L'engagement du PCA dans la lutte armée

Par Fateh Adli
Publié le 04 nov 2019
Pris dans le tourbillon de ses crises organiques et idéologiques propres, le PCA qui se détachait péniblement de la matrice mère qu’était le PCF, n’en était pas moins attentif aux décantations salutaires qui s’opéraient au sein du mouvement national et des décisions majeures qui allaient être prises par ses dirigeants.
Henri Maillot
Saddek Hadjerès

Au déclenchement de l’insurrection armée le 1er Novembre 1954, la direction du PCA, à l’instar des réformistes de l’UDMA ou des ouléma, n’était pas totalement acquise à cette brusque rupture osée par les radicaux du mouvement national. Mais, dès 1956, les choses évoluent rapidement. C’est ainsi que l’adhésion des communistes au mot d’ordre de la lutte armée, sous la bannière du Front et de l’Armée de libération nationale, fut un grand moment dans l’histoire de la guerre de Libération nationale. C’est surtout grâce au volontarisme et à la force de conviction d’un Abane Ramdane, unificateur du nationalisme algérien, que cela put se réaliser.
Il faut dire que, jusque-là, les nationalistes du FLN ne montraient aucune sympathie pour les communistes, au vu de la position peu flatteuse du PCF – dont le PCA était encore proche – qui venait de voter, à l’Assemblée nationale française, les pouvoirs spéciaux qui autorisaient l’armée coloniale à réprimer sauvagement la guérilla, notamment à Alger. Mais soucieux de l’unité des rangs et conscient des enjeux politiques de l’heure, Abane a tout fait pour parvenir à un accord avec tous les partis algériens encore réticents, dont particulièrement le PCA. Considérant l’importance politique et organique de ce parti historique, il était même prêt à consentir une exception pour accepter l’entrée de ce parti en tant que structure au sein du FLN, alors que la règle, en principe, était d’autoriser les adhésions à titre individuel, comme c’est le cas avec tous les autres partis du mouvement national (UDMA, ouléma…). Cherchant à convaincre ses pairs, Abane Ramdane écrit dans un message adressé aux dirigeants FLN basés au Caire et daté du 15 mars 1956 : « (…) Si les communistes (entendre les pays socialistes, ndlr) veulent nous fournir des armes, il est dans nos intentions d’accepter le parti communiste algérien en tant que parti au sein du FLN si les communistes sont en mesure de nous armer… »
Avant d’entamer les discussions avec les chefs de la Révolution, le PCA avait déjà prouvé sur le terrain son engagement révolutionnaire et son esprit combatif sur le terrain. Il faut rappeler, à ce titre, que dès avril 1956, le militant communiste d’origine française, Henri Maillot, avait réussi, avec un groupe de «Combattants de la libération» affiliés au PCA, à s’emparer d’un camion d’armement des troupes coloniales au profit de la résistance algérienne. L’action avait bousculé les esprits. Les médias colonialistes s’en sont fait largement échos, alors que les états-majors de l’armée d’occupation, ébranlés, pointaient des complicités au sein de leurs unités militaires. Le PCA était, pour ainsi dire, le seul parti algérien, en dehors du FLN, à assumer l’action armée contre l’occupant et à avoir ses propres forces armées. C’est pourquoi, les négociateurs du FLN devaient tenir compte de cette particularité que présentait le PCA.
Abane Ramdane, toujours accompagné de Benyoucef Benkhedda, eut ses premiers contacts avec les dirigeants communistes en printemps 1956 à Alger. Ses premiers interlocuteurs s’appelaient Bachir Hadj Ali et Sadek Hadjerès, futurs leaders du parti et fondateurs du PAGS. Avant de voir la possibilité de parvenir rapidement à un accord politique, les représentants du FLN cherchèrent d’abord à sonder les prédispositions du PCA et de son maquis à collaborer avec les maquis de l’ALN.
Dans un témoignage sur cet épisode, Sadek Hadjerès, écrit : « Nous en avions fini provisoirement avec les échanges concernant nos groupes armés et avions précisé certaines modalités des prochains contacts pour les poursuivre après consultation de nos instances respectives. Benkhedda, sans doute pris par un autre rendez-vous, sort le premier. La discussion se poursuit alors avec Abane. Il est détendu et visiblement satisfait de la franchise de nos discussions, avec dans le regard une pointe d’affabilité souriante. »
Au sujet de la proposition de voir les communistes intégrer la Révolution sur la base d’adhésions individuelles, Saddek Hadjerès raconte : « Nous avons dit que nous comprenions bien l’importance d’une organisation et d’une discipline monolithiques pour tout ce qui concernait le combat et les structurations militaires. Nous estimions cependant qu’en ce qui concernait la mobilisation politique, la propagande, l’éducation etc., gagnerait plutôt à réaliser la cohésion dans des formes de coordination plus souples, plus rassembleuses et par là même plus efficaces. On ferait ainsi de l’autonomie d’opinion et d’expression des organisations qui le souhaitent, un facteur supplémentaire de large rassemblement. A condition bien sûr que cette structuration plus souple s’accompagne d’un solide consensus et d’une plate-forme d’action reposant à la fois sur l’indépendance comme objectif démocratique et social et sur la lutte armée et de masse comme moyen d’y parvenir. »
Au cours de cette discussion, les deux parties ont évoqué la question syndicale qui intéressait tant les militants communistes. Là, les avis divergeaient fondamentalement. Alors que le FLN se targuait d’avoir sous sa coupe les militants syndicalistes, à travers l’UGTA qui venait d’être créé de façon «unilatérale», les représentants du PCA y voyaient une volonté d’imposer une forme d’hégémonie sur l’ensemble du mouvement de lutte contre l’occupation. Hadjerès relevait ainsi le «caractère politicien» de la décision prise par le FLN de créer une centrale syndicale sans se soucier du besoin d’avoir un large mouvement syndical.

Adel Fathi

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