Un patrimoine né d’un long savoir-faire
Bijoux d’Ath Yenni

Par Hassina AMROUNI
Publié le 25 nov 2019
Depuis des siècles, la réputation d’Ath Yenni s’est forgée à l’ombre de son orfèvrerie.

Ce savoir-faire séculaire lui vient de ces artisans qui, un jour, à la faveur d’un accord, passé entre les Ath Yenni, alliés du roi Koukou et les Ath Abbès (Beni Abbes), pour un préalable de paix, se sont installés dans la région où ils ont développé cette activité artisanale.
Pour renforcer leur ancrage dans ce nouvel environnement, les artisans venus d’Ath Abbes ont contracté des alliances, notamment avec les familles d’Ath-Larbaa, ce qui expliquerait la concentration d’orfèvres dans ce village.
Bien qu’au fil du temps leur nombre se soit réduit, les détenteurs de ce savoir-faire continuent à braver les embûches pour pérenniser cet héritage mémoriel.
Il faut savoir que le bijou d’Ath Yenni qui a traversé les frontières régionales voire nationales pour conquérir une place à l’international a même a été présenté lors de l’exposition universelle de 1889 à Paris, où il a décroché des mentions honorables décernées par la section de l’orfèvrerie à des artisans d’Ath Yenni, en l’occurrence El hadj Mohamed Ou Salem n’Ath Ali (Ourad), Salem Atiffela (Nedir), Boudjma Ath Ali Ahmed (Khalef) Boussad Bou Arab (Ogal). Ce dernier par ailleurs exposé à Chicago en 1893.
Les techniques artisanales entrant dans la réalisation de ces bijoux sont, sans doute, la raison de l’attrait et de la fascination qu’ils exercent sur le grand public.
En effet, les orfèvres d’Ath Yenni répètent depuis des siècles les mêmes gestes, armés de leurs modestes instruments. Les techniques de fonte et de moulage de l’argent, usitées dans toute l’Afrique du Nord et remontant à l’antiquité, n’ont pas beaucoup évolué. Les articles de fabrication artisanale sont confectionnés au moyen d’une minuscule enclume alors que la technique de l’émaillage est réalisée en prenant soin de délimiter les parties à teindre et en soudant des fils en argent.
Fruit de l’alliage de trois matériaux : l’argent, le corail et l’émail, le bijou d’argent, nécessite une grande dextérité et précision de la part de l’orfèvre pour enfin donner naissance à des produits d’une grande finesse, rehaussés de jolies pierres de corail.
Ce long processus de réalisation et la rareté des matières premières expliquent la cherté du bijou d’Ath Yenni qui, faut-il le préciser diffère du bijou de la basse Kabylie (Bejaïa). Ce dernier, dépourvu d’émaux et de coraux ressemble beaucoup plus à celui des Aurès par son aspect sobre.
Les bijoux kabyles d’Ath Yenni sont déclinés sous différentes formes. La parure complète se compose des chevillières « Ikhelkhalen », du « Ddah » ou « Amechloukh », des fibules
« Avruch », de « Tibzimin », fibules de grandes tailles alors qu’« Ibzimen » sont de forme triangulaire. La panoplie de bijoux comporte également «Taessavt», un diadème imposant et richement orné d’émaux, de cabochons de corail et de boules d’argent. A ceux-là s’ajoutent « Thimengouchine » ou boucles d’oreille et « thikhoutham » (bagues).
Au-delà de son aspect esthétique, le bijou d’Ath Yenni a également une fonction sociale en étant indissociable de la tenue quotidienne (robe kabyle) de la femme rurale. Les bijoux simples portés tous les jours sont remplacés par des parures plus travaillées, plus massives et plus précieuses lors d’occasions festives.
Précieux héritage, ces bijoux se transmettent de mères en filles. Ils sont jalousement gardés et ne sont vendus qu’en cas d’extrême nécessité.
Hassina Amrouni

Sources :
www.aps.dz
*Articles divers

 

DOSSIER

Les prémices d’une rupture

Aux origines du CRUA

GUERRE DE LIBERATION

Les frères martyrs

Abdelkader Menouar et Mohamed Badaoui

MOUVEMENT NATIONAL
FIGURES HISTORIQUES
GRANDES DATES
MEMOIRE

La moudjahida

Portrait de l’artiste plasticienne Aïcha Haddad

CONTRIBUTION

Un parcours patriotique exceptionnel

Moudjahida Kheira Louahla