Un homme d’honneur
Chahid Jakal Bayzid dit « Makhlouf El-Djelfaoui »

Par Hassina AMROUNI
Publié le 03 nov 2019
Originaire de la petite commune de Aïn El-Ibel, dans la wilaya de Djelfa, Bayzid Jakal, fils de Lougani Jakal et Fatna Bouchemal, est né présumé en 1920.

A l’âge de la scolarité, son père l’envoie dans une zaouïa située dans la commune d’Aïn Chouhada (Djelfa). Là, il est initié à la récitation du Coran, en plus d’apprendre à lire et à écrire. De retour dans sa famille, il mènera une vie dans la pure tradition agro-pastorale jusqu’au jour où, las des dures conditions de vie de sa famille, il décide, en 1945, de s’engager à titre volontaire dans l’armée coloniale.
En 1950, et à l’instar de nombreux Algériens, il est envoyé pour combattre en Indochine. Il y effectue deux séjours, avant de revenir à l’été 1955, dans son pays, alors en pleine guerre contre l’occupant français. Affecté à la caserne de Bordj Bou Arreridj, il ne peut que constater la généralisation de la lutte à tout le territoire national. Pour le jeune soldat, nul doute que l’heure a sonné pour changer de camp et rallier les siens au sein de la vaillante Armée de libération nationale (ALN).
Bénéficiant d’une permission de longue durée, le brigadier Bayzid Jakal avec la collaboration du sergent-chef Hocine Yousfi fomentent une opération d’envergure, visant le détournement d’un important lot d’armes de la caserne où ils sont stationnés. Le 19 janvier 1956, donc, le plan ourdi est mis à exécution, les armes étant transportées à bord d’un camion Renault, également détourné pour la circonstance. Ce butin de guerre est destiné à renforcer l’armement des maquis du nord du pays. Originaire de Kabylie et ayant une parfaite connaissance de la région, le sergent Yousfi pouvait sans coup férir rallier cette partie du pays au volant du véhicule ainsi chargé de munitions. Après avoir roulé quelque temps, ils décident de stopper le véhicule, de décharger les armes et munitions qu’ils dissimulent dans les buissons et de brûler le camion. Quelques mètres plus loin, ils rencontrent fortuitement un groupe de moudjahidine auxquels ils font part de leur intention de rallier leurs rangs, tout en leur dévoilant tout l’arsenal qu’ils avaient en leur possession. Cette nouvelle est accueillie avec joie. Bayzid Jakal et Hocine Yousfi, accompagnés des maquisards, se rendent dans l’Akfadou, siège du PC de la Wilaya III. Arrivés dans la région d’Amizour, ils décident de faire une halte pour reprendre un peu de forces, éreintés par cette longue marche, accomplie à travers les maquis, les bras chargés du butin de guerre, rapporté par les deux déserteurs. Le lendemain, ils reprennent leur périple mais arrivés sur la rive ouest de oued Soummam, ils se retrouvent au cœur de la bataille d’Amacine, livrée en ce 20 janvier 1956 par les hommes du lieutenant Arezki Baïri, plus connu sous le nom de guerre Arezki Lourassi contre les troupes françaises. Bayzid Jakal, Hocine Yousfi et les moudjahidine qui les accompagnaient entrent eux aussi dans l’arène des combats, utilisant pour cela les armes et munitions qui étaient en leur possession pour asséner une cuisante défaite à l’ennemi.
Reprenant leur chemin, ils arrivent enfin au siège du PC de la Wilaya III où ils sont chaleureusement accueillis par le colonel Amirouche. Fort de son expérience de combattant en Indochine et affichant une dextérité au tir et dans le maniement du FM24/29, Bayzid Jakal, est affecté à la région 4, zone 2 où il s’intègre immédiatement au groupe. Mieux, son dévouement et son courage ne passent pas inaperçus, ce qui amène ses responsables à lui confier la tête d’un groupe de moudjahidine. Sur le terrain des combats, Jakal est un maquisard qui ne recule devant aucun danger et ses hommes trouvent en lui un meneur et un chef d’une grande assurance. Ces qualités et d’autres encore lui permettent d’accéder au rang de chef de section, mission qui lui et sconfiée par le colonel Amirouche. Ainsi, il aura à servir sous les ordres de grands responsables de l’ALN. Bayzid Jakal et sa section feront parler d’eux à chaque opération de laquelle ils sortent victorieux. Il en est ainsi de la grande opération de ratissage dénommée « L’espoir et le fusil », lancée par les autorités coloniales et qui se soldera par un échec grâce au courage des hommes de Jakal, lui, à leur tête.

Sécuriser le Congrès
de la Soummam

A l’été 1956 et alors que le Congrès de la Soummam est en pleine préparation, plusieurs sections de l’ALN dont celle de Jakal sont instruites pour assurer le lieu de réunion, prévu à Ifri-Ouzellaguen. Mission dont tous s’acquitteront avec succès, contribuant ainsi à la réussite de ce conclave auquel ont pris part les plus grands chefs politiques et militaires de la révolution algérienne.
Alors qu’il est au faîte de sa gloire et de son courage, Bayzid Jakal dit Makhlouf El Djelfaoui va tomber, vers la fin de l’année 1957, dans une embuscade tendue par des troupes de l’armée française au lieu-dit Assama, à une dizaine de kilomètres de la ville de Bejaia. Après avoir tenu en haleine ses adversaires, en ripostant par les armes à leurs coups de feu nourris, Jakal tombera en héros, les armes à la main.

Hassina Amrouni

Source :
http://djelfa.info/fr/historique/92.html

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