L’homme qui portait la lumière sur son visage
Il y a 30 ans disparaissait le moudjahid Lakhdar Rebbah

Par Hassina AMROUNI
Publié le 04 nov 2019
Le 6 février 1989, un grand homme s’en allait rejoindre ses compagnons d’armes, morts pour la patrie : le moudjahid Lakhdar Rebbah. Lakhdar Rebbah est décédé à l’âge de 72 ans, des suites des longues séances de torture subies durant ses années d’incarcération.
Lakhdar Rebbah
Lakhdar Rebbah à droite de la photo
Lakhdar Rebbah

Ce fervent militant de la cause nationale, moudjahid racé qui a eu à côtoyer Abane Ramdane, Hocine Aït Ahmed ou encore Krim Belkacem, était natif de Sour El Ghozlane.
C’est, précisément, au douar Ouled Djenane, sur le flanc nord de djebel Dira, dans la commune mixte d’Aumale (aujourd’hui Sour el Ghozlane), qu’il voit le jour le 26 février 1917. Deux ans plus tard, ses parents s’installent dans le quartier de Belcourt, à Alger.
Après l’obtention de son certificat d’études, il devient receveur de tramway à Alger. En parallèle, il mène une carrière sportive au sein de l’AS Saint-Eugène puis de l’ASTA où il joue au poste d’ailier droit, ceci avant de devenir dirigeant au sein du Mouloudia d’Alger (Section athlétisme).
Entre 1936 et 1937, il rejoint le Parti du peuple algérien (PPA), à la kasma des Tramways d’Alger (TA) où il gravit rapidement les échelons de la hiérarchie, en devenant cadre du parti à Belouizdad. Appelé sous les drapeaux, il accomplit son service militaire entre 1943-1945 dans le génie/sapeur-pompier.
De retour à la vie civile, il reprend le travail – dans les années 40, il a ouvert un café puis un magasin de postes-radio – et ses activités partisanes. Elu conseiller municipal du MTLD en 1947 et délégué au congrès du PPA, il anime, en même temps, la section d’athlétisme du Mouloudia. En 1948, il se porte candidat à l’Assemblée algérienne mais il est arrêté en avril de la même année et incarcéré à la prison de Serkadji (ex-Barberousse). A sa libération, il reprend son militantisme et son domicile devient très vite le lieu de rassemblement des partisans nationalistes. De nombreuses réunions secrètes s’y tiennent comme, notamment, celle commémorant la disparition de Kehal Arezki ou Mohamed Douar. Il y reçoit également les membres de l’OS recherchés par les services de police. Lorsque s’ouvre la crise entre les messalistes et les centralistes, il choisit de se tenir à l’écart du conflit et, dès le 1er novembre 1954, décide de rallier les rangs du Front de libération nationale. Là encore, son domicile devient une cache d’armes du FLN et lorsque Abane Ramdane est libéré de prison en 1955, il l’héberge chez lui, rue Hélène-Boucher, au Ruisseau, à la demande de Krim Belkacem. Ce dernier lui demande, par ailleurs, de l’assister dans toutes les tâches dont il avait la charge. Lakhdar Rebbah demande alors à Abane Ramdane de le mettre en contact avec les formations et personnalités politiques.
Au cours d’une réunion tenue chez lui et à laquelle prennent part Abane Ramdane, Benyoucef Benkhedda, R. Amara et Hanafi, décision est prise de composer un hymne national. Benkhedda charge alors Lakhdar Rebbah de prospecter les milieux littéraires et artistiques afin de trouver un auteur qui accepterait de mettre sa plume au service de la cause nationale. Le lendemain, Lakhdar Rebbah croise par hasard, au niveau du café L’Express, à la rue d’Isly (actuelle rue, Larbi Ben M’hidi), Moufdi Zakaria. Il lui fait part de la proposition des dirigeants du FLN et lui explique que l’hymne devra mettre en valeur le combat du peuple algérien pour le recouvrement de sa liberté.
La requête faite à Moufdi Zakaria sera refusée car elle intervenait dans un contexte particulier. Selon l’historien M. Zeghidi, cette proposition intervenait « au moment où la France coloniale faisait circuler une rumeur, selon laquelle, le FLN aurait exigé aux Algérois de boycotter les commerces gérés par la communauté mozabite. Et donc, de ce fait, il avait refusé la demande, en réfutant les accusations attribuées à sa communauté. Mais la réaction des dirigeants de la Révolution, n’a pas tardé, en apportant un démenti formel à la manœuvre de l’Administration coloniale, dont l’objectif était de diviser le peuple algérien et de semer le doute quant à la justesse de la lutte armée menée par le FLN ».
Le 24 avril 1955, Moufdi Zakaria s’attelle à l’écriture du célèbre poème au 2, rue Blandon, près de la place Chartres. Il lui aura fallu une nuit pour rédiger l’hymne qui sera remis, dès le lendemain aux dirigeants du FLN. A noter que d’autres sources affirment que Moufdi Zakaria a écrit le poème à la prison de Barberousse, le 25 avril 1955. Quoi qu’il en soit, le texte fut soumis à Abane Ramdane qui l’approuva.
Lakhdar Rebbah poursuivra ses activités partisanes, en devenant l’un des fondateurs et animateurs de l’Union générale des commerçants algériens en 1956, sous l’égide du FLN.
Le 11 avril 1956, il est arrêté à Kouba. Transféré d’un commissariat à un autre, il subit à chaque fois d’atroces séances de torture. Il sera successivement emprisonné à Serkadji (ex-Barberousse), El-Harrach (ex-Maison Carrée), Tazoult (ex-Lambèse), avant d’être transféré à Loos-Lez-Lille en France.
Au lendemain de l’indépendance, il est élu député le 20 septembre 1964, mais finit par se retirer de toute vie politique.
Dans une étude consacrée à la vie d’Abane Ramdane, l’historien Khalfa Mameri écrira à propos de Lakhdar Rebbah : « Ce témoin ne laisse pas insensible. Il porte la lumière et la joie de l’homme utile sur son propre visage. » Ses amis le surnommaient El Ghazal.


Hassina Amrouni

Sources :
https://www.huffpostmaghreb.com/mohamed-rebah/il-y-a-27-ans-partait-lakh...
http://sebbar.kazeo.com/rebbah-lakhdar-a127880658
https://www.elwatan.com/pages-hebdo/histoire/hommage-a-lakhdar-rebah-04-...
http://www.elmoudjahid.com/fr/actualites/58376

 

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