Djelfa, La capitale des Ouled Naïl
Histoire d'une ville

Par Hassina AMROUNI
Publié le 03 nov 2019
Nichée au pied de l’Atlas saharien mais culminant tout de même à 1140 m d’altitude, Djelfa, la capitale des monts des Ouled Naïl, est considérée comme l’une des portes du vaste Sahara algérien.
Ouled Nail
Si Cherfi Benlahrech, qui combattit aux côtés  de l’Emir Abdelkader
Photo ancienne de Djelfa
Vue panoramique de l’ancienne ville de Djelfa

Distante d’Alger d’environ 300 km, elle est limitée au nord par Médéa, au sud par Laghouat, Ghardaïa et Ouargla, à l’est par M’sila, Biskra et El-Oued et, enfin, à l’ouest par Tiaret.
Depuis les temps les plus reculés, voire depuis la préhistoire, la région a connu la présence de l’Homme. La preuve de l’existence d’une vie humaine dans cette partie du pays, à cette époque de notre Histoire, a été apportée par les divers outils de pierre mais aussi par les gravures rupestres découvertes par des chercheurs ou de manière fortuite.
A partir du IIe siècle de notre ère, la présence romaine sera marquée dans la région. Attirés par les étendues de terres fertiles, les Romains vont venir en chasser les autochtones (tribus berbères) et s’y établir. Ils exploitent les riches terres à céréales du Tell et, pour protéger leurs exploitations agricoles, vont établir une ligne fortifiée. Le « limes » passe alors par Aumale, Boghar, Tiaret… Ils construisent également des postes de garde afin de contrôler les tribus nomades (Gétules) remontant du sud. Mais afin de mieux asseoir leur présence dans la région, ils érigent aux portes du désert la citadelle de Castellum Dimmidi (Messad) et le poste fortifié de Djelfa.
Les siècles s’étrennent et l’empire romain dans toute sa puissance finit par s’effondrer. La région sombre dans l’oubli jusqu’à la période du Moyen-Age lorsqu’elle est parcourue par de nombreuses tribus berbères nomades (les Zénètes) et de grandes familles comme les Ghomra ou les Maghraoua.

Arrivée des Arabes

Au cours de la conquête de l’Afrique du Nord par les Arabes qui a eu lieu entre 647 et 720, les Berbères de la région n’hésitent pas à adopter l’islam comme religion. A partir de 1052, l’arrivée des tribus nomades des Beni Hilal (tribus Raih, Athbedj et Zoghbas) vont modifier la structure sociétale de la région en obligeant les Ghomra et Maghraoua à se soumettre aux tribus Zoghbas de la branche des Ouled Oroua ibn Zoghbas ibn Feragh ibn Naïl.
Un peu plus d’un siècle plus tard, plus exactement entre 1184 et 1235, les tribus berbères et arabes vont se rapprocher et fusionner, faisant ainsi triompher le nomadisme.
L’arrivée de l’empire ottoman ne va pas changer grand-chose au rythme quotidien des habitants de la région. En effet, les Turcs ne viennent dans cette partie du pays qu’une fois par un pour prélever l’impôt, toutefois, bien souvent les Ouled Naïl battent en retraite dans les vastes étendues désertiques pour éviter le fisc.

 

Les Ouled Naïl alliés de l’Emir Abdelkader

 

Après le débarquement des troupes françaises sur les côtes de Sidi-Fredj et leur occupation progressive des autres parties du pays, la région des Ouled Naïl figurera parmi les plus fidèles à l’Emir Abdelkader lors de son insurrection contre la soldatesque coloniale. Après la reddition du chef militaire algérien, survenue le 24 décembre 1847, les tribus du sud continueront à manifester leur hostilité envers les Français, en s’insurgeant à plusieurs reprises. C’est alors que le général Randon décide d’occuper Laghouat, considérée comme le centre d’agitation des tribus. Le général Joseph Vantini dit Youssouf parvient à prendre Laghouat le 4 décembre 1852. Il fait construire le poste militaire de Djelfa afin de surveiller les tribus locales. Un village va alors voir le jour à proximité de ce poste. Outre le caïd des Ouled Naïl, des Européens (commerçants, artisans, agriculteurs) vont également s’y installer progressivement.
Le village se développe notamment après l’édification d’un barrage sur l’Oued Mekhelkhel qui dessert les habitations en eau abondante. L’administration coloniale va alors décider de créer un centre de colonisation. Ce dernier verra le jour par le décret du 20 février 1861 de l’Empereur Napoléon III et il portera le nom de Djelfa.
Entourée d’un mur d’enceinte, la ville d’une superficie de 1775 ha, va être construite en l’espace de 40 jours. Elle accueille dans un premier temps un regroupement de populations de 55 feux (foyers).
Après la construction d’une église en 1862, une mosquée verra le jour deux ans plus tard, portant le nom de Si Belgacem Benlahrech, frère de Si Cherfi Benlahrech, qui combattit aux côtés de l’Emir Abdelkader et qui fut assassiné en cette même année (1864).
Progressivement, la ville va s’agrandir et se moderniser. Mais paradoxalement, les Européens vont la déserter au profit d’autres régions du pays. Ainsi, sur les 2824 habitants recensés à Djelfa en 1930, il ne reste aucun colon.
Les habitants continueront ainsi à vivre tranquillement de l’élevage de mouton, de la culture céréalière et de la production de crin végétal, de cordes et de tapis à base d’alfa, notamment après la construction en 1931 d’une petite usine électrique qui permet l’implantation de petites fabriques locales.
Au lendemain du déclenchement de la guerre de libération nationale, la population se soulèvera contre l’occupant français, comme leurs aînés par le passé et consentira des sacrifices pour la libération du pays du joug colonial.

Hassina Amrouni

Sources :
http://weldjelfa.freewebspace.com/
https://jeanyvesthorrignac.fr/wa_files/info_271_20Djelfa.pdf
https://fr.geneawiki.com/index.php/Algérie_-_Djelfa

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