LA PLUME ET LE FUSIL AU MAQUIS
Mohamed LEMKAMI alias Si ABBAS

Par La Rédaction
Publié le 28 mai 2018
Il est des moments qui restent indélébiles dans la vie de l’homme quand on évoque les martyrs de la Révolution. Nombreux sont ceux qui ont imprimé les glorieuses pages de notre histoire. Lorsque le Moudjahed Si Mohamed Lemkami de son vivant me racontait comment il rejoignit le maquis, il ne pensait pas revenir car animé du sacrifice suprême de mourir pour que vive l’Algérie libre et indépendante. Ma rencontre avec Si Mohamed Lemkami datait du jour où nous fûmes élus aux premières Législatives (1977/1982), lui venant de Tlemcen et moi de Constantine. Je faisais partie de la jeune génération post indépendance et cette soif de connaître les grands hommes et femmes qui ont façonné le cours des événements dans le combat libérateur anti colonial, suscite en moi la curiosité de recueillir autant d’informations utiles quant à l’écriture de l’histoire.
Mohamed Lemkami dit Abbas
A dr. : Mohamed Lemkami : Défendeur de la position Algérienne dans le monde A g. : en costume noir : Président du conseil italien Giulio Andreotti
De dr.à g. : Mohamed Lemkami : président de la délégation de la cession interparlementaire mondiale IPU et Abdelaziz Belkhadem : Membre de la délégation de la cession interparlementaire mondiale IPU
De g. à dr. : Mohamed Lemkami Ambassadeur d’Algérie en Albanie, Socrate Plaka :  Ministre des affaires étrangères Albanie et Manush Mufti : Représentant personnel du président  de la république Albanaise
De g. à dr. : Rabah Bitat : Président de l’assemblée populaire nationale en visite à Tirana Albanie. Ramiz Alia : Président de la république Albanaise et Mohamed Lemkami :  Ambassadeur d’Algérie en Albanie
De dr. à g. : Mohamed Lemkami : Ambassadeur de l’Algérie en Albanie. Pali Miska : Ministre de l’agriculture Albanais, accompagnateur de Rabah Bitat et Rabah Bitat : président de l’Assemblée Populaire Nationale Algérienne en visite à Tirana
A g. : Mohamed Lemkami : à l’Expo universelle de Montréal et Mr Terzi :  Collaborateur du ministère du commerce
Visite d’un musée en Albanie. De d. à g. : Mme Zehor Lemkami, Mr Rabah Bitat : Président APN Mme Zohra Drif Bitat. Mr Pali Miska : ministre de l’agriculture. Mr Mohamed Lemkami : Ambassadeur d’algérie en Albanie
Visite de Mr Yaker, ministre du commerce à Bucarest, reçu par le Président Roumain Nicolae Ceaușescu. Mohamed Lemkami (2e à g.).
Les artisans du journal "Combat" 1957. 1- Si Mohamed Lemkami dit Abbès. 2- Ahmed el Ghazi dit Djilali
Groupe de combattants à la wilaya 5
Lancement du journal « Le combat » (journal édité et rédigé en plein maquis)
En 1961 à la Base Didouche : 1- Hamid. 2- Abdou. 3- Zoheïr. 4- Abbas
Octobre 1957, au PC de la Wilaya V aprés réunion des chefs de zones avec le commandement de la wilaya

 

Si Lemkami : Un parlementaire moderniste

C’était l’étape où feu Président Houari Boumediene venait de terminer le débat sur la Charte nationale, l’adoption de la Constitution de 1976 et l’élection de la 1ère APN. Il faut se rappeler qu’en cette période riche en événements, il y avait la tenue de la Conférence nationale de la Jeunesse le 19 Mai 1975 au Palais des Nations rassemblant toutes les sensibilités juvéniles, estudiantines et scoutes. L’Union de la jeunesse est née. Elu membre de son Secrétariat national à l’information puis aux échanges internationaux. C’est à la faveur du Comité exécutif de l’UIP que je me suis vite intéressé et participé au côté de Si Lemkami, aux différents travaux interparlementaires en tant que membre de la commission des affaires étrangères.

Le franc-parler d’un maquisard des Beni Snous

C’était aussi pendant la période tragique des années 90 où je le recevais avec son épouse à Constantine, alors qu’il rendait visite à Si Mohamed Ghazi wali, un de ses proches parents. Il avait le cœur gros de ce qu’il voyait en tant que Moudjahed, lui qui a donné sa prime jeunesse depuis la contrée des Béni Snous et sa belle rivière limpide du Khemis, pour que l’Algérie redevienne libre et indépendante. Si Lemkami alias Abbas dont je connais le franc-parler est de nature à ne pas mâcher ses mots. Son verbe et sa plume le distinguent de nombreux collègues. Conséquent avec soi-même Si Mohamed Lemkami est rigoureux dans sa manière de rédiger un texte dans un français où la concordance des temps est minutieusement respectée.

Une vision prospective d’une décennie noire

Son activité, il le disait s’est arrêtée malgré lui un 17 Juin 1992 à un moment où le pays avait besoin de telles personnalités. Il était triste et déçu à la fois de « cet environnement agressif et cette régression terrible dans lesquels le pays en entier avait basculé ». Cette période qui a vu le pays ponctué par un terrorisme abject et inhumain. Nous vivions disait-il au cours de cette décennie 1990 dans un naufrage où la jeunesse fut abandonnée à l’école de la rue et de la violence, perdant tous ses repères, ses aspirations et ses rêves. La haine et l’intolérance s’installaient dans les esprits. Des fortunes colossales insultantes s’érigent à l’ombre du terrorisme ouvrant la voie à une oligarchie sans foi ni loi qui de l’avis de Si Lemkami pourrait s’imposer en une oligarchie politique. Avait-il ce sentiment prémonitoire?
Du temps de sa jeunesse me rappelait Si Mohamed Lemkami, l’école coranique et l’école publique nous enseignaient le civisme, le respect de l’autre, l’hygiène, la propreté et l’amour de la nature. La famille et le scoutisme complétaient notre éducation. Enfin était venue la Révolution du 1er Novembre 1954 qui allait donner à notre peuple toutes les espérances pour le libérer et reconstruire un avenir de progrès et de fraternité.

Si mohamed lemkami une jeunesse engagée

Si Mohamed Lemkami est né le 1er Décembre 1932 à Khémis dans la région des Béni Snous Wilaya de Tlemcen. Son ancêtre paternel est Sidi Ali Belkacem Ouzéroual, affilié à la zaouia El Kadiria, enterré à Debdou plus exactement à Lemkam au Sud d’Oujda où sa tombe se trouve encore à ce jour. Les descendants de ce dernier faisaient partie de la zmala de l’Emir Abdelkader en tant que combattant contre les forces coloniales. De toute sa famille seul son père présumé en 1900 survécut et grandit dans la famille de Hadj Ahmed Djelad dans une ferme Irouamane à 5 Km au Nord de Khémis. La grand’mère paternelle El Hadja Fatma enterrée à Béni Ouassine, était lettré puisqu’elle récitait couramment le Coran.
Quant à Si Mohamed Lemkami il devient très jeune l’unique chance de la pérennité de la famille Lemkami. Son père parlait le znatia dialecte berbère avec ses clients les Béni Boussaïd, El Kef. En fait toute la tribu des Bénis Snous était berbère alors que les N’har parlaient l’arabe dialectale. Les Béni Snous occupent la vallée de l’Oued Khémis affluent principal de la Tafna au pied de la forêt de Merchiche dont la source est Ghar Lak’hal et de l’Oued El Kébir prenant sa source à Ghar Boumaza près de Sebdou au barrage des Béni Bahdel.

El khemis un village paradisiaque

Si Mohamed énumère les villages avoisinant El Khémis et les décrit comme étant un paysage paradisiaque. Il se rappelle le carnaval « ayrad » fêté au moment de « ennayer » chaque 13 du mois de Janvier où les adolescents se mettent des vieux habits colorés et se déguisent en animaux et c’est le lion qui guide le groupe. En descendant la magnifique vallée de la Tafna, nous aboutissons à Sebdou qui porte le sommet le plus élevé le « Djebel Tenouchfi » à 1843m d’altitude.
Les Aziels (Tafessera) où l’on construisit des des fortins appelés « koudiat er Roum » ou « Koudiat Ensara » faisaient partie de la commune mixte de Sebdou tandis que El Khémis il fait partie de la commune mixte de Maghnia. Si on grimpe sur la montagne, vu d’en-haut c’est un village violet avec sa ceinture d’arbres fruitiers et d’oliviers d’un gris argenté.
Ibn Khaldoun nous apprend que les Béni Snous est une branche des Koumis liés d’amitié les Béni Goummi groupe d’où sortait Abdelmoumen fondateur de l’empire Almohade.Les Béni Snous s’attachèrent à la famille Yamouracen au XIII e siècle. L’un d’eux, Yahia Ben Moussa Es Senoussi fut en 1327 l’un des grands généraux du Sultan de Tlemcen. Les villages sont d’aval en amont de l’oued : les Béni Hammou, les Ouled Moussa, les Ouled Arbi, les Béni Achir, Dahr Ayad, Béni Zidaz, Sidi Arbi et Mazar.
C’est au printemps qu’il faut visiter El Khemis en pleine période de l’éclosion des fleurs éclatantes de blancheur dans la verdure tendre des figuiers et dans le feuillage encore doré des grenadiers. Sur les rocher s’alignent comme les escaliers d’un amphithéâtre, des figuiers de barbarie où une « koubba »abrite la tombe de Sidi Salah le fils dont les ancêtres s’appelaient les Mekkaouis ou Belmekki originaires de la Mecque.
Selon les dires des grandes personnes, l’Islam a pénétré El Khémis par un certain Abdellah Ben Djaâfar et les mosquées de Khémis, de Tafessera et de Béni Achir seraient contemporaines de la grande mosquée de Tlemcen de l’époque de Youcef Ibn Tachfin. Quant à Sidi Mohamed Ben Youcef Senoussi et Abdelkrim Meghili sont originaires de Béni Bahdel. Le roi de Libye Idriss 1er Es Senoussi est aussi des Béni Snous même si certains disent qu’il est de Mostaganem ou d’Ouargla.

Généalogie des gens de Béni Snous

Mais nombreux sont ceux qui se disent senoussies d’origine. Pour l’histoire la résistance anti coloniale a mobilisé les tribus de l’Ouest notamment de Tlemcen aux côtés de l’Emir Abdelkader surtout les Béni Snous, les Béni Hdyel, les Béni Ournid, les Béni Ouassine,les Msirda et les Souahlias où les postes stratégiques se trouvaient à Sebdou. Pour mieux contrôler la tribu des Béni Snous, la France coloniale avait divisé celle-ci en deux parties. La partie supérieure de la vallée comprenant El Khemis, Béni Hammou, Ouled Moussa,Ouled Arbi,Béni Achir,Béni Zidaz,Sidi Larbi et Mazzer rattachés au Bureau arabe de Maghnia. La partie inférieure avec Keddara,Béni Bahdel,Zahra,Maghnanine et Tafessara dépendaient du Bureau arabe de Sebdou.
Si Mohamed raconte que cette période coloniale était sombre. Les habitants des douars sont prédestinés dès leur naissance soit à mourir dans une guerre pour la France, soit à vivre la misère en offrant leur main d’œuvre en tant que « khammes » ‘métayer rétribué au cinquième des récoltes où bien émigrer en France pour servir dans les mines de charbon et finir dans des maladies telles que la tuberculose.

Un hommage rendu aux femmes de khemis

En Algérie la misère, la faim et les épidémies de toutes sortes étaient le lot des gens. Pas d’école jusqu’au milieu des années 1930, pas de dispensaire, ni de médecin, pas d’infrastructures, ni eau ni électricité. A Khémis se sont les femmes qui s’occupent des corvées quotidiennes du foyer. Elles étaient chargées de s’approvisionner en eau des sources souvent portées sur leur dos. Elles lavent le linge de toute la famille au bord d’une rivière sans compter le tissage des nattes confectionnées d’alfa, de laine et le filé tiré des racines de palmier nain que les hommes vendaient le lundi, jour du marché. Les femmes des Béni Snous ne portaient pas le « haïk » comme à Tlemcen ville.
Les senoussiates portaient en général d’amples et belles « blouzas » féminines ornées de fleurs, ceinturées au niveau de la taille par une large bande en cuir rouge incrustées de fil d’or ou d’argent dit « majboud ». Leur dos de la tête aux pieds était couvert d’une pièce d’étoffe, genre de dentelle, qui tombait sur les épaules, tenue au niveau de la tête par un châle en soie de couleur chatoyante « mendil » et par une broche en or ou en argent « mhenka » en haut de la poitrine appelée le chèche.
Sur le front la femme portait une sorte de diadème couvert de louis d’or « bnika » alors que ses bras étaient chargés de bracelets « msaïs ou mkaïs » et ses chevilles des anneaux « khlakhel » en argent. Les pieds sont chaussés de « belgha » babouches noires vernies et pointues. Tout ce cérémonial vestimentaire s’imposait lors des mariages ou des fêtes religieuses. Quant aux hommes ils s’habillaient à l’ancienne dans un mode berbéro-arabe. Ils portaient d’amples gandouras généralement en soie claire et une chéchia tunisienne on un chèche ou un « coulah » une sorte de chéchia couverte d’un chèche blanc entouré d’un cordon noir ou marron en soie.
Le Hadji lui qui revient du pèlerinage se distingue par le port d’un chèche brodé jaune appelé « terbanti » et aux pieds se sont des chaussures qui font des sons musicaux qu’on marche. Les pauvres khames ne pouvaient mettre que des « naïls » d’alfa en été et des « boumentels » faits de peau de vache en hiver.

De l’école coranique à l’école indigène

C’est dans cet environnement qui vit naître Si Mohamed Lemkami durant un hiver très rigoureux où la neige a bloqué tous les sentiers. Pour lui c’était un véritable calvaire lorsque devenu petit enfant de se réveiller hiver comme été pour aller à l’école coranique une sombre pièce remplie d’enfants de tous les âges où nous attendait notre « taleb ». Avec son bâton flexible la « falaqa » sorte de punition nous faisait uriner de peur racontait-il. Nous écrivions sous la dictée de notre « fkih » sur une planchette en bois de noyer avec une plume en roseau et de l’encre « smegh » fabriqué à partir de la laine brûlée.
Chaque été on ramassait chez les habitants blé et orge ainsi que les œufs que nous offrons à notre taleb car ce dernier n’est pas rémunéré. Nos parents nous donnaient quelques sous que nous remettions discrètement dans les mains chaque semaine à notre taleb. Ce dernier vivait des dons des parents d’élèves.
Nous nous asseyons à même le sol sur une rugueuse natte d’alfa face à notre taleb jusqu’au moment où son père l’inscrivit à l’école coloniale d’abord chez l’instituteur Belgacem Hallouche ensuite chez notre nouvelle enseignante madameTargubeyre née Claire Douat dont l’époux faisait fonction de directeur d’école. Avec beaucoup d’appréhension, j’avais repris le chemin de l’école publique disait-il et m’y étais habitué et beaucoup apprécié. C’était l’écriture sur l’ardoise ensuite sur le cahier avec un porte-plume « sergent-major » utilisant l’encre violette qui salissait nos doigts, le pouce, l’index et le majeur. Nous apprenions à compter et c’était différent de l’école coranique. Les après-midi on allait disait-il avec notre institutrice travailler au jardin de l’école au bord de la rivière. Ce jardin plein d’arbres fruitiers, ses carrés de légumes et ses rosiers.
Près de Béni Achir l’institutrice nous emmenait dans cette belle rivière où nous apprenions à nager.
C’était féerique. D’ailleurs son père avait toujours travaillé dans des moulins à eau. C’était mon milieu naturel disait le petit Mohamed Lemkami. Vers la fin de la saison à la sortie de l’école il se dirigeait avec ses copains pour ramasser des noix et des olives restantes après les récoltes qu’on allait vendre chez l’épicier. L’hiver est très rude et le soir autour de la lampe à pétrole ou à carbure seul moyen d’éclairage se sont des veillées où nos mamans et grands-mères racontaient des histoires ou chantaient des louanges à Dieu et aux saints jusqu’à la fin de l’année quarante et début des années cinquante.

Le henné de la mariée et l’hymne du printemps

La saison du printemps est quant à elle magnifique dans la vallée des Béni Snous. Les arbres en bourgeons et la verdure et les fleurs tapissaient les champs et les jardins. C’est l’hymne au printemps. En été après les récoltes c’est le temps où se déroulaient les mariages. Les femmes parées de leurs plus beaux atours chantaient et déclamaient les poésies. On vivait les ententes familiales et les jeunes à marier n’avaient pas à choisir. On décidait pour eux. Une fois le henné mis à la mariée les hommes avec leurs fusils donnaient le temps à la musique du melhoun du cheïkh Hamada, Madani,El Khaldi ou cheïkh Bouras.
Ce chant bédouin où le « berrah » déclame les louanges très poétiques aux donateurs d’argent au pas de la danse « lâalaoui » rythmée au son du tambour dont excellent les Ouled N’har les plus réputés. Il y a tout un rituel aussi du côté des femmes où on installe sur un cheval blanc la mariée enveloppée dans un haïk blanc qui rentre pour la première fois dans la maison du futur époux où on casse un œuf et verse de l’eau. C’est le temps de la nuit des noces et plus tard dans la nuit les feux et les youyous s’entonnent comme pour exprimer l’honneur de cet acte d’union et d’alliance. Après sept jours les jeunes mariés peuvent rencontrer leurs parents respectifs.
Si Mohamed Lemkami venait d’avoir ses onze ans moment où il clôtura les soixante « hizb » versets du Coran. A l’école son nouveau maître est Tayeb Khelladi alias Si Kada originaire de Tlemcen, un normalien d’Annecy mari d’une Djelad, Yamna cousine à sa mère. Il avait enseigné à Aïn Sefra avant de venir à Khemis.
C’était l’année scolaire 1944/1945. Cet instituteur allait bientôt être son maître, son calvaire et son sauveur. C’est grâce à lui que Mohamed Lemkami deviendra l’homme qu’il fut. Ce dernier perdit son fils Salim en service commandé au lendemain de l’indépendance dans l’avion qui transportait Mohamed Seddik Benyahia dans la médiation dans la guerre Irak/ Iran. Salim était directeur général des relations internationales au ministère du commerce. Il terminera sa vie vers les années 1982 dans la déprime bien qu’il avait d’autres garçons parmi lesquels Mourad, l’un des premiers physiciens d’Algérie qui fut secrétaire d’Etat à la recherche.

La probité- la droiture et la tolérance

Si Mohamed Lemkami parlait de son père. Il disait de lui qu’il avait bon cœur, généreux et charitable. Il était réputé pour sa probité et sa parole donné. Il recueillait l’estime de tous et était vénéré pour sa droiture et sa bonté. C’était un pieux musulman, pratiquant et tolérant. Il fera son pèlerinage en 1967. Il mourut le 14 Décembre 1977 à l’âge de 80 ans et sa mère suivit le 15 Janvier 1981. Après son certificat d’étude et son voyage en France pour un jamborée de scouts, le voilà revenu vers le bercail où il raconte les quarante cinq jours passés où il rencontra Tedjini Haddam alors étudiant en médecine et Si Ahmed El Ghazi en vacance chez des parents à Paris dans le local du Parti du PP/MTLD de Massali Hadj durant l’été 1947.
Dès son arrivée il sera vite emmené par Si Khelladi au collège de Slane à Tlemcen, où il continuera ses études. Ahmed Elghazi et Mohamed Elghazi dont le père était postier à Paris accédaient à la médersa. Je ne quitterais le scoutisme qu’au jour où je serais parti au maquis en 1955.Parmi les amis scouts qui ont fait partie du voyage dans le bateau « le ville d’Oran », il cite Yahia Rahal, Mahiedine Trache et d’autres.

Rencontre du jeune scout avec Ben Bella

Si Mohamed Lemkami se rappelle la rencontre alors scout à Maghnia avec Ahmed Benbella conseiller municipal, Hocine Gadiri, Momed Belekbir et Moussa Benaïssa tous du MTLD. La délégation qui était en partance pour le jamborée en France avait reçu des denrées alimentaires et d’autres affaires, don de la municipalité de Maghnia.
Il nous a évoqué tous ces moments dans son ouvrage « Les hommes de l’ombre » où de retour il décrochera successivement son BEPC, son Brevet élémentaire, ses deux parties du Baccalauréat qui lui ont permis d’obtenir un poste d’instituteur et donc de pouvoir répondre aux besoins de sa famille.
Dans la nuit du 31 Octobre au 1er Novembre 1954, toute l’Algérie d’Est à l’Ouest, du Nord au Sud était en flammes. Le mot de « fellaguas » et de « moudjahidines » est dans toutes les bouches. Alors qu’il dormait dans le logement de l’école qu’il venait d’occuper depuis quelques semaines, je recevais Ahmed Gadiri dit Chraki son chef de cellule qui me ramenait la proclamation du 1er Novembre du FLN que je traduisais aux cinq autres membres. Le lendemain j’ai pu lire l’écho d’Oran qui faisait état des différentes attaques, qu’un voyageur me ramena.

L’instituteur des Zoudj Bghal et le 1er novembre

J’avais donc compris que c’était le déclenchement de la Révolution armée. A Khemis nous nous sommes rendus compte aussi que dans notre région Larbi Benm’hidi à la tête d’un groupe basé non loin de Sabra (Turenne) Tameksalet ont incendié un grand dépôt de liège et un second groupe basé à Ouled Moussa dirigé par Abdelhafid Boussouf a mené la deuxième opération.
Un jour où j’étais seul à l’école je recevais nous raconte Si Lemkami, le Colonel Lardemêle du bureau de recrutement du corps d’armée accompagné du caïd et du garde-champêtre pour m’annoncer mon inscription à l’école militaire de Saint Cyr.
Dans les jours suivants, il eut un vol dans le logement du directeur qui était en vacance à Nédroma avec sa famille. Une perquisition par les gendarmes dans notre école du Khemis a été ordonnée. Depuis je fus affecté à l’école de zoudj bghal où Mohamed Dib avait enseigné et avant lui Si Mohamed Benamor Fekhikher dit Lazaar devenu directeur d’école d’Afir(Martin-Pré du Kiss) au Maroc à quelques pas de la frontière avec l’Algérie au Nord d’Oujda. Ses parents n’avaient pas apprécié son départ de Khemis car ils envisageaient son mariage avec la fille de Djelad Lazaar qu’il ne connaissait même pas.
Zoudj-bghal était à l’époque un hameau situé dans la fraction des Ouled Kaddour des Béni Ouassine à 500m de la frontière avec le Maroc.C’est là où Lemkami a été chargé de superviser l’action du FLNdans les Béni Ouassine comprenant les Bkhata, les Msamda, El Btim, Dar el Kahla et Tghanimet. C’était une plaine limitrophe aux Msirda et les Maâziz au Nord, les Béni Boussaïd et Béni Snous au Sud. Le Kef et les Ouled Riah à l’Est et Sud-Est.
C’était dans les monts de Béni Snous, Bouabdous, Tazaghine, Boucedra,Taïret, Djebel Elouh, Ras Asfour et dans la région de Sabra, Bouhlou,Tameksalet que les unités de l’ALN étaient solidement implantées. Celles-ci contrôlaient les axes routiers où les embuscades faisaient subir à l’ennemi d’énormes pertes permettant aux unités de récupérer de nombreuses armes : Mas 36, Mat 49,FM 24/29, fusils garant, carabines US , Thompson marines, FM bar. L’école de Zoudj bghal fonctionnait tant bien que mal. D’ailleurs j’allais suivre nous dit-il les journées pédagogiques à Maghnia dirigées par Abdelatif Rahal et son épouse.

L’année 1955 et son Départ au maquis

Je me rappelle disait-il d’un certain M’hamed Belaïd Akli connu sous le pseudonyme de Bounouara le renard originaire du Kef surnommé ainsi par Boussouf. C’était un moudjahed du 1er Novembre 1954 qui avait la confiance de Si Mabrouk, Si Labi Ben M’hidi et leur agent de liaison. C’était un homme très secret connaissant parfaitement les hommes et le terrain. Un homme fidèle et dévoué à ses chefs.
Avec l’arrivée d’un nouveau capitaine de SAS, et les visites de nuit à l’école où j’habitais avec ses parents venus le rejoindre à Zoudj bghal, Si Mohamed Lemkami était convaincu qu’il faisait l’objet d’une permanente surveillance lui qui se rendait presque régulièrement à Oujda mission par le FLN qu’il a rejoint bien avant 1955 date à laquelle il rejoint le maquis. Il décida alors de quitter les lieux et de rejoindre le maquis à Sidi Mjahed où il était attendu où se trouvait le PC de la zone d’Oran où il était affecté en tant que secrétaire de Si Mohamed Kaou, membre du commandement du secteur4, qui faisait fonction de commissaire politique.
Il fallait même s’il a déjà effectué un stage auparavant lorsqu’il devait partir à St Cyr, rejoindre l’instructeur un certain Si Saddek surnommé Cheïkh Senoussi qui parlait fort bien l’égyptien pour sa préparation militaire. A l’indépendance, il apprenait que ce dernier n’était qu’un membre du commando venu dans le bateau Dina chargé d’armes pour la Révolution. Il est un kabyle de Lakhdaria ex Palestro. Il s’appelait en réalité Ahmed El Mougari. Ils étaient quatre parmi les quinze venus dans le bateau affectés à Tlemcen: Si Boumediene (Mohamed Boukharouba),Si Boucif(Larfaoui),Si Saddek (Ahmed El Mougari) et Si Abdelkader Bouchentouf de Béni Saf.
Comme ils ont changé de markaz, Si Mohamed fut affecté à Sidi Yahia du Kef ensuite dans une zaouia à Tghanimet. C’est à cette époque où ils avaient appris la mort de Mokhtar Ogb Elleïl (Bouzidi) Chef du Secteur 3 de Sabra que Si Mohamed Lemkami connaissait lors de ses diverses visites accompagné de son secrétaire Abderezak Bakhti son ami de longue date. Ces deux moudjahidine furent exécutés à Oujda par un tribunal militaire présidé par Boudiaf auquel avaient assisté Boussouf, Boumediene et les chefs de secteurs dont le seul tort était de n’avoir pas accepté la promotion très rapide d’un combattant venu d’ailleurs, position régionaliste, affirme Si Mohamed Lemkami dans son livre « Les hommes de l’ombre page 146 - éditions Anep».
A Zoudj bghal personne ne savait où il était parti, laissant ses parents derrière lui dans le logement de l’école. Il apprenait bien plus tard qu’ils ont fui vers le Maroc car harcelés quotidiennement par l’officier de Sas. Tout au début de 1956 Si Mohamed est à l’intérieur pour récupérer les armes des soldats tombés dans les embuscades et les désertions de soldats algériens avec armes et bagage venant de Sbabna, de Ras Asfour, de Khemis et de Tghanimet.

L’ALN dans l’oranie quadrille la région

Les forces de l’ALN s’équipaient de plus en plus dans la région sous le commandement de Larbi Ben M’hidi, Abdelhafid Boussouf,Hadj Ben Alla et Mohamed Fortas. Toute la zone de l’Oranie a été renforcée en armes et en combattants. A Sidi Belabbes c’est Tahar Lahdeïli dit embarek ou Ferradj qui prend le commandement. Si Ahmed El Bouzidi chef de secteur des Béni Hdyel jusqu’aux monts de Tessala.
Dans la région de Mascara et Saïda ce fut El Yamani dit Abdelkhalek, à Tiaret c’était Mokhtar Bouyezem dit Nacer, pour Témouchent c’était Merbah dit Boubker, à Mostaganem c’était Larfaoui dit Boucif et pour Béchar,El Bayadh, Aïn Sefra, Adrar jusqu’à Laghaouat c’était Benali Dghine dit Brahim puis Lotfi. Toute l’Oranie y compris la partie Sud fut quadrillée par le FLN/ALN.

L’UGEMA un apport en cadres pour le maquis

Dès la mort du Dr Bendjarzeb, toute la jeunesse de Tlemcen rejoignit le maquis à partir du 18 Janvier 1956. Avec la grève des étudiants du 19 mai 1956 décrétée par l’UGEMA c’est un autre apport de cadres à la Révolution qui renforce ses rangs. Avec l’afflux de ces collégiens et étudiants et la confiance que faisait Boussouf à ses derniers, la wilaya V s’est efficacement renforcée qui plus tard donnera le MALG, véritable école des futurs cadres de l’Algérie indépendante.
Si Lemkami parlait des étudiants du Khemis son village qui rejoignirent le maquis tes que Ahmed Jelad,Mohamed Dib,Ahmed EQLghazi,Ali Rebib des médersiens Ali Settaouti dit Mourad,Ali et Abderahmane Dib, Ahmed Ould Mohamed Djelad,, Lahbib Mahboub, Lahbib Safi, Bouziane Koudjeti, Boumediene Elghazi, Djilali Guezane dit Affane étaient au maquis depuis 1955. Il y avait les trois frères Maâkel Ahmed, Aïssa et Abdelkader. Quant à Hocine Mahrez dit Oussini, il fera partie de l apremière promotion de l’école des cadres de l’ALN crée à Oujda par Boussouf Abdelhafid alias Si Mabrouk.
Pas loin de Zoudj bghal en mars-avril 1956 toujours à Béni Ouassine, l’ALN avait livré bataille à Msamda succédant à celle de Fellaoucène sur l’autre rive de la Tafna suivie de celle de Bou Abdous et de Boucedra où dans cette dernière l’ALN a perdu plus de 300 combattants dont le frère de Si Jaber.

Les lignes électrifiées Challes et Morice

Tous des martyrs de la Révolution. Avec la visite de Maurice Bourgès-Maunoury, ministre de la défense française du Gouvernement Guy Mollet dans la région, c’est le signal du fameux barrage de fils barbelés électrifiés sur la frontière algéro-marocaine.
Cette situation va durer de 1956 à 1959 renforcés par de puissants projecteurs de mortiers et mitrailleuses qui rendaient difficile toute traversée. En mars 1956 le Maroc accédait à l’indépendance après un protectorat. Le retour et le rétablissement de sa Majesté le Roi Mohamed V sur son trône ouvrit une nouvelle page à ce pays frère.
Cette nouvelle situation va me procurer un moment où il devait rechercher après ses parents. Avec l’accord de Si Jaber qui venait d’installer Si Mohamed Wahhab pour gérer quelques « merkez » le long de la frontière en terre marocaine, opération facilitée par la présence dense des réfugiés des villages frontaliers des Béni Boussaïd, des Béni Ouassine, Béni Snous et Ouled N’har tous encadrés par le FLN.
Avec l’accord de Si Jaber, Si Mohamed Lemkami s’installera à Rabat pour une courte durée où il rejoint ses amis de Maghnia Fadil Bouayad commissaire SMA, Arahmane Ouassini géomètre cadastre dans l’administration marocaine, les frères Mami Daoudi, Fethi et Nasreddine, Hadj Benyelles, Mahmoud Sari et des étudiants grévistes qui attendent à rejoindre le maquis parmi eux Ouassini Yadi,les deux frères Kara Toufik et Mahmoud, Nouredine Chiali, Mahrez Hocine, Mostafa Moughlem, Nouredine Delleci,Redha Malek, Haddam Ghouti, Abdellaziz Maoui.
Pendant ces trois mois Lemkami va pouvoir trouver un travail pour payer le loyer de l’hôtel et pouvoir subvenir. Il enseignera dans une école privée appartenant à Ahmed Belafredj ancien ministre des affaires étrangères du Maroc. Ensuite il trouvera un job comme stagiaire comme inspecteur recruté par Benzaken ministre israélite marocain. Il logera et partagera une chambre avec son ami Bouayad dans un petit hôtel Lutèce d’une vieille française madame Fouquet. Mais la vie au Maroc ne lui plaisait pas et devrait retrouver ses parents. Il écrivit à Si Jaber par l’intermédiaire de Kaou pour qu’il rejoigne l’ALN au maquis.
L’heureuse surprise qui l’attendait était celle de la rencontre de deux jeunes filles qui lui demandaient l’adresse du ministère de l’éducation nationale de Mazagan El Djadida. C’était sa dernière semaine avant de rejoindre le maquis à nouveau. Des deux filles qui l’abordèrent, il y avait une qui le connaissait puisqu’elle l’appela par son nom.

La rencontre de Zhor future épouse de Si Abbas

En ayant échangé leurs téléphones, Si Mohamed Lemkami avant son départ à Oujda prit son courage entre deux mains et alla demander la main de Zhor à son père Hamdane Kahia Tani. La famille le reçoit chez elle dans la rue Bensimon à El Djedida où elle habitait comme réfugiée. Alors que sa fille était d’accord, son père le tranquillisa diplomatiquement lui disant d’attendre inchallah l’indépendance du pays. Sans dire ni oui ni non, il lui rétorqua qu’il lui fera savoir ultérieurement car ne connaissant rien de ce jeune homme et de sa famille.
Il rejoignit le maquis laissant derrière lui à El Djadida celle qui va devenir sa future épouse. Comme ses deux frères Zhor activait déjà dans les rangs du FLN. Elle avait deux frères qui rejoignirent le maquis dont un Mohamed dit Hammi responsable du secteur sanitaire est tombé à Djebel Louh le 12 Janvier 1957 au champ d’honneur en zone 1 et l’autre Fethi a été fait prisonnier les armes à la main dans l’ancien secteur 3. Il sera fait prisonnier et condamné à mort et puis grâcié à l’arrivée du Général de Gaulle. Il connaîtra les principales prisons d’Algérie, d’Oran, de Barberousse, El Harrache, Lambèze et le camp de concentration de Burdeau ‘Mahdia) près de Tiaret. Il s’éteint en 1990 emporté par une maladie.
Son retour de Rabat à Oujda se fera par train. Dès son arrivée c’est Mohamed Kaou qui prend en charge le déroulé de sa nouvelle affectation. A côté d’un village minier nommé Touissit , c’est Abdellaziz Némiche conducteur dans cette mine dévoué avec sa famille à la cause de la Révolution. Ce markaz de la base 15 Zone 1 état connu par beaucoup de cadres de l’ALN/FLN. Boussouf, Boumediene, Hansali, Chaabane, Lotfi, Othmane, Abane Ramdane, Saâd Dahlab, Bentobbal, Déhiles Slimane, Salah Zaâmoum, Abderahmane Mégalti,Chaïd Hammoud, Jaber et tous les chefs de zone de la wilaya V.
Il retrouve Si Jaber dans cette maison-merkaz. Ce dernier était très jeune militant du PPA où il était émigré en France comme ouvrier de 1049 à 1953. Son village d’origine est Ouled Moussa. Il sera membre de l’OS sans être fiché chez la police. Il sera actif auprès de Larbi Ben m’hidi et de Boussouf, Hadj Ben alla etc… dans la préparation du 1er Novembre 1954.

Si Mohamed Lemkami à la Zone 1 Wilaya V

La wilaya V était découpée en huit zones après la Soummam. Si mohamed Lemkami faisait partie de la zone 1 qui couvrait les Béni Snous, les Ouled N’har, les Ouled Ouriach avec Sebdou, Maghnia avec Béni Ouassine et Béni Boussaïd, Sabra avec Bouhlou,le Kef, Ouled Riah, Béni Mester, Tlemcen avec toute sa région jusqu’à Bousakrane, Remchi, Hennaya, Safsaf, Chouly,uled Sid El Hadj, Béni Ghazli,Aïn Fezza, Ouled Mimoun,Béni Smayyal et tous les monts de Tlemcen devenus le bastion de la Révolution dans la wilaya V. En revenant Si Mohamed Lemkami apprend la moudjahida Khadidja qui venait d’être sauvée de la ligne électrifiée par un moudjahed, lui qui laissa sa vie dans cet enfer.
Il apprendra après que Khadija de son vrai nom Fatima Méchiche la future épouse du Colonel Lotfi et après sa mort elle se remarie après l’indépendance avec Mohamed Khemisti. Après Si Jaber confia à Si Lemkami la responsabilité du PC zonal avec Ahmed ElGhazi, Yahia Arbane et Abdelhamid Bendjelloul.
Nous utilisons un poste émetteur radio avec mes collaborateurs et décidions de créer un journal du maquis que nous avons appelé « Combat » diffusé jusqu’à la fin de 1958 dans toute la wilaya V et VI à partir de plaques de linoléum raconte Si Mohamed Lemkami. Lors d’une visite, le commandant Houari Boumediene a vu la difficulté de notre travail. Un mois après il nous a fait parvenir deux ronéos, plusieurs boîtes d’encre, des stencils et un stock appréciable de papier sans oublier deux machines portatives arabe et français. Nous rédigions deux fois par mois les textes en arabe par El Ghazi et en français par moi-même. Arbane s’appliquait au dessin et à la caricature.

Si Abbas au PC et la charge de travail

Plusieurs interviews ont été réalisées dans ce journal dont celles d’Abane Ramdane alias Si Ahmed, Saâd Dahlab alias Si Brahim que Si Mohamed Lemkami alias Si Abbas avait accompagné jusqu’au PC de la wilaya V où nous fumes reçus par Yewfik(Rouai dit Hadj Barigou). Boumediene qui arrivait se mettait au-garde à vous devant ses hôtes, Jaber, Abderahmane Mégalti et des djounouds eux aussi ont été interviewés dans notre journal. Le travail du PC n’était pas de tout repos. Pour rendre visite aux unités à ghar Roubane, à Touili où à Ouziene, nous nous déplacions à dos de mulet, de cheval et même à dos de chameau avec beaucoup de difficultés. Au mois de septembre 1957 Si Mabrouk avait envoyé un journaliste américain de newsweek qu’on devait accompagner en zone 1 alors qu’un avion de reconnaissance T6 ne cessait de survoler à basse attitude. Les capitaines de zones en réunion au PC étaient là tels Tahar Ferradj zone 5 Sidi Bel abbes avec son secrétaire Si Hocine Médeghri, Si Merbah de la zone 3 d’Aïn Temouchent, d’Abdelkhalek dit Yamani de Saïda de la zone 6, Nacer de la zone 7 de Tiaret et Othmane de la zone 4 de Mostaganem.
C’est lors de cette réunion qu’une décision importante allait être communiquée à l’assistance. Si Mabrouk devenant membre titulaire du CCE laissa sa place à Houari Boumediene devenu Colonel commandant la wilaya V assisté par Lotfi, Hansali et Chaâbane. Quant à Abdelkhalek, Boucif et Mokhtar furent exécutés sans avoir trahis la cause et l’idéal révolutionnaire.
A partir du 4 septembre 1957 Si Mohamed Lemkami était promu chargé de renseignements et liaisons dans la zone où il recevait vingt jeunes universitaires envoyés par Boumediene parmi lesquels Abderahim Settouti dit Bouzid arrêté lors d’un accrochage pas loin de Zemora et Hocine Mahrez dit Ouassini qui avait joué un grand rôle en zone 6 et allait tomber au champ d’honneur en zone 5 près de Bedeau(Ras El Ma) en compagnie d’un groupe de moudjahidines sous une tente lorsque cinq chars les avaient encerclés et bombardés. Il était de la même génération de Khemis (douar Ouled Fares) que Lemkami alias Abbas. Il a fait la medersa lycée franco-musulman comme le Colonel Lotfi de son vrai nom Bénali Dghine, Hocine Senoussi, Djamel Brixi, Mohamed Dib et Ali Rebib.
Pour la zone 1 il y avait Si Djamel (Chérif Belkacem) et d’autres frères. C’était très difficile de les faire traverser avec ces lignes électrifiées et ces champs de mines qui allaient bientôt arriver en zone 8 du côté de Djebel Mzi.

La mort de si Jaber - Boumediene en pleurs

De passage au PC le 13 Février 1958 Si Boumediene paressant en pleurs sous le capuchon de la kachabia m’apprenait la mort d’un grand chef de l’ALN Si Jaber qui venait d’être promu Commandant en remplacement de Si Chaâbane mort au combat, de Gharbi et la capture de deux autres que sont Boumediene El Ghazi et Ali Rebib secrétaire zonal attaché à Si Jaber.
Pour renforcer l’encadrement de la zone Si Boumediene fait appel de la zone 6 Lazrag Belyakdoumi et Si Zoubir(Tahar Hmaïdia)de la zone 7. Tous les deux étaient des anciens d’Indochine ramenés en Algérie après la chute de Diên Biên Phu.Le premier a déserté l’armée française avec un groupe du poste de Ras Asfour et le second a déserté avec armes et bagages et ses 57 soldats en 1956 du poste de Sbabna au Nord de Maghnia.
Si Mohamed Lemkami disait qu’il était agacé par le comportement Si Zoubir. Il avait demandé la permission pour s’informer de ses parents et en même temps demander une mutation ailleurs. C’était le Commandant Si Lotfi qui lui a accordée. A Oujda où il cherchait ses parents le hasard a fait qu’il rencontre Bounouara qui savait où ils étaient hébergés. C’est le tailleur Khelil qui les avait récupérés eux qui étaient à ma recherche. Ils logeaient au 45 rue de Rabat à Oujda. Il les a retrouvés dans un dénuement total, pas un sous pour lui préparer une tasse de thé raconte-il. Bounouara lui a ramené une enveloppe de 20 000francs pour ses parents avec un mot gentil de Si Lotfi.

Les retrouvailles avec Si Lotfi

Quelle heureuse surprise une fois rencontré avec Si Lotfi qu’il n’a pas vu depuis Tlemcen. Il lui parlé de ses amis dont Si Amar Okbi, Tayeb Benyakhlef et d’autres. Pour sa part Si Lemkami l’informa de la perte de Si Jaber, Châabane, Omar et Mohamed Dib médersien de Tlemcen et tous les problèmes vécus dans la zone 1. Il connaissait la famille de Zhor l’épouse de Si Mohamed Lemkami dont leurs familles respectives habitaient la même rue l’allée des Sources à El Kalâa. En le quittant Si Lotfi lui a offert un 11/43 récupéré d’un colonel français dans la bataille de Timimoun lorsqu’il était capitaine sous le pseudonyme de Brahim.
Si Abbas était très content d’avoir retrouvé ses parents sains et saufs.A partir de cette rencontre Bounouara leur rendait visite régulièrement en leur remettant une enveloppe pour subvenir à leurs besoins. Alors que Si Boumediene venait d’être nommé à la tête du COM/Ouest, Si Lotfi lui succède en tant que Chef de la Wilaya V, Si Zoubir venait de recevoir le grade de Capitaine au moment du 19 Septembre 1958 date de la création du GPRA présidé par le Président Ferhat Abbas décidée par le CNRA au Caire.

Si Abbas au service de renseignements et liaisons

Vers la fin de l’année 1958 et le début de l’année 1959, Si Mohamed Lemkami alias Abbas venait de recevoir un message pour rejoindre le Service de Renseignements et Liaisons de la Wilaya V (SRL) qui allait être intégré au Ministère des Liaisons générales et de Communication(MLGC) dirigé par Abdelhafid Boussouf alias Si Mabrouk. Avant de quitter la zone pour le nouveau poste il dut intercéder pour ramener avec lui Ahmed ElGhazi(Si Djilali) et Hamid Bendjelloul. A partir de 1959 tout a changé et pas de répit où le travail imposait plus de clandestinité, de secret et d’anonymat.
Le voilà donc quittant le PC de la Zone 1 laissant son successeur Si Zoubir avec lequel il organise les passations en présence de Si Lazrag, Ahmed El Ghazi, Hamid Bendjelloul et Mohamed Wahhab. A Ouajda Si Lemkami alias Abbas connaissait beaucoup de cadres del’ALN tels que Tayeb Benyakhlef, ses frères Abdellah et Mohamed, Abdelmadjid Gaouar, Omar Gharbi,Koudjeti Kouider Benachba, Abdellaziz Bouteflika, Mustapha Berri, Senoussaoui, El Hadj Taleb, Mohamed et Bakhti Sferdjli, Lahbib Benyakhlef.

La maison de Benyakhlef un centre d’écoutes

Au lieu où il était hébergé il reconnaissait aussi Toufik kara Torki surnommé Redha ou Mourad, Kamel (Abdelkader Khalef), Abderezak(Hassan Beldjelti) qui revenaient de la zone 7 de Tiaret. Il y avait au moins cinquante djounouds dans cette maison des Benyekhlef qui servait aussi de salle de cours théoriques que professaient Belaïd Abdeslam, Mostapha Moughlam, Nordine Dellci,Abdellaziz Maoui et d’autres sous la direction d’Abdelhafid(Khlifa Laroussi). Il y avait Merbah(Abdellah Khalef) appelé Kasdi Merbah à l’indépendance.
La vie dans ce centre était réglée comme une horloge. L’autodiscipline est remarquable. On entendait disait Si Abbas que le bruit des machines à écrire. Tous les centres du MALG de Tunisie, d’Egypte, de Libye fonctionnaient selon la méthode de Si Mabrouk. Aucune sortie n’est tolérée. La clandestinité était totale. Tous les cadres portaient un surnom. Personne ne sait le vrai nom de personne. Mais ils étaient au courant de tout ce qui se passait à l’intérieur comme l’extérieur. Ils recevaient tous les journaux du monde qu’ils exploitaient en plus des radios et les centres d’écoute des transmissions de l’ALN et les communications de l’armée et gendarmerie françaises. Ils étaient au courant de tout même le courrier des soldats français. Si Mabrouk était à cheval sur les problèmes du secret et de la sécurité.
Ce centre avait été dirigé par Si Mabrouk, Si Boumediene et enfin Si Lotfi. La responsabilité opérationnelle n’est donnée qu’à des djounouds sans qualification de compétence. A son arrivée Si Mohamed Lemkami alias Si Abbas était affecté dans la Section de l’Action et Propagande(SAP) pour contrer le 5ème Bureau français. Ensuite il fut muté à la Section Militaire Générale(SMG) dirigée par Si Merbah. Là il rencontra Yahia dit El Hadi (Ali Hamlat) qui étudiait l’effet des barrages Est/Ouest dont il apporta son concours. Quant à la 3ème Section de l’Information et des Activités politiques(SIAP), elle était dirigée par Yazid Zerhouni où se faisaientt l’analyse politique et la revue de la presse envoyée à toutes les sections.

Le viol des foules et le mur de l’atlantique

La 4ème Section du Contre Renseignement (SCR) dirigée par Kaddour qui fichait tous les Algériens qui collaboraient avec l’ennemi et l’identification des réseaux des services spéciaux français. Son fichier n’a jamais été exploité après l’indépendance. Il y avait un certain Nedjar et Abdellatif qui ne parlaient à personne et ne maîtrisaient que la langue arabe. Ils étaient dans un cagibi, ils avaient travaillé dans la radio FLN installée dans le Rif marocain.
Si Abbas était heureux de retrouver une bibliothèque bien achalandée en livres de sociologie, de politique et d’économie. Le premier ouvrage qu’il avait lu est « le viol des foules » de Tchakhotine avec le fameux réflexe de Pavlov.
A la SMG c’était le livre « le Mur de l’Atlantique » qui l’avait intéressait pour lui avoir servi de comprendre comment créer et faire fonctionner un réseau de renseignements. Ils apprenaient tout dans le tas. La clandestinité était une véritable école de la vie où l’on apprenait comment avoir la maîtrise de soi, la patience, l’endurance et le travail bien fait. Si Abbas parlait aussi de la sédition provoquée par le capitaine Si Zoubir et la mutinerie qui s’en suivie le long de la frontière algéro-marocaine.
Le Ministre de l’intérieur Si Abdellah Bentobbal du GPRA accompagné de Si Nacer Mohamedi Saïd commandant le COM/Est qui se sont déplacés avec Si Boumediene pour calmer les unités de l’ALN. Il apprendra plus tard que Si Zoubir serait livré par les marocains lui qui avait demandé protection auprès des autorités marocaines. Il sera jugé par un tribunal militaire de l’ALN, condamné et exécuté dans la région de Jrada. Son histoire reste inconnue dira Si Abbas et servira à la frontière tunisienne suite au fameux complot des Colonels fomenté dira-il par les services spéciaux égyptiens.
C’est la réunion des cent jours des dix Colonel qui va servir à créer l’Etat-major général (EMG) pour éviter tout régionalisme ou wilayisme. La vie de clandestinité était aussi pleine d’anecdotes. Ils furent après déménagés au centre de Dar El Fassi où se trouvait la Direction de Documentation et de la Recherche(DDR). Le cloisonnement décidé par Si Mabrouk reprenait le dessus. Le MLGC s’est transformé en MALG dont la responsabilité opérationnelle fut donnée à Si Merbah et son adjoint Si Yazid. Les visites de Si Boumediene, de Si Lotfi et de Si Slimane (Ahmed Kaïd) étaient régulières. C’est en ce temps que Si Abbas avait suggéré le nom de Mourad pour la zone 1 et d’Affane Guezen. Si Mourad tombait au champ d’honneur en Septembre 1961 et Affane qui devenait commandant adjoint du Colonel Othmane en Avril 1960 juste après la mort du Colonel Si Lotfi. Il apprenait également la mort de Djelloul (Djelad Ahmed) au combat près de Béni Bahdel, un ami d’enfance de Si Mohamed Lemkami alias Si Abbas.
Si Slimane « klata »pour ses propos plein de franchise (Kaïd Ahmed) rendait visite assez souvent à la DDR où se trouvait Si Abbas. Tous les cadres l’appréciaient pour ses anecdotes non dénuées de bon sens du terroir. Il était le seul disait-il à contrer Si Boumediene lorsqu’il fallait. Si Abbas allait devenir responsable de la division militaire(DAM). L’ancienne SIAP est devenue la division des Affaires Politiques (DAP) dont Abdennour avait la charge. L’autre service chargé du contre-renseignements appelé Direction de la vigilance et du contre renseignements appelé DVCR dirigé par Safar assisté par Saddek basé ailleurs. Il y a eu aussi la création de la division des Affaires techniques (DAT) sous la direction de Yahia dit Bigeard. Ces trois division (DAM-DAP-DAT) étaient chargées de superviser l’exploitation de toutes les informations venant des centres d’écoutes, des rapports de wilayas et des zones, des unités aux frontières, de la presse, des comptes-rendus d’interrogatoires et des nouveaux réseaux installés en Algérie et à l’étranger.
En Décembre 1959 Si Merbah informa Si Abbas de se rendre à Casablanca sur ordre de Si Mabrouk. En fait c’était pour rencontrer sa future femme dont les parents Kahia Tani étaient voisins et amis du Dr Abdelkrim Khatib lui-même ami de Si Boussouf Abdelhafid alias Si Mabrouk. Le 25 Décembre 1959 j’obtenais une permission de Si Mabrouk pour sceller leur mariage autorisé par Si Mabrouk et leur a signifié que la cérémonie devait se tenir dans la stricte intimité familiale le 31 Décembre 1959 en présence de la famille du Dr Abdelkrim Khatabi. La maman de Si Ahmed Benbella El Hadja Fatma et la famille Bouchnaki étaient de la fête, elle qui logeait dans le même immeuble. Il était le premier à avoir obtenu l’autorisation au MALG.
Le 04 Janvier 1960 Si Abbas quitte Casablanca pour Oujda où il sera chargé d’une mission en zone 8 de Béchar sur ordre de Si Boumedien, en compagnie de Boumediene El Ouchdi pour régler un différend entre le Commandant Farradj et le Capitaine Abdelghani(Mohamed Benahmed) commandant de la dite zone.
Pendant les huit mois de son séjour dans la base Didouche Mourad, il apprendra que quelques choses n’allaient pas entre Si Mabrouk et Si Boumediene au sujet du MALG.
Alors que Si Abdelghani était un militant du PPA, travaillant à la mairie d’Oran jusqu’à son départ en Egypte où il rejoint une académie militaire, il rejoignit la colonne de pénétration en Novembre 1956 dirigée par Si Lotfi surtout dans la lutte contre le MNA dirigé par Bellounis. Plus tard il sera désigné dans la zone 8 en remplacement d’Ammar(Abdelghani Okbi) qui avait lui-même succédé à Si Slimane(Kaïd Ahmed) promu Commandant et désigné comme membre du commandement général de la wilaya V. Si Abdelghani BenAhmed sera muté à la frontière Est vers l’été 1960. Il avait prié Si Abbas d’intercéder auprès de Si Mabrouk ou Si Boumediene. L’évasion de la prison de Béchar du lieutenant Mohamed Djaghaba ex membre du commandement de l’ex zone 9 wilaya V devenue wilaya VI.
Dans cette région du Sud il y avait une implantation de l’Armée de libération du Maroc du Parti de l’Istiqlal. Déjà à cette époque on savait que le Maroc envisageait et se préparer même à envahir la région de Béchar et Tindouf, opération qui eut une tentation au mois d’Octobre 1963. Le chef de zone était Si Abdelghani au moment où il se rendait avec Si Abbas Lemkami à Bouarfa une base arrière de l’ALN, ils furent surpris par une rafale de cette ALM. C’était une embuscade et ils ont échappé de peu. La ville de Figuig est très proche de la frontière. Nos djounouds suffoquaient de chaleur torride et de poussière pour installer un réseau de surveillance le long de la frontière Sud avec l’aide du frère de Mérouane un certain Tarik Chami un poète d’Aïn Sefra qui devient le responsable du centre de Bouarfa.Au Nord à Saïdia face à Port Say et c’est avec Si Yazid qu’on installa un réseau dont le chef est Mohamed Lazhar Fekhikher directeur d’école d’Ahfir.

Visite de si Lotfi au centre Dar el Fassi

Au début de Mars 1960 raconte Si Abbas Lemkami, Si Lotfi est venu nous voir au centre Dar El Fassi pour nous souhaiter Bonne fête de l’Aïd El Adha. Bénali Dghine le Colonel de la wilaya V dit Si Lotfi est né à Tlemcen en 1934 d’une famille très modeste dont le père était un simple employé de mairie mais avait grandi dans le quartier d’El kalaâ. Si Lofi grandira dans la ville de Tlemcen où il suivra sa scolarité au lycée franco musulman (médersa) dans la même classe de Mohamed Dib, Hocine Mahraz, Ali Rebib, Ahmed El Ghazi, Hocine Senoussi des Ouled El Hadj et Djamel Brixi.
Si Lotfi a rejoint le maquis sans aucune liaison à Khemis Béni Snous où il avait été pris en charge par Si Jaber chef du secteur 4 de l’époque. Il a été chargé d’organiser la ville de Tlemcen et multiplia des actions contre l’ennemi. Si Mabrouk le chargera après du Sud Ouest Oranais dont est issu Brahim Moulay. En 1958 il succédera à Si Boumediene à la tête de la wilaya V qui lui a permis en tant que Colonel d’assister à la réunion du comité des dix pour l’unification des forces de l’ALN et la création de l’Etat-major général. Le 27 Mars 1960 la mort de Si Lotfi et ses compagnons dont Ferradj avait été annoncée et captée par l’écoute des transmissions nationales. Ce mois de Mars a vu la mort de nombreux héros.

Départ vers Tripoli de Si Lemkami a la base Didouche

En ce qui concerne le MALG, ses services devenant plus importants et se sont installés partout. C’est ainsi que Si Abbas Lemkami était muté avec un vrai-faux passeport libyen au nom de Rédha Aziz. On lui a délivré un billet d’avion Casablanca- Tripoli via Rome, un courrier pour Tayeb Boulahrouf représentant du FLN à Rome et un pécule pour le voyage. Son passage à Rome coïncidait avec les jeux olympiques de 1960 où il rencontra Boulahrouf dans le hall de l’entrée de l’hôtel Reale où le courrier lui a été remis avant de reprendre l’avion pour atterrir sur le tarmac de Tripoli.
L’aéroport était une simple baraque. La voiture que conduisait Changriha frère d’Abdelkader que connaissait Si Abbas Lemkami, devait le conduire pendant plus de trois heures à travers les dunes de sable de chaque côté de la route pour s’arrêter dans une ancienne caserne discrète de la fameuse légion allemande l’Afrika Korps de Rommel distante de 80 km au sud de Tripoli, que le Roi Idriss Senoussi avait mis à la disposition de l’ALN. C’est cette caserne qui va devenir la base Didouche où Si Abbas retrouvera quelques cadres du MALG qu’il connaissait déjà dont Ghouti un des membres fondateurs des Transmissions nationales dans la wilaya V chargé de gérer cette base qui allait abriter plusieurs services secrets et devenir peu à peu le véritable cerveau de la Révolution, un centre d’exploitation nationale au plan du renseignement militaire, politique, technique, économique et social. Il y avait plus de deux cent cadres dont le niveau varie entre BEPC et Licence.
La base est sécurisée par une section bien armée sous la responsabilité du lieutenant Mohamed Chaâmbi. Le Ministre Abdelhafid Boussouf recevait des BRQ codés et des BRH et BRM. L’information brute qui parvenait à ce centre venait de l’écoute de tous les réseaux de transmission civiles, militaires, des services de sécurité, des postes diplomatiques, des radios et agences de presse d’Algérie, de Tunisie, du Maroc, d’Allemagne, de Suisse, de France etc…

La base Didouche une fourmilière du renseignement

La base de Didouche est une véritable fourmilière qu’avait visitée en inspection le Président du GPRA. Il faisait 45° à l’ombre le jour et 30° la nuit entre Juillet et Octobre. A Tripoli lorsqu’ils sortaient le représentant du FLN et le Roi Idriss Senoussi étaient au courant et veillaient à leur sécurité. En Janvier 1961 lors d’une visite à la base Didouche, Si Mabrouk a instruit Si Mohamed Lemkami alias Si Abbas, de quitter la base pour une autre mission. Il retrouvera Nehru, Toufik et Abdellaziz dans la réunion. Après les consignes de Boussouf, Si Abbas prendra l’avion vers Rabat via Rome et Madrid avec Alitalia.
Il sera officiellement chargé du Service de renseignement du Maroc à la place de Rafik dans le service le plus secret du MALG, le « Service spécial S4 ». Si Mabrouk avait confié la direction générale de cette nouvelle structure à un fidèle, un homme de confiance le plus proche Toufik Rouaï dit El Hadj Barigou dont Si Abbas Lemkami sera son adjoint pour l’Ouest. Vers le mois de Juin 1962 la mission dans le « Service spécial S4 » de Si Mohamed Lemkami prit fin après avoir accompli les missions qu’il lui ont été données.
De Rabat il regagne Oran juste après le référendum du 03 Juillet 1962 puis accompagne Si Djamel vers Alger sur instruction de Si Boumediene. Arrivé dans la capitale il prendra une chambre à l’hôtel Terminus. Il apprendra par Ouassini(Sid Ahmed Bouchouk) qu’un groupe dirigé par Khlifa Laroussi avait chargé toutes les archives de la base Didouche pour les ramener via la caserne Arcol d’Oran vers l’EMG. A la même période un autre groupe dirigé par Tayebi Larbi s’est présenté à la mission diplomatique de Rabat et chargea tous les archives dans des camions.

Si Lemkami démobilisé rejoint sa famille

La course au pouvoir a bel et bien commencé. Si Mohamed Lemkami obtient sa démobilisation de l’ALN et retrouve sa famille pour commencer son nouveau job celui d’être un cadre au ministère du commerce extérieur sous proposition de Noureddine Delleci alias si Rachid. Tel est le récit des mémoires d’un officier de l’ALN rattaché aux services du MALG sous la responsabilité de Boussouf Abdelhafid alias Si Mabrouk. Si Mohamed Lemkami alias Si Abbas sera pdg de la pharmacie centrale avant d’être élu vice Président de l’APN puis ambassadeur à Tirana.
Ecrire l’histoire c’est toujours des moments où on éprouve des sentiments parfois angoissants souvent enivrants. Il y a des souvenirs émouvants qui restent indélébiles dans l’esprit de ceux qui les ont vécus. La guerre d’Algérie ou la Révolution armée fut l’une des plus meurtrières au regard de l’armement disproportionné entre une puissance coloniale et un peuple sans armes. Elle aura duré sept ans et demi qui vit tomber six premiers ministres de la quatrième république et menaçant la France d’une guerre civile. C’était une guerre horrible et cruelle qui finit par la chute du Général De Gaulle qui fut conspué par les siens à Aïn Temouchent et Tlemcen. Ce fut un choc d’autant où les services israéliens sont informés d’un possible assassinat du Général par la communauté juive d’Alger. La cinquième république est sur le point d’abandonner l’Algérie française.

Le MALG le goût naturel pour le secret

Le goût naturel des Algériens pour le secret n’a fait que peu de fuites des conflits internes de la Révolution malgré les intrigues et les trahisons. Si Mohamed Lemkami un Malgache pur et dur ne cachait pas qu’il eut vent d’un conflit entre Boussouf et Boumediene son ancien patron et Bentobbal qui devenaient avec Krim Belkacem le Comité interministériel de Guerre(CIG) dont Boussouf et Bentobbal avaient imposé Boumediene au poste de Chef de l’EMG au lieu d’Idir un proche de Krim. Même la crise qui éclata durant les entretiens de Lugrin en Juillet au sujet du pilote français prisonnier à l’EMG, prétexte du moins à à celle-ci, demeura secrète y compris la démission des membres de l’EMG (Boumediene,Azeddine, Mendjeli et Slimane Kaïd).
Dans le secret le plus total des milliers de drapeaux vert et blanc du FLN seront cousus par les femmes et distribués clandestinement avec des banderoles durant les manifestations du 11 Décembre. Aux cris « Vive l’Algérie »(Tahia El Djazaïr). C’est un désastre pour le Général De Gaulle qui a pourtant mobilisé tout l’arsenal militaire (Napalm, nucléaire, chimique, bactériologique et sécuritaire pour venir à bout contre le peuple algérien et son avant-garde le FLN/ALN.
Après Ferhat Abbas, c’est donc Benyoucef Benkhedda, ancien SG du MTLD, un homme réservé et austère qui lui succède à la tête du GPRA à l’issue des travaux de la quatrième session du CNRA le 5 Août. Boumediene et ses compagnons retireront leur démission. Il était évident que la lutte pour le pouvoir au sein du FLN/ALN était loin d’être terminée La guerre de libération a laissé ses moments de gloire pour les Algériens mais aussi ses moments de faiblesse. L’émotion ne sera jamais absente. Tout passe sauf le souvenir. La page est tournée mais pas déchirée.

Dr Boudjemâa HAICHOUR
Chercheur Universitaire, Ancien Ministre