Abdennacer et la Révolution algérienne

Par Fateh Adli
Publié le 25 oct 2017
Homme-clé des relations entre l’Egypte et la révolution algérienne, Fathi Dib a consacré un ouvrage de presque 600 pages à cette histoire riche en événements et qui, en partie, déterminera l’avenir du combat libérateur.
Messali Hadj
Ahmed Ben Bella
Djamel Abdennacer

Dans ce témoignage essentiel intitulé tout simplement : Abdelnacer et la révolution algérienne, paru en 1984, réédité en 1991, et dont une version en français a été publiée en Algérie en 2012, Fathi El Dib décrit cette relation dans tous ses aspects politique, diplomatique et sécuritaire, et éclaire d’un nouveau jour un pan entier de l’aide qu’apporta l’Egypte à la lutte des Algériens pour l’indépendance, avec des révélations sur les dessous des événements marquants et des personnages, des deux pays, ayant pesé dans cette relation. Il revient surtout sur son propre rôle, en tant que colonel des services de renseignements, mythifié par les uns, honni par les autres.   
D’entrée, l’auteur explique sa démarche en écrivant : «Dès le début de ma mission, Nasser m’avait orienté sur la priorité que représentait à ses yeux la libération de l’Afrique du Nord, tout en soulignant le caractère secret que devait avoir celle-ci. » Et d’enchaîner : « En ma qualité de responsable des affaires arabes depuis le début de la révolution du 23 juillet, ayant participé de près à la lutte des frères algériens qui ont fait éclater la révolution de novembre 1954, ayant suivi l’évolution des événements, je me trouve dans les conditions idéales pour remplir cette mission ». Il reconnait que cette place lui a permis de voir et de connaitre quotidiennement les détails de la lutte algérienne, malgré les changements intervenus au sein de la direction algérienne, ce qui a fait de lui « le pôle d’attraction vers lequel tout convergeait ».
Fathi El Dib avait décidé de livrer sa version des faits, pour répondre, sans les nommer, aux «faussaires de l’Histoire qui s’attribuent des rôles héroïques qu’ils ne méritent pas, selon lui, et qui sont allés jusqu’à nier le rôle de la révolution du 23 juillet, mettant en doute la sincérité de ce rôle dans le soutien de la lutte armée en Algérie, en Tunisie et au Maroc, afin précisément de démasquer ces faussaires et ces menteurs qui continuent à semer la confusion dans les esprits de la nouvelle génération nord-africaine».   
L’auteur reconstitue la genèse de cette histoire, qui remonte à sa première réunion avec les responsables du mouvement national, à quelques mois du déclenchement de l’insurrection armée, et à laquelle il assista dans le cadre de ses activités officielles au sein de la Ligue arabe. Cette réunion, tenue exactement le 3 avril 1954, regroupait les dirigeants des principaux partis nationalistes maghrébins. La délégation algérienne était représentée par Mohamed Khider du PPA/MTLD, Ahmed Bayoud de l’UDMA, ainsi que deux membres du Comité central du PPA, représentant en fait l’aile de Messali Hadj.    
Dans son rapport, Fathi El Dib a noté, entre autres, que chaque intervenant essayait de présenter son parti ou son clan comme celui ayant le plus d’audience au sein du peuple algérien, réduisant les autres à des «groupuscules sans valeur représentative». Mais c’est l’intervention de Mohamed Khider qui remportera finalement l’adhésion des participants et celle surtout des dirigeants arabes et maghrébins. Celui-ci insista sur l’impérieuse nécessité de s’appuyer sur les masses populaires pour engager une lutte armée à l’échelle régionale, alors que les représentants tunisiens et marocains mettaient en garde contre les risques d’une insurrection en Algérie sur l’avenir de leurs pays respectifs qui n’avaient pas encore accédé à leur indépendance. Toutes les parties présentes ont finalement paraphé la proclamation du Comité de libération du Maghreb arabe, dont le texte reste évasif sur ses objectif, en exhortant tous les nationalistes des trois pays à «conjuguer leurs efforts et d’être solidaires dans la lutte et la charge communes pour atteindre leurs objectifs dans les circonstances critiques de cette période historique ».
Dib évoque à cette occasion sa première rencontre avec Ahmed Ben Bella qui devait remplacer Khider dans ces pourparlers avec les responsables égyptiens. Il ne cache pas son admiration pour ce jeune révolutionnaire qu’il décrit comme quelqu’un de « fougueux » et de « sincère ». L’ex-chef de l’OS lui avoua que le nombre des révolutionnaires algériens engagés pour la lutte armée ne dépassait pas mille hommes environ, répartis sur tout le territoire algérien, et dont la moitié seulement avait terminé son entrainement militaire. C’est sans doute à partir de ce moment-là que Ben Bella devient l’interlocuteur privilégié des Egyptiens. Les rencontres vont alors se multiplier avec les services secrets égyptiens, en présence de leur chef, Izzet Soleiman. Ben Bella donnera tous les détails concernant notamment l’organigramme de ce qui sera bientôt connu sous le nom du FLN/ALN, mais aussi les moyens matériels et humains existant à cette période. Ces précisions permettront aux Egyptiens d’évaluer le volume d’aides qu’ils pourraient prévoir au moment du coup d’envoi.
C’est ainsi que Dib va voir Djamal Abdelnnacer pour obtenir un accord et mettre au point la méthode d’action retenue et les modalités de collaboration. Lors de cette rencontre, Dib a mis au courant son président de l’entretien qu’il avait eu avec Ben Bella, «ce jeune révolutionnaire sur qui, me semble-t-il, nous pouvions compter », comme il le présentait lui-même. Nacer lui a alors posé une question précise : « Jusqu’à quel point peut-on compter sur ce jeune ? » Dib lui a répondu qu’ils pouvaient compter sur lui « sans limite, parce que c’est un homme sincère, déterminé, et honnête, différent de tous les autres politiciens, dirigeants et autres personnalités d’Afrique du Nord » qu’il avait rencontrés jusqu’à présent.
Dans son plaidoyer, Fathi El Dib ajoutera : «Ceux qui faisaient partie de son groupe semblaient tout aussi déterminés que lui pour mener une lutte populaire par les armes, même sans recevoir d’aide extérieure, ce qui constituait un véritable suicide étant donné le manque de moyens. » Il explique alors que « si l’on réussissait à ouvrir ce front en Algérie, cœur de l’Afrique du Nord, le colonialisme français recevrait un coup mortel et serait obligé de retirer ses forces engagées en Tunisie et au Maroc. » A la suite de ces explications, le président Nacer donnera son avis favorable. «Je suis d’accord, lui a dit le raïs, sur le principe de soutenir le mouvement de lutte armée en Algérie et je vous demande de poursuivre les préparatifs attentivement et de me mettre au courant au fur et à mesure de leur évolution. » Et de conclure : « Je rencontrerai Ben Bella plus tard. »

CONTRIBUTION

Le choix du retour dans une Algérie dévastée

Cheikh Abdelkader El-Medjaoui (1848-1914)

FIGURES HISTORIQUES
GRANDES DATES
GUERRE DE LIBERATION

L’odyssée du « Dina »

Les armes de la Révolution algérienne

MEMOIRE

Une grande figure de la Révolution

Décès du moudjahid Mohamed Lemkami

MOUVEMENT NATIONAL
UNE VILLE, UNE HISTOIRE

La cité héroïque

Histoire de la ville de Bordj Bou Arréridj