans le texte, c’est soutenir la vraie démocratie et l’humanité torturée, ainsi que les principes les plus nobles ».
Dans une des clauses de cette proclamation qui a les contours d’une véritable charte nationale, l’empreinte égyptienne est très visible : « L’Algérie fait partie intégrante du Maghreb arabe, qui fait partie du monde arabe. Ses aspirations au panarabisme et sa collaboration avec les peuples et gouvernement ainsi qu’avec la Ligue arabe, sont tout à fait normales. »
Dans son règlement intérieur, le Front de libération algérien en Egypte affirme agir « en étroite collaboration avec le Front de libération en Algérie et fait de son mieux pour mobiliser le peuple algérien et soutenir la lutte pour la liberté et l’indépendance ».
Afin de réaliser ses objectifs, deux comités et un bureau ont été constitués. Il s’agit du Comité pour le soutien de l’action à l’intérieur, qui a pour tâche d’assurer les besoins de l’Armée de libération, et du Comité des relations extérieures pour assurer la mobilisation de l’opinion mondiale et prendre toutes les mesures permettant l’obtention du soutien moral, politique et matériel des peuples et des gouvernements à la cause algérienne.
    Dans son article 9, le règlement intérieur autorise les membres d’avoir des activités en dehors du Front, à condition que celles-ci «ne soient pas en contradiction» avec les clauses de ce texte.
Adel Fathi

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