Un parcours patriotique exceptionnel
Moudjahida Kheira Louahla

Par Hassina AMROUNI
Publié le 26 nov 2019
Kheira Louahla. Beaucoup ne connaissent pas cette grande dame, pourtant, son parcours est exceptionnel et l’engagement qu’elle a pris un jour envers son pays, elle l’a honoré jusqu’à son dernier souffle. Retour sur une destinée peu commune.
Kheira Louahla
La cosmonaute russe Valentina Terechkova
Boussouf Abdelhafid et Krim Belkacem avec le Président Mao Zédong

Native de Sidi Bel-Abbès, plus précisément de l’emblématique quartier Bario-Alto (aujourd’hui Chahid Zebida Abdelkader), Kheira Louahla voit le jour le 3 février 1931, rue du Marabout, dans une modeste famille comptant 7 enfants (5 filles et 2 garçons).
A l’instar d’autres filles de sa génération et de sa condition, Kheira n’a pas la chance de fréquenter les bancs de l’école car il n’en existe pas dans son quartier (quand l’école des filles « Gaston Julia » est inaugurée, Kheira a 19 ans). Aussi, se passionne-t-elle pour la couture traditionnelle, une activité qui va lui permettre d’exprimer pleinement son talent et sa dextérité.
Dans la région, plusieurs écoles de couture ouvrent leurs portes notamment dans le versant européen de la ville. Parmi ces écoles privées, celle de Lydie Fernandez, rue Prudon, celle de Madame Dubreuil au centre-ville ou encore de Madame Blanchin, du faubourg-Thiers mais ces établissements ayant pignon sur rue demeurent inaccessibles aux jeunes indigènes…sauf une : l’école de Madame Marco, sise rue du Fondouk (Trig El-Lefâa) qui, semble-t-il, tolérait la présence de jeunes apprenties algériennes. Selon certaines sources, Kheira Louahla aurait suivi une formation diplômante au sein de cette école, d’autres sources attestent au contraire qu’elle a fréquenté les ateliers de couture du centre polyvalent de Toba, dans le quartier Marabout.
Quoi qu’il en soit, emmenée par cet amour pour le fil et l’aiguille, elle a, à l’âge de 22 ans l’immense chance de suivre un stage de couturière en Suisse. Une expérience unique pour cette jeune passionnée qui reviendra de son séjour helvète avec un bagage qui lui servira tout au long de sa longue carrière et qu’elle s’attellera, à transmettre à son tour, à des générations de femmes artisanes algériennes.

Louahla devient agent de liaison

Au lendemain du déclenchement de la guerre de libération nationale, Kheira Louahla met sa « maison de couture du patrimoine ancestral » au service de la Révolution. Au sein de son atelier, la jeune femme entreprend de collecter des vêtements, des médicaments et des fonds qu’elle fait ensuite parvenir aux moudjahidine qui se trouvent au maquis. Outre sa mission d’agent de liaison dans la zone urbaine 5 (de la Wilaya V) dont elle s’acquitte avec beaucoup d’abnégation, Kheira Louahla n’hésite pas à amener de jeunes couturières à rallier les groupes de fidaïyate, parmi ces jeunes femmes, la moudjahida Melouka El-Fekir. Reconnaissante à Kheira Louahla de lui avoir permis d’apporter sa modeste contribution à la révolution nationale, Melouka témoignera que « son intégration réussie dans la cellule révolutionnaire de Kata Mohammed, au début de l’année 1957, s’est faite grâce au contact de la couturière Louahla Kheira ». Melouka El-Fekir dont les frères Abbes et Benali et l’oncle maternel, le chahid Hallouche Bouamrane, étaient membres actifs de l’ALN refuseront de la faire enrôler mais grâce à Kheira Louahla, elle deviendra moudjahida et jouera les premiers rôles dans sa région, en combattant aux côtés de ses frères moudjahdine.
Louahla faisait partie de ces « fahlate » comme on aime bien les qualifier dans notre langage algérien, une femme authentique et racée qui ne reculait devant aucun danger tant que le risque était pris au nom de l’Algérie. Arrêtée une première fois par l’armée coloniale, elle est condamnée à 20 ans de privation de droits civiques. Cela ne l’empêche pas de poursuivre son combat, une fois libérée, car convaincue de la justesse de la cause du peuple algérien. Elle est à nouveau arrêtée, elle connaît alors les centres de torture de Sidi Bel-Abbès et le DOP de Trig M’ascar, ainsi que les centres de concentration, la maison d’arrêt d’Oran où elle est détenue durant 18 mois, la prison civile et le centre de tri et de transit. Au lieu de la faire fléchir, le pouvoir colonial ne fera que renforcer sa détermination et décupler son courage.
Au lendemain de l’indépendance, plus précisément en 1963, à la tête d’une délégation de femmes algériennes, la grande moudjahida a la chance de se rendre en Chine, rencontrant à Pékin, le grand Mao Zedong. Elle fait également à Alger, une autre rencontre fabuleuse, celle de la cosmonaute russe Valentina Terechkova, première femme à voyager dans l’espace.
Elle poursuivra son action et son engagement envers la femme algérienne, en devenant membre du conseil de l’UNFA et de la Mouhafada du FLN.
Toujours restée célibataire, Kheira Louahla a consacré sa vie entière aux autres. Elle meurt en 2006 à la Mecque lors de l’accomplissement avec son frère Abbès, du pèlerinage du hadj. Elle repose désormais aux Lieux Saints.

Hassina Amrouni

Source :
https://bel-abbes.info/les-lundis-de-lhistoire-reecrire-lhistoire-de-lou...

 

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