Le mardi noir de Ghazaouet
22 octobre 1958

Par Hassina AMROUNI
Publié le 04 nov 2019
Durant la guerre d’Algérie, la population algérienne a été de nombreuses fois la cible de crimes gratuits perpétrés par l’armée coloniale. Retour sur l’une de ces dates sanglantes.
Abdelkader Baouch
Quartier général de la DBFM (Demi-Brigade de Fusiliers-Marins).

Ghazaouet, 1958. Au matin de ce mardi 22 avril, les habitants sont réveillés par un bruit de bottes. Dehors, les soldats français ont entièrement encerclé la ville, fermant tous les accès. Un barrage est dressé sur la route menant au quartier de Sidi Amar, à hauteur du Château Lablador, du nom de l’ancienne demeure de George Llabador, frère de l’ancien maire de la ville, Octave Llabador.
Le commandant du barrage qui avait en sa possession une liste de militants FLN à abattre filtrait toutes les allées et venues, aidé dans sa sinistre besogne par des traîtres à la révolution. Connaissant tous les habitants de la région, ces harkis n’hésitaient pas à dénoncer les personnes dont le nom figurait sur cette « liste noire ».

Si Abdelkader Baouch « le père des fellagas »

Ce jour-là, l’un des habitants de Ghazaouet, Si Abdelkader Baouch, commerçant dans le textile, venait de fermer son magasin comme à son accoutumée. En rentrant chez lui, il fait un détour par le marché couvert de la ville pour quelques achats avant de reprendre son chemin, direction son domicile, situé, dans le quartier de Sidi Amar. En empruntant la rue Gambetta, il remarque quelque chose d’inhabituel. Marquant un moment d’hésitation, il s’apprête à faire demi-tour, quand il est encerclé par des soldats. Leur officier lui dit alors : « Bienvenue, père de fellagas », allusion faite à ses trois fils, engagés dans les rangs de l’ALN et dont deux se trouvaient au maquis, tandis que le troisième était emprisonné en France.
Ligoté, bâillonné et cagoulé, Si Abdelkader Baouch est conduit, en compagnie, de plusieurs autres prisonniers vers le Château Lablador, quartier général de la DBFM (Demi-Brigade de Fusiliers-Marins).
A l’aube, les habitants voient arriver plusieurs camions militaires destinés au transfert des prisonniers vers la ville de Takka, patelin isolé, à l’entrée de Ghazaouet. C’est là qu’ils devaient être exécutés.
Une fois arrivées à destination, les victimes innocentes condamnées à mort, sans aucune forme de procès, sont brutalement débarquées des camions et alignées côte à côte. Si Abdelkader, arrêté avec ses deux cousins, Amar et Mostefa ainsi que d’autres amis, voisins et compagnons, regarde ses camarades. Il leur adresse quelques mots d’encouragement, leur demandant de partir avec dignité et honneur.
Alors que les seize prisonniers sont alignés en deux pelotons qui se font face, l’un des prisonniers, en l’occurrence Bachir Ould Si Ben Kaddour, est retiré du groupe puis relâché, sur ordre du commandant de l’opération, après quoi, les quinze autres prisonniers seront froidement et lâchement exécutés.
Le rescapé de cette tuerie arrive au lever du jour à Sidi Amar où il fait part aux villageois de l’abominable crime qui venait d’être commis à l’encontre des quinze villageois désormais martyrs. Aux cris d’effroi et de douleurs qui déchirent le silence de l’aube viennent se mêler les youyous des femmes et les « Allah Ou Akbar » des hommes, en hommage au sacrifice de ces valeureux chouhada de Ghazaouet.
Les habitants se dirigent alors vers le lieu de l’exécution pour ramener leurs morts au village. Une fois sur place, l’armée les en empêche et les corps des victimes resteront ainsi étalés sur le sol jusqu’au coucher du soleil. Il aura fallu l’intervention d’un certain Slimane Ghrissi, qui avait des relations d’amitié avec les autorités françaises, pour qu’on autorise enfin les familles à emporter les dépouilles de leurs proches. Slimane Ghrissi met à leur disposition un tracteur avec benne. Les victimes seront ainsi transportées jusqu’au cimetière de Sidi Amar où elles seront enterrées dans un climat de recueillement et de tristesse.

Hassina Amrouni
Source :
Reflexiondz.net

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