RECONCILIER NOS PEUPLES EN ASSUMANT NOTRE HISTOIRE COMMUNE
73è Anniversaire des massacres du 08 mai 1945

Par La Rédaction
Publié le 28 mai 2018
Le Président Macron a affirmé lors de sa campagne présidentielle qu’il était temps de revisiter notre histoire commune et de défricher les sentiers des lendemains où les peuples algériens et français retrouvent cette communion de vivre ensemble en reconnaissant les affres de la guerre coloniale sur les peuples opprimés. Au 73e anniversaire des massacres du 8 Mai 1945, peut-on dire que les propos du Président Macron élu il y a une année, tiennent bien la route ? C’est la nouvelle génération des hommes politiques français qui peut décomplexer cette blessure de l’histoire dans toute la grandeur de la Nation de la Révolution de 1789. Les peuples attendent que soit reconnu le passé meurtrier de la colonisation sur les peuples colonisés et soient ouvertes les portes de l’espérance dans une coopération multiforme au seul intérêt des peuples des deux rives de la Méditerranée. Le Président Bouteflika n’a eu de cesse de le rappeler à ses hôtes Présidents français pour une communauté de destin dans une région apaisée dans la reconnaissance de notre histoire commune.
Ouverture de la conférence des Nations Unies à San Francisco
Ouverture de la conférence des Nations Unies à San Francisco
Un Algérien abattu à bout portant à Ain Abid, le 8 mai 1945
Les atrocités commises le 8 mai 1945 par l’armée coloniale
Et le 8 Mai 1945 reste dans la mémoire collective une date marquante, en France comme en Algérie. Aujourd’hui 8 Mai 2018, pour les deux peuples, c’est un moment de recueillement pour que personne n’oublie. La France est interpellée pour sauver l’honneur de sa culture des droits de l’Homme. Elle doit reconnaître les crimes de guerre pour laver sa conscience devant l’Histoire. Ce sont là les principes universels de la Déclaration des droits de l’Homme et de la dignité des peuples à vivre libre et sans oppression de quelque nature que ce soit. D’Algérie, Tunisie au Maroc, de Madagascar au Vietnam aux pays d’Afrique noire, l’armée coloniale a massacré, torturé, des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants, dont le seul tort était la revendication des libertés fondamentales et du droit à l’autodétermination tel qu’inscrit dans la Charte des Nations unies. On n’efface pas l’histoire, on ne peut pas la falsifier. Les milliers de personnes mortes pour les idéaux de paix et de liberté continueront à hanter la mémoire de la condition humaine, comme ce fut le cas pour le fascisme qui a terrorisé et torturé l’âme du peuple français et sa résistance contre le nazisme. Demander la reconnaissance symbolique à la France officielle des faits et des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, n’est qu’un droit naturel de civilité à une Nation qui a toujours inscrit dans ses Constitutions républicaines les droits de l’Homme en tant que constante de sa culture démocratique. Soixante-treize ans après, est-il venu le temps dans l’esprit de la réconciliation et du droit de dire la vérité mais aussi dans celui de la repentance des crimes coloniaux, de se pencher sereinement sur cette date, ô combien cruelle pour les peuples algérien et français et pour l’humanité en général ? Pour une juste reconnaissance devant l’Histoire et les hommes des responsabilités de ce massacre perpétré au moment même d’une victoire contre le nazisme et le fascisme censée être celle de la liberté contre toute forme de répression et d’atteinte aux droits de l’homme.L’avenir est, à cet égard, prometteur et porteur d’espérance lorsque sur les deux rives de la Méditerranée, la volonté politique est portée par les dirigeants des deux pays pénétrés du sens profond de idéaux humanistes et de la grandeur de l’histoire des deux peuples. Les jeunes générations ont le droit d’espérer de vivre en communion pour faire avancer l’Humanité à plus de progrès et de bien-être et ouvrir davantage les horizons des espérances et de la paix. Un siècle de sang, de larmes et de misèreLe temps est propice en ce nouveau millénaire pour enterrer les affres de l’oppression des peuples. La France qui a connu durant la Seconde Guerre mondiale les atteintes à la condition humaine ne doit pas s’enfermer dans le mutisme qui a caractérisé le siècle passé, à nier le massacre colonial sur les peuples. La conscience universelle l’interpelle pour se laver de toute entreprise qui a terni la mémoire du peuple français durant la période coloniale, par la juste reconnaissance aux peuples brimés de ce droit symbolique. La misère du peuple était poignante. Les droits les plus élémentaires de l’Homme étaient bafoués. De cinq quintaux de céréales en moyenne par an par habitant en 1871, la famille algérienne n’en recevait que deux quintaux. Le fellah qui, à Tizi Ouzou par exemple, disposait pour les mêmes périodes de 36 ares, n’en possédait que 24 ares à la veille de mai 1945. Quinze Algériens sur cent sont des citadins et habitent les bidonvilles. Les horreurs de la conquête sont encore vivantes dans la mémoire collective. «Ce fut le siècle du sang et des larmes et c’est nous, indigènes, qui avons pleuré, qui avons saigné», écrit Ferhat Abbas. Les habitants ruraux, plus de 85% de la population, sont écrasés, dépossédés, bétail et grains confisqués. Le paysan payé à 1,50 F pour 15 heures de travail par jour, alors que le prix du kilo de pain au marché noir, rapportait Albert Camus, variait à l’époque entre 90 et 240 francs. Plus de 55.000 cas de typhus dans la population musulmane entre 1939 et 1945, sans compter d’autres épidémies.Le code de l’indigénat l’autre apartheidLe code de l’indigénat de 1881 continue de peser par ses lois d’exception. Oppression et mépris se conjuguent au présent. Nous sommes dans les mêmes conditions dans lesquelles le duc de Rovigo, alors général, fait massacrer en représailles d’un vol de la totalité de la tribu des Ouffas en ordonnant : « Des têtes... apportez des têtes, bouchez les conduites d’eau crevées avec la tête du premier bédouin que vous rencontrez ».Bugeaud, en appliquant sa razzia, brûla vies et villages, en réduisant la population à la famine. Il donna des instructions à ses hommes comme Cavaignac, Saint-Arnaud, Canrobert, Pélissier : « Enfumez-les comme des renards» et quand Pélissier revient de son « enfumade » de la grotte de la Dahra, où il y a eu plus d’un millier de morts, hommes et enfants, il répondait à qui voulait l’entendre : « La peau d’un seul de mes tambours avait plus de prix que la vie de tous ces misérables.» Les massacres étaient le fondement de la colonisation française. Nous allons voir comment de Gaulle, depuis la conférence de Brazzaville, va assumer les lourdes responsabilités dans les répressions coloniales survenues entre janvier 1944 et octobre 1945.Charte de San Francisco et décolonisationLe 12 décembre 1943, dans un discours prononcé place de la Brèche, à Constantine, de Gaulle s’est éloigné des idées développées par Franklin D. Roosevelt, qui n’a pas caché ses intentions de libérer après la guerre les peuples encore soumis au joug colonial. De Gaulle tient le langage de la force et refuse toute discussion sur la décolonisation. Il annonce quelques réformes qui n’améliorent en rien les conditions de vie des Algériens, cela ressemble, à quelques exceptions près, au projet Blum et Violette du Front Populaire.Les revendications formulées par le Manifeste et son additif par Ferhat Abbas sont l’autonomie politique qui doit être substituée au vieux système colonial, brutal et inhumain. Des contacts secrets entre hommes politiques algériens et américains, notamment entre R. Murphy qui avait préparé l’opération Torche (débarquement allié) eurent lieu avec Ferhat Abbas et d’autres élus musulmans et ont laissé croire à la formation d’un gouvernement provisoire algérien.Le Manifeste remis le 31 mars 1943 par une délégation d’élus au gouverneur général français, Marcel Peyrouton, mais aussi aux représentants des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de l’ex-URSS, mais également au général de Gaulle à Londres et au gouvernement égyptien, a été considéré par les uns comme étant responsable des émeutes, alors qu’il a eu l’assentiment d’Augustin Berque, directeur des affaires musulmanes, et de Peyrouton.L’additif du manifèste adopté le 26 mai 1943L’additif au Manifeste fut rédigé et adopté le 26 mai 1943 par 21 délégués financiers arabes et comportait deux titres, à savoir: « L’Algérie sera érigée en Etat algérien doté d’une Constitution propre qui sera élaborée par une Assemblée nationale élue au suffrage universel par tous les habitants de l’Algérie » et le second titre «comporte les réformes politiques et économiques et sociales dans le domaine de la paysannerie, de la main-d’œuvre, de l’instruction et des infrastructures des campagnes, l’accès des musulmans à toutes les fonctions, y compris les fonctions d’autorité dans les mêmes conditions de recrutement, d’avancement, de traitement et de retraite que les fonctionnaires français». Enfin, toutes les libertés fondamentales telles que liberté de presse, de confession, etc. n’ont pas été prises en compte par les autorités françaises. Pis encore, les obstacles à l’éducation et à la politique scolaire étaient légion, on ne comptait que 100 bacheliers musulmans par an. Avec le débarquement des alliés le 8 novembre 1942 et la défaite de la France en 1940, les Algériens se rappelant la déclaration du président Wilson sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes vont passer à une étape de la lutte anticoloniale, d’autant que la colonisation n’était que synonyme de massacres et de violence. Durant le printemps de 1945, 60.000 élèves fréquentaient 233 medersas de l’Association des Oulémas. Lorsque les autorités ont refusé dans le fond et la forme les revendications des délégués financiers, ces derniers ont boycotté les réunions et refusé d’y siéger. Ainsi commencèrent les prémices d’un soulèvement populaire. A Skikda, le 25 juillet 1943, les tirailleurs sénégalais exécutèrent, sur ordre du général Catroux, plus de trente personnes parmi la population musulmane.Les amis du manifèste et l’unité du combat nationalisteLa délégation «indigène» fut dissoute le 23 septembre 1943 et le général Catroux arrêta Ferhat Abbas et Sayah Abdelkader qui furent envoyés en résidence surveillée dans le Sud oranais, le premier à Tabelbata et le second à Béni Abbès. Ils seront libérés le 2 décembre 1943, suite à des agitations populaires à Sétif, Constantine, Alger. Le 4 avril 1944, Ferhat Abbas dépose à la préfecture de Constantine les statuts du mouvement des AML. Tous les nationalistes adhérèrent à ce projet, y compris Messali El Hadj qui se trouvait en résidence surveillée à Boghar et à Ksar Chellala où Ferhat Abbas lui rendit visite. Oulémas, PPA et élus étaient d’accord pour le programme et en l’espace de quelques mois, plus de 500.000 adhérents rejoignent les rangs du nouveau mouvement. Quant aux communistes, ils préférèrent créer un autre mouvement : les Amis de la démocratie. Placé sous la présidence d’honneur de Messali, le Congrès des AML se tient du 2 au 4 mars 1945 à Alger. Dans le rapport Tubert, chargé d’enquêter sur les massacres du 8 mai 1945, l’AML est un mouvement redoutable. A la date du 25 avril 1945, les AML comptaient 171 sections réparties à travers l’ensemble du territoire, selon les archives d’Aix-en-Provence et cité par Boucif Mekhaled dans son ouvrage Chronique d’un massacre, 62 sections dans l’Algérois, 84 sections dans le Constantinois, 15 dans l’Oranais et 10 dans le Sud.L’histoire retiendra les massacres de Sétif-Guelma-KherrataLa région de Guelma comptait à elle seule 13 sections : El Hssania (Clauzel), Belkhir (Mellisimo), Héliopolis, Bouatti Mohamed (Gallieni), Bensmih (Lapaine), Ouled Harrid, Ouled Dahane, Kef Rih, El Fedjdjedj (Kellermann). Guelaât Bousaba, Taya El Sélib (voir archives de la wilaya de Constantine sur les AML). La majorité des militants AML appartenait au PPA. Dans ce contexte naissait par un pacte signé le 22 mars 1945 la Ligue des Etats arabes lors du congrès d’Héliopolis en Egypte. La conférence de San Francisco, tenue du 25 avril au 25 juin 1945, eut un grand retentissement en Algérie. « Les Hommes naissent et demeures libres et égaux en droits, chaque peuple est libre de disposer de lui-même » Depuis le débarquement des alliés, le trafic des armes était intense. Le 25 avril 1945, Messali fut transféré de Ksar Chellala vers Goléa à la suite des manifestations pour sa libération. Le drapeau au croissant et à l’étoile de la libertéA Guelma, le 19 avril, les jeunes manifestent contre le service militaire et scandent des slogans avec des chants patriotiques «Fidaou El Djazaïr Rouhi wa mali». etc.C’était aux cris de «Vive l’Algérie», «Vive l’Algérie indépendante», «Libérez les détenus politiques», «A bas le colonialisme» et «Libérez Messali Hadj» que la manifestation avait commencé. Les militants ont reçu l’ordre de ne pas répondre aux provocations. A Alger, la répression fut sanglante. La police a tiré sur les manifestants. C’est au cours de cette manifestation que le drapeau algérien tel qu’il existe aujourd’hui, fut brandi par Mohamed Belhafel. Ce fut la même chose à Oran dans le quartier d’El Hamri ou encore à Béjaïa. A Sétif, le 1er mai tombait un mardi, jour de marché hebdomadaire et à Guelma, il n’y a pas eu d’incidents majeurs. Partout, à Tébessa, Annaba, Batna, Constantine, Biskra, Khenchela, Mostaganem, Tlemcen, Sidi Bel Abbès, Relizane, Blida, Sour El Ghozlane, Saïda, Boussaâda, Ténès, Chlef, Bouira, Tizi Ouzou, partout la volonté d’indépendance était clairement exprimée ce 1er mai 1945. Le 6 mai 1945, Ferhat Abbas se réunissait avec Bachir Ibrahimi, Mohamed Kheireddine et Tawfik El Madani dans le local de Abbas Torki à Alger. Une lettre de protestation fut rédigée et portée au gouvernement général par Ferhat Abbas et le Dr Saâdane.Au commencement, c’était une façon à nous musulmans de fêter la victoire sur le fascisme. Le peuple algérien devait défiler à travers le territoire algérien en portant les drapeaux des Alliés et le nôtre. A Sétif, tout était prêt selon les consignes reçues. Un drapeau fut confectionné par un certain Aïssa Doumi, tailleur de son état. Ce drapeau se trouve au musée El Djihad de Sétif. Quinze mille manifestants étaient venus de la région de Sétif avec pancartes, slogans et le drapeau qui fut porté et brandi par le jeune scout Saâl Bouzid. A la hauteur du Café de France, les commissaires Olivieri et Valérie interviennent et la police tira sur le porteur du drapeau, qui fut touché mortellement par la rafale.La foule était affolée par la provocation policière. L’armée sous les ordres du commandant Bobillon ainsi que le car qui transportait dix-huit gendarmes ouvrirent le feu sur les manifestants. Le préfet de Constantine, Lestrade Carbonnel et le général Duval, commandant de la division territoriale, avaient donné l’ordre de réprimer par la force toute tentative d’insurrection. Le gouverneur général, Yves Chataigneau, rejoint le 10 mai Sétif et intervint dans le même sens.Chronologie des massacres du Huit mai 1945La répression fut barbare, La répression fut barbare, sauvage et inhumaine. C’était la chasse ouverte à l’homme. A Guelma, qui comptait 20.000 habitants dont 4500 Européens, ce 8 mai 1945, il y avait 4 292 militants AML, selon les listes trouvées lors des perquisitions dans les locaux du mouvement (voir archives de la wilaya de Constantine). Le 7 mai, les militants PPA et AML avaient préparé les pancartes et les drapeaux pour la manifestation. Smaïn Abda et Abdelmadjid Ouarisi dit Si Mabrouk furent convoqués par l’administration sous-préfectorale. L’information sur l’armistice n’a été donnée que le 8 mai dans l’après-midi.C’est dans les kermates (figuiers), à la hauteur de la ville, que le cortège devait prendre le départ. Près de 10.000 manifestants étaient rassemblés avec les drapeaux algériens et des Alliés. Au milieu, Ali Abda brandissait le drapeau, dirigeait la foule et scandait les mêmes slogans qu’à Sétif. Le cortège fut arrêté dans la rue Victor-Vernes, actuellement rue du 8-Mai-45, par les autorités et les services de sécurité. Les gendarmes, policiers et à leur tête le sous-préfet Achiary, tirèrent sur les manifestants, Boumaza fut le premier tué sur le coup, atteint d’une balle. Ce fut ensuite la tuerie générale.Adrien Tixier, ministre de l’Intérieur de l’époque, minimisa le massacre, une milice comprenant des colons fut créée sous la direction du criminel Garrivet et ses acolytes qui décidaient de la vie ou de la mort des milliers de citoyens musulmans. C’était celle-là qui était à l’origine du drame de Guelma, tout Arabe rencontré dans la rue fut tué. La liste des disparus était longue. Le 18 avril 1946, une liste de 142 disparus fut publiée dans le journal Liberté et mettant en cause le sous-préfet et le maire socialiste de Guelma, Garrivet ainsi que le préfet.Ain Kebira- Bougaâ-Guelma-Setif-Saida se souviennentA l’ouest de Souk El-Ténine, du côté de la mer, les croiseurs Duguay-Trouin et Triomphant exécutaient des tirs sur les endroits où les populations étaient en insurrection à Kherrata, Aïn El Kebira, Bougaâ. Le mardi 8 mai, la population avait assisté au discours de l’administrateur Rousseau de la commune mixte de Takitount, venu d’Aïn Kebira (Périgotville) où il était en poste. Au retour, près de Aïn Magramane, Rousseau fut blessé mortellement par un jeune de la commune d’Amoucha, après que les gens eurent appris la répression féroce sur la population musulmane de Sétif. Le crieur public, Rambli Mennadi avait informé les habitants de Kherrata et de ses environs du soulèvement contre les « roumis » qui avaient sauvagement tué les musulmans à Sétif. Le djihad est déclaré. Plus de 10.000 manifestants étaient présents dès l’aube. Au Château Dussaix, les 500 Européens armés jusqu’aux dents tiraient à bout portant sur la foule. A la sortie des gorges de Chabet El Akhra, les chefs de groupe Akkal Abdellah et Haï Amor barraient la route à l’endroit dit «Ansar Azazga», alors que d’autres groupes avaient pris d’assaut la gendarmerie et le Château d’où partaient les tirs des colons.Les balles assassines du colonialismeL’administrateur local Rambaud avait fait du château son poste de commandement. Le matin, vers 11 heures, les autos blindées venant de Sétif ouvrirent le feu sur les milliers d’insurgés musulmans. Des centaines de victimes tombaient sous les balles assassines. En plus des automitrailleuses, des croiseurs de guerre, les avions 512 chasseurs bombardiers et 12 bombardiers moyens entrèrent en action et bombardèrent tous les environs de Kherrata. L’artillerie lança des obus 105 sur le douar voisin des Béni Merai détruisant toutes les maisons. Le détachement militaire que commandait le lieutenant Bergeret continua de tuer tout Arabe dans la ville de Kherrata. A El Eulma (St Arnaud), Aïn Arnat, Aïn Taghrout, Bordj Bou Arréridj, Ouled El Marsa, Mezloug, El Ouaracia, Fedj Mzala, toute la population était en ébullition. Aïn El Kebira (Périgotville), chef-lieu de la commune mixte de Takitount, au nord de Sétif, qui comptait 1 424 musulmans et 115 Européens, aux Amoucha, à Béni Aziz (Arbaoun-Chevreuil), Aïn Abessa, Souk El Ténine, Mansouriah, les gens déclaraient le djihad. En fait, c’était une insurrection généralisée contre le colonialisme après ce crime contre l’humanité dans les Babors, Guelma et Kherrata. Le 23 mai 1946, Ferhat Abbas déclarait à Saïda 20.000 morts, le journal El Djamhouria Moussawat du 27 août 1948, parle de 30.000 victimes. Le journal El Manar (Le Phare) du 9 mai 1952, cite le chiffre de 40.000 alors que son directeur, Mahmoud Bouzouzou, avance le chiffre de 45.000 victimes à la une du journal du 4 mai 1951. Ce chiffre sera retenu par le conseil américain d’Alger, chiffre appuyé par un travail d’investigation sérieux. Les oulémas parlent de 80.000 victimes. Mais ces statistiques semblent minimisées si l’on tient compte du nombre d’habitants des mechtas, tribus et douars qui furent bombardés sans qu’aucune statistique puisse être vérifiée. Ce crime de guerre a prouvé la décision des autorités coloniales d’exterminer toute une population dont le seul tort était d’avoir manifesté pacifiquement pour sa liberté, son indépendance et la décolonisation de sa terre spoliée tel que stipulé par la charte de San Francisco. Même si le rapport du général Tubert insiste sur la répression féroce, à ce jour aucun bilan n’a été arrêté d’une manière appropriée, car pouvant dépasser même les cent mille victimes.Rencontre mémorielle d’une commune histoireLe 8 Mai reste dans la mémoire collective une date marquante, en France comme en Algérie, mais avec des significations opposées. «En France, il évoque la libération achevée, en Algérie, la revendication d’une libération à faire, revendication étouffée dans le sang», dira Yves Benot dans son livre Massacres coloniaux. Toute l’Algérie manifesta pour son indépendance et l’effroyable répression s’abattit sur la population civile par la machine de guerre coloniale. L’opinion française et internationale a été choquée par la sauvagerie et la brutalité des actes répressifs. Un crime reste un crime quel que soit le chiffre des meurtres, des massacres ou des injustices. Mais en Algérie coloniale, tortures, massacres et racisme étaient monnaie courante. Le droit à l’insurrection contre l’oppression devient, comme dira La Fayette en 1789, «le droit le plus sacré des devoirs». La revendication nationale est une revendication de dignité. Ce combat traduit une exigence morale fondamentale face à l’humiliation permanente, les vexations quotidiennes et l’épuration ethnique de type colonial d’autant que la répression a été disproportionnée et atroce. En couvrant les massacres et les tueries du Constantinois et d’ailleurs dans les colonies d’Afrique et d’Indochine, de Gaulle a donné des habitudes, tracé une voie que les gouvernements suivants emprunteront à leur tour. « Entre le de Gaulle de 1944/45 et celui de 1960/62, il n’y a pourtant ni contradiction ni en dépit de l’apparence, évolution », affirme encore Yves Benot dans Massacres coloniaux.85.000 victimes en Algérie, 100.000 à Madagascar pour la même période : quelle horreur, quelle barbarie pour une nation des lumières, celle de la révolution de 1789, au détriment des peuples sous domination coloniale français e!Dire la vérité aux jeunes générationsLa France est interpellée pour sauver l’honneur de sa culture des droits de l’Homme. La France doit reconnaître les crimes de guerre pour laver sa conscience devant l’Histoire. Ce sont là les principes universels de la Déclaration des droits de l’Homme et de la dignité des peuples à vivre libre et sans oppression de quelque nature que ce soit. De Sétif à Madagascar, d’Haiphong à la Côte d’Ivoire, à Casablanca, l’armée coloniale a massacré, torturé, épuré des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants, dont le seul tort était la revendication des libertés fondamentales et du droit à l’autodétermination tel qu’inscrit dans la Charte des Nations unies. Ouvrir les horizons de coopération mutuellement bénèfiqueOn n’efface pas l’Histoire, on ne peut pas la falsifier. Les milliers de personnes mortes pour les idéaux de paix et de liberté continueront à hanter la mémoire de la condition humaine, comme ce fut le cas pour le fascisme qui a terrorisé et torturé l’âme du peuple français et sa résistance contre le nazisme. Demander la reconnaissance symbolique à la France officielle des faits et des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata n’est qu’une doléance de civilité à une nation qui a toujours inscrit dans ses Constitutions républicaines les droits de l’Homme en tant que constante de sa culture démocratique. Comme pour le génocide arménien et kurde, l’holocauste juif, la répression italienne contre le peuple libyen, il est temps que l’histoire coloniale soit revisitée pour témoigner en tant que nations civilisées des crimes contre l’humanité. Tel sera l’humanisme des lumières. C’est là un devoir de mémoire.Soixante-treize ans après, sans doute est-il temps dans l’esprit de la réconciliation mais aussi dans celui de la repentance des crimes coloniaux, de se pencher sereinement sur cette date, ô combien cruelle pour le peuple algérien et pour l’humanité en général, pour une juste reconnaissance devant l’histoire et les hommes des responsabilités de ce massacre perpétré au moment même d’une victoire censée être celle de la liberté contre toute forme de répression et d’atteinte aux droits de l’Homme. L’avenir est, à cet égard, prometteur et porteur d’espérance lorsque sur les deux rives de la Méditerranée, la volonté politique est portée par les dirigeants des deux pays pénétrés du sens profond de idéaux humanistes et de la grandeur de l’histoire des deux peuples. Le temps nous le dira et il faut croire à la volonté des dirigeants des deux peuples pour concrétiser ce vœu d’amitié et de respect mutuel dans ce monde en perpétuel mouvement. C’est cette refondation dans le rapprochement des deux peuples pour des lendemains meilleurs qui est attendue.Dr Boudjemâa HAICHOUR, Chercheur-Universitaire-Ancien Ministre NOTES BIBLIOGRAPHIQUES1- Mahfoud Keddache : « Il y a trente ans , le 8mai 1945 » Editions du Centenaire Paris 1975 ;2- Radouane Ainad Tabet : » Le 8 Mai 1945 » OPU Alger 1985.3- Boucif Mekhaled : « Chronique d’un massacre 8 Mai 1945 ».Sétif-Guelma-Kherrata Editions Syros Paris 1995.4- Pierre Miquel : « La guerre d’Algérie » Editions Fayard Paris 1993.5- Bendjamin Stora-Zakia Daoud : « Ferhat Abbas-une utopie algérienne » Editions Denoël Paris 1995.6- Direction des archives Wilaya de Constantine sur le 8 Mai 1945 ;7- La guerre d’Algérie par les documents :Tome 1 » l’avertissement 1943/46 » Services historiques Vincennes 1990.8- MTLD/Le Génocide du 8 Mai 1945/ Brochures n°3 Alger 1951.9- Eugène Vallet : « Un drame algérien-La vérité sur les émeutes du 8 Mai 1945 » Grandes éditions françaises Paris 1948.10- Bouzouzou Mahmoud : « Le 8Mai 1945 » El Manar N°3 du 9 Mai 1952.11- Rey Goldzeiguer : « Le 8 Mai 1945 au Maghreb » in colloque international Reims-collection l’histoire partagée Lyon 1985.12- Yves Benot : « Massacres coloniaux 1944/1950 » in Editions la Découverte Paris 1094 .La IV République et la mise au pas des Colonies.13- Communication donnée par le Dr Boudjemaâ Haichour Colloquenational surles événements du 8 Mai 1945 organisé par la Fondation du 8 Mai à la salle des Conférences du Hamma Bibliothèque nationale.
MOUVEMENT NATIONAL
FIGURES HISTORIQUES

LA PLUME ET LE FUSIL AU MAQUIS

Mohamed LEMKAMI alias Si ABBAS

MEMOIRE

La jeunesse contre la liberté

Chahida Yamouna Gamouh

UNE VILLE, UNE HISTOIRE

La « capitale du Djebel Amour »

Histoire de la ville d’Aflou

CONTRIBUTION