Le Patriote : journal précurseur

Par Fateh Adli
Publié le 25 nov 2019
Pour sensibiliser de larges pans de l’opinion publique sur leur engagement à la fois révolutionnaire et unitaire, les fondateurs du CRUA ont décidé de créer un bulletin d’information, sorte d’organe central de leur structure transitoire. Ils lui donnèrent un nom emblématique : Le Patriote. Financé par le Comité central du PPA/MTLD, ce bulletin de quatre pages fut dirigé par Hocine Lahouel, l’un des principaux opposants à Messali Hadj au sein du parti, mais qui va néanmoins attendre une année pour rejoindre le FLN. Paraissant sous forme ronéotypée, le journal sera plus tard diffusé auprès des chargés à la propagande et à l’information dans chaque kasma.
Hocine Lahoual
Mahfoud Kaddache
La bataille d’El-Djorf en septembre 1955

Le 5 juillet 1954, Le Patriote publie une édition spéciale, commémorant le triste anniversaire de la prise d’Alger par l’occupant français. Ce numéro spécial fut une tribune pour les hommes du CRUA d’exposer leur vision de la lutte contre le colonialisme et de rappeler le devoir de chaque patriote pour libérer le pays. Ce fut aussi l’occasion de mettre en avant l’impératif de l’action armée, après l’échec de toutes les voies de lutte expérimentée par le mouvement national pendant des décennies. Il s’agissait surtout de convaincre les militants et cadres du PPA-MTLD de rejoindre le mot d’ordre de l’action armée. Pour rappeler l’humiliation qu’avait faite l’occupation française au peuple algérien, les rédacteurs de cette édition spéciale du Patriote choisirent de mettre en entête le verset coranique : «Souvenez-vous, le souvenir est un bienfait pour les croyants ».
Dans l’éditorial de ce numéro spécial, on peut lire : «Notre belle Algérie a été conquise par le fer et le sang» L’éditorialiste évoque les « projets criminels des impérialistes français » et l’esclavage civilisateur pour dénoncer le colonialisme français et le statut d’indigène auquel était réduit le peuple algérien. Sur le même ton, un autre article du même numéro donne une définition décapante de la colonisation en général : «Le colonialisme, quel que soit le vocable sous lequel il se cache, ne peut jamais être d’aucune utilité pour le colonisé, bien au contraire, plus il dure, plus il s’enracine et plus il risque d’anéantir la proie qu’il a saisie. Basé sur des fondements inhumains : le racisme et la force, il a pour but le profit par l’exploitation de l’homme par l’homme et est par conséquent incapable d’évolution dans le sens du progrès, il restera éternellement le fléau pour les peuple sur lesquels il s’abat. »
Il faut savoir que Le Patriote était imprimé et vendu dans les locaux des Scouts musulmans situés dans les arcades faisant face au port d’Alger, sous la supervision des militants nationalistes Salah El-Ouanch et Mahfoud Kaddache (le futur historien, auteur de plusieurs ouvrages sur le mouvement national, décédé en 2006). Grâce à ses six numéros, ce journal précurseur a réussi à ancrer l’esprit patriotique et d’union chez les militants nationalistes dans une phase de transition déterminante dans le parcours du mouvement national et dans le destin de la nation. Edité dans les deux langues (arabe et français), Le Patriote a continué à paraitre durant la première année de la guerre et a couvert les premières actions de l’insurrection armée, sous la forme d’un bulletin d’information édité par la Zone I (Aurès Nemamchas), sous le titre El-Watani, lequel a publié des comptes-rendus des grandes batailles menées par les moudjahidine dans ce bastion de la Révolution, comme la bataille d’El-Djorf en septembre 1955.
Il y a lieu de souligner que toutes les zones (futures wilayas) étaient dès le départ dotées de bulletins d’informations à tirage réduit et d’audience locale. On peut citer : Le Bulletin du Djebel (zone II) ; Ennahdha (zone III) ; La Guérilla (zone IV) et l’Echo du Sahara (Zone V).
A la proclamation du Front de libération nationale qui succédait ainsi de fait au CRUA, la direction de la Révolution éprouva le besoin d’unifier les organes de presse parlant au nom de la lutte algérienne pour l’indépendance, notamment après la parution du journal El-Mouqawama (Résistance) lancée en France et en Tunisie par des nationalistes proches de la mouvance réformistes des Oulémas. C’est ainsi que naquit l’idée d’un organe central de la Révolution qui devait, au départ, s’intituler Le Résistant (El-Mouqawim), mais qui portera finalement le titre El-Moudjahid.
Créé au lendemain du Congrès de la Soummam, sous l’impulsion d’Abane Ramdane, El-Moudjahid restera désormais l’unique porte-voix de la lutte du peuple algérienne jusqu’à l’indépendance.
Adel Fathi

GUERRE DE LIBERATION

Les frères martyrs

Abdelkader Menouar et Mohamed Badaoui

MOUVEMENT NATIONAL
FIGURES HISTORIQUES
GRANDES DATES
MEMOIRE

La moudjahida

Portrait de l’artiste plasticienne Aïcha Haddad

UNE VILLE, UNE HISTOIRE

Ath Yenni, Le Mont des orfèvres

Histoire de la ville

CONTRIBUTION

Un parcours patriotique exceptionnel

Moudjahida Kheira Louahla