Collo, la ville du cœur
Greki, Farès, Hioun

Par Hassina AMROUNI
Publié le 18 mai 2017
Ville de naissance ou ville d’adoption, Collo est pour Nabile Farès, Anna Greki ou Salah Hioun, la ville du cœur.
Anna Greki
Nabil  Farès

Pour Anna Greki, Collo, c’est la ville des souvenirs d’une enfance joyeuse, passée avec ses parents qui y étaient instituteurs à l’école indigène. Née en 1931 à Ménaâ, dans la wilaya de Batna, c’est pourtant à Collo qu’elle apprend à connaître mais surtout à aimer ce peuple fier et courageux qui prend les armes le 1er novembre 1954 pour lutter contre l’oppresseur. Pour Anna qui a toujours été au plus proche contact de cette population indigène, la cause est juste ce qui l’amène à se solidariser avec les Algériens dont elle embrasse la cause dès les premières heures de la guerre de libération nationale, n’hésitant pas à interrompre ses études universitaires à Paris pour rallier le mouvement des Combattants de la libération (CDL) dont elle devient un membre très actif.
Arrêtée en 1957 par les paras de Massu, elle est conduite à la prison de Barberousse. Durant son incarcération, elle côtoie les prisonnières algériennes et partage leur quotidien carcéral, ce qui lui inspire quelques textes poétiques d’une remarquable prégnance. Transférée en novembre 1958, au Camp de transit et de triage de Beni Messous, elle est expulsée d’Algérie. Elle rejoint alors son mari Jean Malki à Tunis, où elle publie son premier recueil : Algérie, Capitale Alger, préfacé par Mostefa Lacheraf.
Au lendemain de l’indépendance, elle fait le choix de revenir en Algérie. Obtenant sa licence de lettres en 1965, elle enseigne le français au lycée Emir-Abdelkader de Bab-el-Oued, tout en continuant à écrire et à publier ses textes dans les colonnes de l’hebdomadaire Révolution africaine. Victime d’un accident de la route, elle décède le 6 janvier 1966 à Alger, des suites d’une hémorragie. Elle avait 33 ans. Elle laisse un second recueil intitulé : Temps forts, publié chez Présence africaine à Paris, la même année.

Extraits :
« C’est la guerre
Le ciel mousseux d’hélicoptères
Saute à la dynamite
La terre chaude jaillit et glisse
En coulée de miel
Le long des éclats de faïence bleue
Du ciel blanc
Les bruits d’hélices
Ont remplacé les bruits d’abeille »
…..
« Les Aurès frémissent
Sous la caresse
Des postes émetteurs clandestins
Le souffle de la liberté
Se propageant par ondes électriques
Vibre comme le pelage orageux d’un fauve
Ivre d’un oxygène soudain
Et trouve le chemin de toutes les poitrines ».

Nabil  Farès, psychanalyste et poète

Né à Collo en 1940, tout juste adolescent au déclenchement de la révolution nationale, il prend une part active aux grèves lycéennes de 1956 avant de rejoindre le FLN puis l’ALN. Au lendemain de l’indépendance, il poursuit ses études, obtenant un doctorat en sociologie en 1971, sous la direction de Germaine Tillion ainsi qu’une maîtrise de philosophie sur Merleau-Ponty et la psychanalyse, sous la direction d’Emmanuel Lévinas. Enseignant en France, en Espagne puis en Algérie, il devient maître de conférences en littérature comparée à l’université Stendhal de Grenoble et  directeur d’un centre de recherches en francophonie. En 2004, il entame une carrière de psychanalyste, à l’hôpital La Fontaine à Saint-Denis, puis en privé, à Paris.
En parallèle à sa carrière scientifique, Nabile Farès publie une œuvre foisonnante où la guerre tient une place récurrente. Ses écrits sont autant de questionnements pour parvenir à comprendre mais surtout à exorciser les vieilles douleurs, ancrées au plus profond de son être. Parmi ses titres les plus connus Yahia pas de chance (Le Seuil, 1970), Mémoire de l’absent (Le Seuil, 1972), Le miroir de Cordoue (L’Harmattan, 1986) etc.

Salah Hioun

Né à Collo en 1936, Mohamed-Salah Hioun affiche très jeune des prédispositions artistiques peu communes. Aussi, c’est la voie de l’art qu’il choisit de suivre, fréquentant entre 1952 et 1955 l’ancienne Ecole des beaux-arts d’Alger où il reçoit une formation en techniques de la gravure. Lorsque l’Algérie se retrouve en guerre, il part s’installer en France, plus particulièrement à Limoges, avant de rejoindre la capitale française où il travaille dans une agence de publicité et de décoration. De retour au pays, il dirige en 1988, l’atelier de gravure créé par l’Entreprise nationale des arts graphiques (ENAG). Grand admirateur de l’œuvre d’Issiakhem et de Mesli, il parvient, lui aussi, à proposer mais surtout à imposer sur la scène plastique algérienne, une œuvre s’inspirant du riche patrimoine culturel algérien, avec une touche contemporaine qui lui donne toute sa dimension et son originalité.
Hioun prend part à des dizaines d’expositions tant en Algérie qu’à l’étranger (Montréal, Tokyo, Pékin, Madrid, Belgrade, Prague, Moscou, la Havane, …). Partout son talent est salué.
Hassina Amrouni
 
Sources :
http://colliotte.free.fr/
 http://www.founounes.com/

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