La dimension religieuse du sentiment national
Association des oulémas

Par Boualem TOUARIGT
Publié le 28 mai 2018
Le 16 avril de chaque année est célébré la journée de la science, « Youm el ilm », journée-anniversaire du décès de Abdelhamid Ibn Badis, le 16 avril 1939. L’association des oulémas algériens est constituée le 5 mai 1933 à Alger, au cercle du progrès, par une assemblée de 72 docteurs de la foi, enseignants et imams. L’assemblée porte à sa tête, le cheikh Abdelhamid Ibn Badis Elle va jouer un grand rôle dans l’éveil des consciences, le développement de l’enseignement religieux, l’extension de l’enseignement de la langue arabe, la multiplication des associations culturelles et sportives au sein des populations algériennes.
Ibn Badis
Cheikh Abdelhamid Ben Badis à Béjaia en 1938
Abderrahmane Bibi, Ben badis et Abdelhamid Mokhtari
Association des oulémas
Cheikh Bachir el Ibrahimi
Lettre manuscrite de Ben Badis
A g. Larbi Tebessi et Bachir el Ibrahimi

L’idéologie coloniale s’est appuyée sur des théories racistes développée notamment par le professeur Antoine Porot, fondateur de l’école psychiatrique d’Alger. Pour ce psychiatre, « l’importante contribution militaire demandée à l’Afrique du Nord, les levées de classes entières, par appel, nous ont mis en présence de la véritable masse indigène, bloc informe de primitifs profondément ignorants et crédules pour la plupart, très éloignés de notre neutralité et de nos réactions et que n’avaient jamais pénétré le moindre de nos soucis moraux, ni la plus élémentaire de nos préoccupations sociales, économiques et politiques ». (Annales médico-psychologiques, 1918). La population algérienne a eu à subir des mesures discriminatoires à caractère raciste à travers notamment les mesures réglementaires contenues dans les décisions relatives au code de l’indigénat, mesures pénalisant exclusivement les populations algériennes, excluant les habitants d’origine européenne : amendes individuelles et collectives, bannissements, et internements décidés par les autorités administratives. Le pouvoir colonial interdisait l’enseignement de la langue arabe et des textes religieux, niant l’histoire de l’Algérie et l’appartenance de la population algérienne au monde arabo-musulman. Sur le plan politique, le mouvement de contestation de la domination coloniale s’est radicalisé et étendu jusqu’à aboutir au recours à la violence armée, entrainant de larges couches de la population algérienne. Celles-ci se sont également engagées dans un large mouvement d’affirmation de la personnalité algérienne au sein d’associations à caractère religieux, culturel et même sportif, donnant au sentiment national un contenu multiforme et concret.
L’association des oulémas algériens s’est affirmée dès le début par sa revendication de la laïcité, c’est-à-dire d’une pratique de l’islam indépendante du pouvoir politique et aussi par son refus de s’engager dans l’action à caractère politicien. Les statuts de l’association excluaient tout recours à l’activité politique de la part de ses membres.
L’association des oulémas algériens s’inscrivait dans le mouvement de renaissance islamique initié par l’égyptien Mohammed Abdou et l’Iranien Djamel Eddine el Afghani. En Algérie, il faut relever la grande influence qu’a exercée le cheikh Abdelkader El Medjaoui qui a enseigné dans les médersas de Constantine puis d’Alger entre 1870 et 1914.
L’action de l’association des oulémas a principalement porté sur la diffusion d’un enseignement religieux loin des superstitions et des croyances rétrogrades, en veillant à propager la connaissance d’un islam tolérant, un islam de progrès ouvert aux différences, luttant contre les superstitions et les idées rétrogrades qui avaient fait le jeu de la colonisation, affirmant l’importance de l’Islam dans l’identité du peuple algérien. L’association a permis la diffusion d’un Islam de science et de tolérance. Les membres de l’association ont également refusé d’engager la religion dans les luttes politiciennes. Ils considéraient que les croyants avaient le droit d’exprimer des points de vue divergents à travers les programmes politiques tout en affirmant leur attachement à l’islam. Leur priorité était la libération des Algériens des croyances rétrogrades qui ne faisaient que renforcer la soumission au colonialisme. Abdelhamid Ibn Badis a eu également une action remarquée dans le développement de l’enseignement en direction des filles, ouvrant des écoles à cet effet, des écoles ouvertes à l’enseignement scientifique.
Avec le développement de l’action des oulémas, un grand nombre d’Algériens se sont engagés dans la lutte anticolonialiste sur les terrains culturels et même sportifs en créant et en animant des associations pour la pratique culturelle et sportive affirmant l’identité du peuple algérien, sa spécificité, son indépendance vis-à-vis de la domination coloniale, affirmant leur spécificité et leur identité tirées de leur histoire propre, indépendamment de l’histoire du colonisateur.
La colonisation réagit très durement pour contrer l’extension de la pratique de l’islam. La circulaire
« Michel » du nom du secrétaire de la préfecture d’Alger, Jules Michel, demandait aux autorités de surveiller les activités des oulémas de l’association considérés comme dangereux. Jules Michel avait en charge la gestion du culte musulman, nommant et contrôlant les imams chargés des prêches qui devenaient des salariés de l’administration coloniale.
Dès la prise d’Alger en 1830, la destruction des mosquées avait commencé. Le général Clauzel avait commencé très tôt par la confiscation des biens habous qui dégageaient les revenus nécessaires au fonctionnement des mosquées et des œuvres caritatives. Ce furent ainsi deux millions d’hectares qui furent confisqués par la colonisation. L’ancien administrateur civil d’Alger, de Bussy affirmait qu’il y avait à Alger avant la colonisation, 80 écoles, elles furent réduites de moitié dès le début de l’occupation. A Annaba, 22 des 30 mosquées qui existaient dans la ville furent démolies dès le début de la colonisation.
L’action de l’association des oulémas permit à beaucoup de citoyens algériens de retrouver un enseignement de la religion débarrassé des croyances rétrogrades et du contrôle de l’administration coloniale, comme elle leur permit d’affirmer leur histoire et leur identité dans les pratiques culturelles. Ce fut ainsi un grand effort de résistance collective à l’occupation coloniale qui engagea de larges couches de la population pour s’opposer aux manœuvres de l’administration coloniale.

Boualem Touarigt

FIGURES HISTORIQUES

LA PLUME ET LE FUSIL AU MAQUIS

Mohamed LEMKAMI alias Si ABBAS

GRANDES DATES

RECONCILIER NOS PEUPLES EN ASSUMANT NOTRE HISTOIRE COMMUNE

73è Anniversaire des massacres du 08 mai 1945

MEMOIRE

La jeunesse contre la liberté

Chahida Yamouna Gamouh

UNE VILLE, UNE HISTOIRE

La « capitale du Djebel Amour »

Histoire de la ville d’Aflou

CONTRIBUTION