Collo ou l’antique Chullu

Par Hassina AMROUNI
Publié le 18 mai 2017
Belle ville portuaire, située à quelque 500 km à l’est d’Alger, Collo ou El Qoll, en arabe, s’est développée au fond de la baie du même nom, abritée à l’ouest par un promontoire dont les pics dépassent les 1000 m d’altitude.
Pièces archéologiques trouvées à Collo
Vue aérienne de la ville de Collo à l’époque coloniale
Monument turque à Collo
Caserne à collo durant la période coloniale

Faisant face à la grande bleue, Collo a été érigée dans une vallée, à seulement 20 m du niveau de la mer. Donnant sur une magnifique plage, dont la rade est limitée à l’est par la presqu’île d’El-Djarda et à l’ouest par le massif de Collo, son célèbre petit port de pêche se niche dans le giron de cette même presqu’île, avec une jetée de 130 mètres qui le protège des vents d’est, connus pour être capricieux.
A l’instar de la plupart des villes bâties tout au long des côtes algériennes, Collo – Chullu – fut, elle aussi, vers 430 avant notre ère, un comptoir phénicien puis un port numide où avaient lieu de nombreux échanges commerciaux mais c’est aussi à partir de là que le roi Bocchus aurait livré aux Romains son gendre Jugurtha.  
Chullu Municipium bénéficiait d’un conseil municipal, elle était, par ailleurs, du temps de l’empereur Trajan, l’une des quatre colonies Cirtenses (Constantine). La cité était connue pour ses teintureries, étoffes, cuirs et bois. Devenue ensuite Collops Magnus de Ptolémée –d’où son nom actuel Collo –, elle finit par à être rasée par les Vandales lorsqu’ils en prennent  possession. Mais s’il ne reste presque plus de trace de cette époque, c’est, selon d’autres sources, à cause d’un violent tremblement de terre que la cité a complètement été ruinée.

Les historiens parlent de Collo

Au cours de l’histoire, de grands historiens en feront une description assez éloquente. Ainsi, selon Léon l’Africain : « Il n’y avait pas alors par toute la côte de Tunis, cité plus opulente ni plus sûre, à cause que l’on y gagnait toujours en double sur les marchandises ». Il ajoutera à propos de ses habitants qu’ils « étaient réputés pour leur douceur et leur bonne foi ».
Quant à Marmol, célèbre chroniqueur espagnol, né à Grenade en 1520, il affirmera que  « Collo était, autrefois, fort peuplée et avait de hautes murailles que les Goths rasèrent après l’avoir conquise sur les Romains. Cependant, on ne les a jamais rétablies depuis, quoiqu’il y ait grand commerce et force marchands et artisans. Le peuple est courtois et civil ; on va y acheter de la cire, des cuirs et d’autres marchandises. La contrée, du côté de la montagne, abonde en blé, en troupeaux de toutes sortes. Les habitants se maintenaient autrefois en liberté et étaient assez puissants pour se défendre des rois de Tunis et des seigneurs de Constantine. Outre que la plupart du pays est montagneux et peuplé de Berbères et d’Azuagues fort vaillants, de sorte qu’il n’y avait pas de ville plus riche ni plus assurée que celle-ci, car elle faisait 10 000 hommes de combat. Elle s’est depuis donnée aux Turcs qui y tiennent garnison, et celui qui commande dans Alger y envoie un gouverneur qui dépend de celui de Constantine, lequel reçoit le revenu de toute la province et a soins que les habitants ne soient pas floués… ».

Collo à l’époque médiévale

Alors que la paix et la sérénité régnaient à nouveau sur la cité et ses habitants, voilà que, vers 1282, le roi Pierre III d’Aragon dirige une expédition sur le port de Collo, espérant, à partir de là, étendre sa conquête jusqu’à la province de Constantine.
Selon M. Perrand (in Histoire des villes du Constantinois) : « Abou Baker, surnommé Ibn al Wazir, gouvernait Constantine vers l’an 1280 de notre ère, au nom du sultan Hafside de Tunis, Abou Ishac. Avide de grandeurs, ce fonctionnaire se laissa emporter par l’ambition, et sachant que Constantine était la place la plus forte de la province, il conçut le projet de s’y maintenir comme chef indépendant ». Recevant les lettres envoyées par Abou Baker, le roi d’Aragon accepte donc sans trop d’hésitation. Informés de cette incursion, les habitants prennent la fuite, en prenant le soin d’emporter leurs biens les plus précieux.
Le roi d’Aragon débarque le 28 juin 1282 dans une ville déserte dont les habitants se sont retranchés dans les montagnes environnantes. Il apprend à son arrivée qu’Abou Baker et ses partisans ont été décapités à Constantine pour leur haute trahison. Comptant sur ses futurs appuis, ce dernier s’était en effet autoproclamé souverain de Constantine, ce qui le conduisit à sa perte.
Dès lors, le roi d’Aragon informe ses troupes qu’il compte garder Collo et qu’à partir de là, il se lancerait à la conquête de Constantine. Mais face au refus des instances supérieures de l’Eglise de lui accorder aide et soutien, il renonce à contre cœur à ses projets d’invasion. Aussi, avant de lever les voiles, il laissa Collo en feu.
Le retour des Colliotes dans leur ville se fait dans la douleur. Ils ne retrouvent rien de leurs habitations ou de leur cité. Tout a été dévasté par les flammes. Il leur faut beaucoup de temps, de volonté et de courage pour redonner à leur ville son visage d’avant et c’est désormais farouchement qu’ils la défendent contre les assaillants et les envahisseurs. Ils font notamment face aux princes turcs et Hafsides de Tunis.

Présence turque à Collo

Lorsque le pays se retrouve sous la domination de l’empire ottoman, Collo toujours indépendante, s’attache en 1521 à la fortune de Kheireddine Barberousse. En contrepartie de certaines franchises, le corsaire assure la protection des navires frétés par la ville. Kheireddine Barberousse convenait, par ailleurs, de laisser 200 janissaires sous le commandement d’un kaïd el asker. Ils occupaient une vieille tour, à l’entrée de la ville.
La présence ottomane en Algérie n’est pas un long fleuve tranquille. Alors que des révoltes éclatent ici et là, dans diverses régions du pays, déclenchées par une population excédée par les iniquités subies, les Colliotes décident eux aussi, en 1820 de se soulever et de chasser la garnison de janissaires établie dans le fort de la ville. Cependant, ils ne tardent pas à les rappeler car la défection des commerçants étrangers qui venaient à Collo pour des échanges commerciaux, en raison de l’insécurité, avait laissé la région dans un état de désuétude et de misère. Les Turcs y reviennent donc pour y demeurer jusqu’à l’arrivée des Français.

Résistante puis abdication face à la France

Après l’invasion de plusieurs villes d’Algérie, les troupes françaises arrivent à Collo. Sur place, ils font face à une farouche résistance de la part de la population locale, menée par les cheikhs Zeghoud, Messaoud Benmansour et Mohamed Benabdellah. Ces derniers essuient malheureusement un terrible revers, les moyens humains et matériels des deux côtés étant inéquitables. Réduite à quelque 500 habitants, la population autochtone sombre dans la disette et la précarité, d’où ce soulèvement instigué en 1846 par Bou Bagheriche alias « le sultan de la montagne ». Un an plus tard, une autre insurrection à l’initiative de Mohamed Benabdellah sera sévèrement matée par le général Herbillon. En 1848, ce sont les Achache qui décident de s’insurger contre la situation avilissante à laquelle ils sont astreints par le colonisateur. Attaquant une colonne française, ils parviennent à reprendre le contrôle de la ville, obligeant les Français à fuir vers Philippeville par voie maritime. C’est dans cette dernière qu’une annexe dépendant du bureau arabe de Philippeville est ouverte, ce qui conduit à d’autres soulèvements populaires entre 1856 et 1870, cette dernière étant menée par cheikh El Mokrani. Devenu commune de plein exercice à partir de cette date et dépendant du département de Constantine, Collo fera partie de la Wilaya II, durant la guerre de libération nationale. Dès 1954, les Colliotes s’engagent dans la lutte contre le colonisateur, conscients que seule la voie des armes peut libérer le pays du joug colonial.
Hassina Amrouni
 
Sources :
http://chima2chima.skyrock.com/
http://www.errashidy.com/
Collo, ville cotiere au nord de l’Algérie

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