Le choix du retour dans une Algérie dévastée
Cheikh Abdelkader El-Medjaoui (1848-1914)

Par La Rédaction
Publié le 25 oct 2017
C’est en 1869 que le jeune enseignant Abdelkader El-Medjaoui, alors âgée de 21 ans, revient en Algérie, pays, qu’avec ses parents, il avait quitté plusieurs années auparavant, son père ayant fait le choix de s’installer au Maroc. Renonçant à un confort certain et à une vie loin de toutes vicissitudes, Il revient en Algérie qu’il trouve dévastée par près de 40 années d’une pratique colonialiste sanguinaire et même parfois génocidaire menée par l’une des plus grandes armées au monde sur une population désarmée. Population affamée, déchiquetée par des lois et des décrets arbitraires, dévastateur, qui visaient à anéantir les structures sur lesquelles était fondée la société algérienne.

En cette période qui coïncide avec le retour d’Abdelkader El-Medjaoui, l’Algérie connaît une succession de catastrophes naturelles qui se surajoutent à celles liées à la stratégie française d’appropriation et d’occupation des terres d’une part, et d’assujettissement, voir d’animalisation des populations autochtones d’autre part. Des tribus entières sont exterminées et leurs terres détournées.
Les cadavres des algériens jonchent les chemins et les sentiers, cadavres décharnées de femmes, d’enfants et mêmes d’hommes qui, réduits à la condition de vagabonds indésirables, sans ressources et ne pouvant s’approcher des lieux ou vivent les colons sans sa faire abattre, n’ont d’autres possibilités que de se laisser mourir dans les pires souffrances et dans les pires conditions.
Sur le plan religieux, et malgré les engagements pris par De Bourmont lors de la reddition de Hussein Dey (engagements consignés dans le traité signé par ces deux hommes en juillet 1830 ) la pratique de la religion islamique devient de plus ne plus difficile. Progressivement, le calendrier de l’hégir avec tous les repères qu’il véhicule est remplacé par celui grégorien (mis en place parle pape Grégoire 13) dont le décompte des années se fait à partir du point de départ de l’ère chrétienne et dans lequel le premier jour de l’année est celui de Sainte marie (déclarée mère de Dieu par le concile d’Éphèse en 431) et où chaque jour célèbre un saint ou une fête religieuse chrétienne. La christianisation de la population algérienne qui n’est pas la priorité des militaires venus en Algérie en 1830, constitue cependant un projet cher à l’église qui devient plus offensive à partir de la quatrième décade de l’occupation.
En effet , en 1867 l’archevêque d’Alger Charles Lavigerie arrive à Alger pour succéder à l’évêque Pavy. Il entrevoit de procéder à la conversion progressive des algériens en commençant par les orphelins musulmans recueillis dans les établissements qu’il créé à cet effet sur des terres qu’il s’approprie et où les enfants constituent une main d’œuvre gratuite et asservie. L’archevêque envisage de marier par la suite les orphelins et les orphelines entre eux pour les implanter  dans ce qu’il appelle « des villages de colons indigènes », colons d’un genre nouveau qui donneront naissances à des enfants d’origine algérienne mais totalement coupés de leurs racines et de leur Histoire, chrétiens, dociles et entièrement soumis.
 Dans les mèdina, les douar et mèchta, le tissu urbain et rural avec ses infrastructures et ses repères est totalement transformé, les édifices religieux et scolaires sont détournés de leur vocation ou carrément démolis. Le taux d’alphabétisation des algériens –qui était l’un des plus élevés au monde- est  quasi nul.
Ainsi, sur moins d’un demi-siècle de présence française en Algérie, tout ce qui faisait la force de l’Algérie a été détruit pillé, dévasté, réduit à néant. La nouvelle génération née sous la bannière française n’est plus que l’ombre d’elle-même, totalement incapable de penser, de se défendre ou de revendiquer quoi que ce soit, ne cherchant plus qu’à conserver un souffle de survie et à trouver quelque chose à manger.

Un constat amer

Le constat que fait Abdelkader El-Medjaoui est douloureux : la population algérienne avec ses spécificités est asphyxiée, muselée, réduite au silence le plus total sur la seine local, aussi bien que sur la seine internationale. L’enseignement réservé aux algériens est quasi inexistant et strictement réservé à une infime minorité servant d’alibi pour montrer au monde les bienfaits de l’occupation
Etant natif de Tlemcen, El-Medjaoui est contraint de s’établir à l’autre bout de l’Algérie, à Constantine. De son point de vue, il est urgent de contribuer, auprès de ses frères tyranisés à  :
-    Reprendre confiance en soi,  
-    Redonner à la société algérienne conscience de sa propre existence et de ses propres capacités
-    Mettre un frein à la paralysie sociale et intellectuelle qui sclérose les  algériens
-    Veiller à la préservation des principaux déterminants identitaires des algériens.
Pour atteindre ses objectifs, il réfléchit à une démarche qu’il pense être en adéquation avec la situation réelle de ses frères, c’est-à-dire une démarche susceptible de toucher et d’influencer progressivement le plus grand nombre de personnes et d’en faire des acteurs de leur destinée, conscients de leur situation et de leur propre pouvoir sur elle ; cette démarche ne doit cependant ni s’opposer de façon frontale à celle de l’administration régnante, ni s’y soumettre. Il choisit donc l’arme la plus sure,  la plus durable et la plus silencieuse : L’enseignement et la diffusion du savoir.
Ses armes :
Loin de s’opposer par les armes à l’armée coloniale (comme l’avait fait l’émir Abdel-kader, cheikh Bouziane et tant d’autres héros…), loin d’user de la violence pour mettre à exécution son projet, ce sont des armes silencieuses mais efficaces, des armes qui agissent sur les masses sans verser de sang. Ce sont des armes de la connaissance et du savoir, les armes de la science et de la pensée, ce sont celles qui, usant de l’instruction, arrivent à construire les hommes, les sociétés et les nations les plus puissantes.

1 – Premières armes : Enseigner et publier

Outre l’enseignement qu’il commence à dispenser à Constantine dès son arrivée, Abdelkader El-Medjaoui  publie, en 1877, un ouvrage intitulé «Irchèèd el-Mouté.aèllimiina » (Directives aux lettrés). Ce livre imprimé au Caire est le cri téméraire d’un intellectuel dénonçant l’état catastrophique de l’enseignement réservé aux autochtones par la nation des droits de l’homme : « Je suis consterné par ce que je vois en ces temps comme léthargie des enseignants et des lettrés au point où l’ignorance a submergé nos frères musulmans de Constantine d’Alger et d’Oran.».  
Il est alors enseignant (mouderrès) à la mosquée ‘El-Ketteniya’ de Constantine,  et dans son livre, il se permet de commenter en des termes acerbes les résultats de la politique française en matière d’enseignement. Il fait des propositions objectives et pragmatiques susceptibles d’enrichir et de moderniser les programmes réservés aux
« indigènes ». Mais ce propos n’étant pas du goût des colonialistes obscurantistes, une violente campagne de dénigrement  éclate au sein d’un groupe de lettrés contre l’enseignant ; des menaces de mort sont même proférées à son encontre. Une lettre ouverte diffamante est publiée dans le journal ‘Le Progrès de l’Est ».  El-Medjaoui, conscient des enjeux et des dangers auxquels il s’est exposé, utilise lui aussi,  ce nouvel outil : la presse.  Et c’est un journal local appartenant à une presse  dite «indigénophile», qui lui ouvre ses colonnes le 25 novembre 1877 :  « L’Indépendant de Constantine » qu’il utilise comme intermédiaire transmettre son message « espérant qu’il voudra bien publier ces lignes et servir d’intermédiaire entre moi et la population… ». La lettre  parue dans le journal expose les faits au publique et interpelle l’administration française qu’il met face à ses responsabilités en des termes très clairs : « je désire, Monsieur le rédacteur que, par l’intermédiaire de votre journal, ma plainte parvienne aux fonctionnaires ayant de l’autorité sur ces gens ».

Les étudiants  s’organisent et s’expriment

 Cette première utilisation de la presse par Abdelkader El-Medjaoui comme un porte-voix a permis à celui-ci de d’ouvrir un débat publique autour de son livre et de la réaction de certains constantinois. Elle a permis en outre à ses étudiants et à ceux qui le soutenaient, de s’exprimer au travers d’une pétition publiée quelques temps après pour se solidariser autour du professeur et de ses idées et pour s’opposer à ses détracteurs.
C’est là l’un des premiers pas du mouvement estudiantin algérien face à l’administration française qui avait pendant des décennies œuvré à museler les algériens. Une élite minoritaire mais instruite s’est emparé d’un outil d’expression s’adressant à un large public et a réussi à déjouer les manœuvres obscurantistes des colonialistes.
L’expérience de l’utilisation de la presse s’est avérée d’une extrême importance puisqu’elle a permis aux étudiants « indigènes » de prendre conscience :
-    Du poids du travail collectif
-    De l’impact de la presse sur l’opinion public
-    De son impacte sur l’administration coloniale
Et de fait, non seulement le livre n’est pas saisi mais l’enseignant est nommé à la médersa officielle « El-Ketteniya » en qualité de professeur de littérature et de grammaire arabe. Et c’est avec ardeur et abnégation qu’il poursuit sa mission d’enseignant et d’intellectuel écouté et respecté. Cette nomination qui peut être assimilée à une promotion n’en demeure pas moins un moyens de contrôle de l’enseignant, d’autant qu’à cette époque, les méderças sont placées sous le contrôle rigoureux des généraux commandant les divisions pour ce qui est de la surveillance politique et administrative de ces établissements pour indigènes. Les marges de manœuvre laissées aux enseignants algériens sont, du coup, extrêmement ténues et chaque faux pas peut se révéler gravissime.
Priorisant l’intérêt des autres sur son propre intérêt, il poursuit sa mission d’intellectuel consciencieux et éclairé, d’enseignant dévoué mais vigilant. Il publie à Constantine et à Tunis, plusieurs ouvrages traitant de grammaire, de soufisme ou encore d’astronomie. Il contribue activement à des actions politiques d’envergure comme la campagne menée contre le projet de loi visant l’assimilation en masse des indigènes musulmans présenté par les députés Michelin et Gaullier. Il œuvre sans cesse à rassembler les constantinois autours d’idéaux et de projets fédérateurs ; il voit les fondements du cercle Salah Bey se mettre en place, sorte d’association à caractère culturel scientifique et social, qui aura comme président d’honneur le gouverneur de l’Algérie (Mr Jonnart) et comme président le vice-président du conseil de préfecture (Mr Arippe). L’un des vice-présidents et  principaux animateurs sera le disciple de  cheikh El-Medjaoui, Ben-el-Mouhoub, qui y donnera une série de cours et de conférences très appréciées des constantinois.
En 1898, il est muté à la médersa d’Alger comme professeur de langue et d’exégèse coranique à la division supérieure.
Il ne connait pas la ville d’Alger mais très vite, il y rencontre des enseignants actifs auxquels il se joint et avec lesquels il organise des actions en direction de ses frères.

Une nouvelle arme : la presse

Aussitôt arrivée à Alger, Abdelkader El-Medjaoui participe activement à la création de la presse entièrement arabophone.
Dès 1903 paraît un journal et
« El-Meghrib », dont le directeur est Pierre Fontana. Ce journal, qui paraît le mardi et le vendredi est entièrement en arabe et est dédié à un lectorat arabophone. Il traite des questions scientifiques, commerciales, culturelles et même des questions politiques et économiques, sous réserve que ces dernières ne concernent pas l’Algérie, sujet strictement contrôlé et réservé à la presse francophone. Dans le premier numéro, le ton est donné : « Avec cela, ne nous échappe pas le besoin dans lequel nous nous trouvons relativement d’une une feuille d’information d’un genre spécial et nous avons ardemment espéré la création d’un journal totalement en arabe, qui ne concernerait que des lecteurs parmi les indigènes et qui leur soit un moyen de s’accéder aux informations dont la connaissance les concerne, d’autant qu’à ce jour, ils n’ont à leur disposition d’autre presse que le journal officiel »(traduit par nous).  El-Medjaoui, tout comme d’autres intellectuels tels Mohamed Ben Mostapha Ben El-Khodja et  Mohamed Saïd Ibnou Zekri, est membre de l’équipe de rédaction du journal et outre la mission de contrôle et de correction à laquelle il contribue activement, il entreprend de publier une série d’articles relatifs à l’histoire arabo-musulmane, à l’importance de la science et du savoir, au travail etc …
Après trois mois de parution et 32 numéros diffusés, le journal est suspendu. On ne le retrouvera plus jamais dans les kiosques.

Ecrire, toujours écrire…

Le cheikh El-Medjaoui ne se décourage pas pour autant.  En 1904, il écrit (avec Omar. Brihmat) un traité d’économie politique islamique intitulé « El-mirçad fi méssé-il el-iqtiçad » (l’observatoire des questions d’économie).  Il y traite de nombreux phénomènes liés à la finance et à la transition sociologique et économique que vivent les algériens, tout en mettant en garde contre les dangers du nouveau système bancaire introduit en Algérie avec le colonialisme et qui, profitant de la crédulité et de l’inexpérience des algériens, en a mené bien trop à la ruine la plus cruelle.
Peu après, en 1908, est créée à la médersa d’Alger, une section de commerce pour les étudiants de quatrième année. Pour les étudiants, le livre du cheikh est une importante source d’informations.
Ce même année, sa nomination en qualité de Imam pour le rite malékite à la mosquée Sidi Ramdane de la casbah d’Alger lui offre un nouvel espace pour mener à bien sa mission. Homme respecté et écouté par l’ensemble de la communauté musulmane algérienne, il tisse des liens avec les Imam des différents rites (hanafite et ibadite)  et n’a de cesse de collaborer avec chacun, à tel enseigne que le titre de «Cheikh el-djèmèèaa» (le cheikh de la communauté) lui est accordé.
Dès 1908, on retrouve enfin la signature de cheikh Abdelkader El-Medjaoui au bas d’articles qui paraissent dans un nouveau journal arabophone que dirige Mehmoud Kehoul,  lui aussi  ancien élève de cheikh  El-Medjaoui :
« Kewkeb Ifriqya ». Il y publie de nombreux articles se rapportant à des problèmes de société ou encore au rite musulman et à la vie de notre prophète Mohamed (QSSL), ces élément ayant fait l’objet, depuis plusieurs décennie, d’un acharnement pervers et destructeurs qui a aboutit à l’émergence de pratiques occultes promues par l’occupant, sans rapport réel avec notre religion, et qui visait à détruire l’un des derniers et des plus solides remparts auquel il s’est confronté : L’Islam. Il expose également dans ses articles les dangers du chômage et de l’oisiveté, ceux liés  aux jeux de hasard et à la consommation de produits addictifs. Parmi ces articles nous pouvons citer à titre d’exemple : «El-tarbiya» ( L’éducation), « Mouharram oua maouassimouhou » (Mouharam et ses célébrations), « El-mewlid en-nebewi »,
« El-bitala » (Le chômage), « Nadhra fi el-bidèa » (regard sur  les extravagances) etc.

Une autre arme : le mouvement associatif

L’efficacité de l’action collective ne fait plus de doute dans l’esprit de cheikh Abdelkader El-Médjaoui. L’éclatement qu’ont subi les algériens dans la structure de leur société en raison du fait colonial a eu de lourdes conséquences sur leur capacité et même sur leurs droits à se soutenir et à se venir en aide mutuellement. Le code de l’indigénat qui leur était spécifique leur imposait la délation, la méfiance de l’autre, le silence face à l’arbitraire etc.  Les groupes humains des algériens glissaient vers la dislocation la plus totale. Le tissu social se transformait progressivement une nuée d’individus ne se connaissant pas et ne se reconnaissant pas les uns en les autres. Le nouvel état civil imposé par l’administration française à la fin du dix-neuvième siècle  est venu mettre fin à un système d’identification par la filiation patrilinéaire (Mohamed Ben Abderrahmène Ben Omar Ben Ahmed Ben…) qui identifie les ascendants et garantit les droits successoraux ; les familles et les tribus sont réduites à néant par l’introduction d’un patronyme qui ne reconnaît, lors de sa création, qu’une seule génération et qui, dans de nombreux cas, n’est pas le même dans une même fratrie ; cette manœuvre aboutit inexorablement à la désagrégation et à l’effritement total des familles. La solidarité et le travail collaboratif, hormis celui imposé par les colons, est devenu difficilement envisageable parmi les indigènes. L’entraide rendue difficilement praticable par manque de moyens matériels devenait même suspecte et dangereuse au regard de l’administration coloniale.  
C’est pourquoi cheikh Abdelkader El-Medjaoui, riche de son expérience personnelle et de ses observations a jugé utile de s’impliquer dans la vie de la collectivité par une nouvelle voie d’accès : celle du mouvement associatif qui constitue un cadre de regroupement de réflexion et d’action des intervenants.
Ayant assisté, à Constantine à la naissance du cercle Salah Bey, et s’associant à d’autres lettrés de la ville d’Alger, il fonde entre 1906 et 1908 trois associations :
- L’association « El-Rachidiya » à caractère culturel, éducatif et de bienfaisance
- L’association « El-Toufikya » également à vocation culturelle, éducative et de bienfaisance
- L’association sportive « l’Avant-garde » qui est une association sportive.
Il est également membre d’une association cultuelle qui regroupe près de 3000 adhérents.
Conformément à la loi en vigueur en cette période, les associations sont obligatoirement présidées par des français.
Cependant, conscient de la nécessité d’apprendre à ses compatriotes à s’organiser et à travailler pour un idéal et non plus pour une personnes, conscient que la vie associative est l’espace de choix pour rencontrer des personnes venant d’horizons divers et pour échanger des idées, conscient que toute revendication, toute lutte ne peut s’envisager par des individus isolés alors qu’elle peut être très féconde dès lors qu’elle est portée par un groupe, il n’hésite à aucun moment pour se mettre au service de ces organisations et à leurs adhérents pour venir en aide à ses frères.

Un nouvel acteur à impliquer : la femme

Dans sa démarche éclairée, cheikh Abdelkader El-Medjaou n’a pas occulté la place de la femme dans la société. Et de fait, c’est avec l’aide de sa belle-fille Zoulikha (elle-même détentrice d’un certificat de fin d’études) qu’en 1902, il met sa propre maison de la Casbah à la disposition d’une école de couture que souhaite ouvrir une française, Mme Attanoux, elle-même femme de militaire. Cette école est destinée à attirer les femmes musulmanes pour les sortir de leurs maisons et les « orienter » dans la vie active. Plutôt que de laisser ces femmes algériennes entre les mains et sous l’influence exclusive de femmes françaises, Cheikh El-Medjaoui s’implique par le biais de sa belle fille et dès l’ouverture de cet établissement, des dizaines de jeunes filles et de femmes de la casbah affluent.
D’ailleurs, dans son dernier livre (paru en 1912) qui suscite tant de violence, cheikh El-Medjaoui invite les familles à permettre aux jeunes filles et aux femmes de faire des études afin qu’elles puissent jouer un rôle plus déterminant au sein de leur communauté. Il revendique même en leur nom, et pour celles qui habitent à distance des établissements d’enseignement, le droit de bénéficier d’un enseignement par correspondance. Dans son dernier livre il écrit : « …. Si le hidjab s’interpose entre moi et les meilleurs des enseignants, alors, El-hemdou li el-Lhaah, je peux leur écrire en des termes clairs, pour ne pas laisser le hidjab me soustraire à l’obligation religieuse qui est la quête de la science… ». Pour lui, rien ne doit pouvoir s’interposer entre une personne et l’accès à l’instruction, seul garant d’une société mature, viable, éclairée et agissante.

Les dernier combat de cheikh El-Medjaoui

En 1912, cheikh El-medjaoui publie un ouvrage intitulé « El-loumea fi nodhm el-bidèa » (Les éclats dans une poésie sur les extravagances), véritable traité de sociologie descriptive inspiré d’une poésie écrite par son disciple, le moufti de Constantine Ben-el-Mouhoub. Dans ce livre, il pose un regard critique sur une société gangrénée par l’ignorance, la misère intellectuelle et l’obscurantisme, submergée par le charlatanisme et dominé par des gourous à la solde d’une idéologie colonialistes destructrice. Encore une fois, il utilise sa plume, son savoir et son pragmatisme  pour interpeler ses frères et leur faire des propositions afin de les aider à s’extirper de ce  magma nauséabond destructeur et identicide.
Cet ouvrage, à l’instar de celui publié en 1877, provoque une nouvelle polémique parmi certains lettrés qui, encore une fois, utilisent la presse pour dénigrer l’auteur et son ouvrage, espérant le discréditer et le déshonorer auprès de ceux qui lui font confiance. C’est une nouvelle bataille qui est livrée à cheikh El-Medjaoui et la presse arabophone est utilisée comme vecteur de propos insultants d’une rare violence comme ce surnom dont il est lors affublé par un individu qui l’interpelle par voie de presse en le nommant «El-medjnoun el-dedjel »  
( L’imposteur fou).
Les acteurs d’une élite autochtone naissante prennent part à cette bataille qui s’affiche dans les journaux, notamment le journal
 « kewkeb Ifriqya » et « El-Farouk » et cheikh El-Medjaoui y trouve un soutien considérable. Deux clans s’affrontent pendant des mois et avec une violence qui ne s’explique que par les dangers que représente la vision de cheikh El-Medjaoui et la portée de son propos qui est loin d’être en phase avec la mouvance colonialiste.  
La bataille est rude mais en septembre 1914, cheikh El-Medjaoui est en visite à Constantine où vivent encore sa fille et son gendre, quand, à l’issue d’une soirée passée en compagnie de quelques amis à la mosquée Sidi Abdelmoumène, il est pris d’un violent malaise cardiaque.
Cheikh Abdelkader El-Medjaoui s’éteint dont dans la soirée du 25 septembre 1914.
Son enterrement à lieu au cimetière central de la ville où il a fait ses premiers pas d’enseignant. Des milliers de personnes l’accompagnent à sa dernière demeure, dont le moufti de Constantine Ben-el-Mouhoub et un jeune enseignant, revenu depuis quelques mois de Tunisie, un certain Abd-el-hamid Benbadis, tous deux prennent la parole pour exprimer leur douleur  qu’ils éprouvent et pour évoquer les grandes qualités du maître.

Son lègue

Cheikh Abdelkader El-Medjaoui laisse à la postérité un lègue écrit considérable, mais  plus que cela, il laisse derrière lui une pépinière de jeunes lettrés et de jeunes intellectuels conscients et fiers de ce qu’ils sont, qui ont repris le flambeau pour construire les piliers d’une société algérienne loin du modèle que s’était fixé le colonisateur, capable de penser par elle-même, dont les membres sont acteurs et maîtres de leur destinée, et capables de construire un projet pour leurs semblables. A sa mort, il lègue un ensemble d’enseignements et de recommandations ainsi que des outils qui ont permis à la jeunesse algérienne de constituer un cadre idéologique et intellectuel cohérent, qui a permis l’émergence d’une véritable force  nationaliste algérienne.
Enfin, l’héritage dont nous pouvons être fiers aujourd’hui et que nous trouvons aisément dans les écrits de cet homme qui a écrit sur le soufisme aussi bien que sur la finance islamique, ou encore qui a écrit sur l’astronomie aussi bien que sur l’exégèse coranique, c’est sans nul doute la preuve qu’il apporte que notre société peut sans se dévoyer, concilier entre enracinement et modernité, entre scientificité et religiosité, entre progrès et  constance.
Sa pensée apparaît dans les différents écrits qui nous sont parvenus sous la forme de :
-    Vingt-deux articles de presse traitant de sujets divers et dont certains publiés en plusieurs parties
-    Quinze ouvrages traitant de : grammaire arabe,  soufisme, astronomie, philosophie islamique, didactique, rédaction des documents et actes  juridiques, économie islamique, sociologie.   
La majorité de son œuvre a fait l’objet de rééditions et est accessible aux lecteurs.

Dr Oulmane

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